dimanche 11 février 2018

Feuillet paroissial 11 février 2018

Attività parrocchiali     -       Activités paroissiales
1.Il vostro contributo domenicale e della decima sono importanti per il buon andamento della parrocchia. Siate generosi!
2. Non dimenticate di comperare i biglietti per la festa della polenta del 24 febbraio prossimo!  

1.Votre contribution du dimanche et de la Dîme sont importants pour la bonne santé de la paroisse. Soyez généreux !
2. N’oubliez pas de vous procurer les billets pour la fête de la polenta du 24 février prochain!

GESÙ E IL  LEBBROSO 
Davanti al dolore non abbiamo bisogno di risposte, se Dio venisse e facesse una conferenza stampa in cui spiegasse la ragione della sofferenza, non avrei, comunque, nessuna soddisfazione. Io non voglio risposte: voglio non soffrire. Gesù detesta il dolore e vuole che tutti vivano in buona salute. Non sopporta di vedre la gente ammalata.
Gesù chiede al lebbroso, guarito, il silenzio. Non vuole passare come un guaritore, come un santone, certo, ma vuole anche indicarci il silenzio come unica strada per riflettere sul dolore. Dio tace, di fronte al dolore, e lo porta con sé, lo salva, lo riempie di condivisione. Gesù non dona nessuna risposta al dolore, lo condivide con passione. Le nostre Bibbie non hanno avuto il coraggio della traduzione letterale, e noi troviamo un blando sentimento di "compassione" che Gesù rivolge al lebbroso. No: Gesù, letteralmente prova rabbia, stizza irrefrenabile verso il male, perché vede in esso la vittoria del nemico. Gesù vuole toccare il lebbroso che tutti evitano. Colui che nessuno poteva e voleva toccare si sente toccato; il toccarsi, stringere la mano, l'abbracciarsi, lo sfiorarsi, non è soltanto un linguaggio comunicativo, ma una esperienza che penetra la pelle per entrare nell'anima. Il tocco è una porta che si apre tra le persone, uno spiraglio che si schiude al mondo, una energia che permette di riprendere la relazione con se stessi e con gli altri.  
Gesù assume e vive dentro di sè la sofferenza  del lebbroso, la porta,  la assume, la salva. Questo atteggiamento di Gesù  mi scuote nel più  profondo. Davanti al mistero del dolore, Gesù non dona risposte, ma soffre amando e trasfigura ogni dolore ,facendolo diventare redenzione e salvezza. Non è molto, ma uno spiraglio lo apre. Il dolore dell'uomo è un dolore che Dio condivide e assume. E salva. E, fra noi, possiamo, vivere aiutandoci a portare i dolori. (Paolo Curtaz)

Tous malades!
Notre société décrète à différentes époques de l'année une journée de sensibilisation à un aspect de la vie collective et invite la population à entrer dans un mot d'ordre proposé.  Ainsi, à la journée des non-fumeurs, on demandera à tous de vivre une "journée sans fumée". Ainsi le 11 février, fête de Notre Dame de Lourdes, a été déclaré, depuis 1992, à la demande de Saint Jean Paul II, la "Journée mondiale des malades". Donc, le mot d'ordre serait logiquement: "Soyons tous malades!" L'idée n'est pas tellement saugrenue. Certes nous devons en cette journée spéciale penser à tous nos malades, alités ou pas, et essayer de leur apporter un peu de réconfort physique et moral. La souffrance ne se partage pas, tellement elle est personnelle et marquée d'un caractère individuel. Mais nos malades souhaitent simplement une présence empathique, le plus souvent silencieuse et respectueuse du mystère. Un geste d'amitié, une délicatesse, une simple fleur expriment souvent de façon symbolique des sentiments qui ne se verbalisent pas facilement.  Mais, en cette journée bien spéciale, devenons "Tous malades!" et essayons d'identifier nos déficiences, car nous sommes porteurs de carences: Insouciance, arrogance, intolérance, manigance, nonchalance, négligence, malveillance, médisance, suffisance, absence, ingérence, imprudence, violence, virulence, intempérance, incroyance, indifférence, jactance, outrecuidance, etc-étérance!
En cette "Journée des malades", pensons à leur apporter un témoignage de notre amitié, en n'oubliant pas nos propres déficiences: "Médecin, guéris-toi toi-même" (Lc 4, 23 )

Bernard St-Onge / 
Messes du 11 au 18 février 2018



Dimanche       11 février - 6 ª dimanche temps ordinaire, B -
09h30              Adelina Mingarelli e Maria  Felice Vitti, da Giovanni; Giuseppe Iaciofano, da Benito Garzia e famiglia;
Sisto Palucci, dalla moglie Rosa .

11h00              Blandine Fournier, par Lucia Pisenti; Giulio, Mario e Mattia Polidori, da Giovanni Polidori;  Giuseppe Gioffi, dalla moglie Carmela; Dora Masella , dal  marito .

Lundi              12 février -   Férie-    -
10h30             Michele Continiello, dalla famiglia.

Mardi              13 février – Férie - 
8h30                In onore di Santa Lucia, da  Carmelina Evangelista.

Mercredi        14 février –Début du Carême – Les Cendres -     
8h30                Giuseppina Arciero , par Danny Arciero.

Jeudi              15 février  --  Férie -
8h30                Francesca Poliziani, dal flglio Mario.

Vendredi        16  février – Férie -   
8h30                Antonio Sandonato, da Salvatore ed Eva.

Dimanche       18 février – Ier dimanche  du Carême  B -
09h30              Antonietta Cesari, da Giuseppe e Miriam Torchia;
Caterina e Antonio Torchia, da Giuseppe Torchia;
Elisa Tamilia, dalla famiglia  Cappuccilli ;
Sonia Amoroso, dalla nonna.

11h00              Pour tous les paroissiens.
Quête de dimanche dernier : $ 688
Merci beaucoup !   Mille grazie!


mardi 6 février 2018

ON A TOUS BESOIN D'AMOUR

La belle-mère avec la fièvre

 ( 5e dim. ord. B – Mc 1, 29-39)

L'Évangile d'aujourd'hui nous présente une journée « typique » de Jésus : Jésus prêche et guérit. Ce sont les deux principales activités de Jésus.

            Le texte commence par le récit de la guérison de la belle-mère de Pierre qui était au lit avec la fièvre. Il faut avoir présent à l’esprit que les évangiles sont des documents catéchétiques écrits dans le but de parfaire la qualité de la foi des premières communautés chrétiennes. Si tous les trois évangiles synoptiques nous ont transmis cette anecdote, cela signifie qu’ils lui attribuaient une importance symbolique et une valeur spirituelle qui vont bien au-delà d’un simple renseignent de chronique journalistique. C’est à nous alors de découvrir le message que ce bref récit veut nous transmettre. Essayons.  

Alors que les Évangiles sont totalement muets sur l’état civil des autres apôtres, ce passage nous annonce ouvertement que Simon Pierre était un homme marié. L’évangile nous raconte aussi que quelque temps auparavant, Simon et son frère André, qui vivaient de la pêche, sur un coup de tête, avaient quitté leur profession, laissant bateau et filets sur la grève, pour suivre un certain Jésus de Nazareth qu’ils pensaient être le messie attendu. La même chose était arrivée à deux autres frères, Jacques et Jean (Mc.1,16-20). Et voilà que maintenant les quatre nouveaux disciples ne trouvent rien de mieux à faire que de s’inviter, avec Jésus, chez Pierre, pour fêter ensemble leur nouvelle carrière de «pêcheurs d’hommes».

Vous pouvez imaginer ce que pouvaient penser de tout cela les deux femmes de la maison  de Pierre qui, soudainement, se sont retrouvées seules et abandonnées par celui qui était le seul pourvoyeur et soutien de la famille !  

On peut alors comprendre la fièvre de la belle-mère de Simon qui, veuve depuis quelques années, plus expérimentée et plus futée que la jeune épouse un peu niaise et ingénue de Pierre, s’inquiète et panique autant pour son présent que pour son avenir. Elle ne réussit ni à comprendre ni à accepter la nouvelle tournure que la vie de son genre a prise au cours de ces derniers temps. On peut facilement s’imaginer la réaction et les propos que cette femme a dû tenir : « Mais il est devenu fou ou quoi ? Il a perdu la tête ! Comment peut-il partir derrière cet illuminé de Nazareth ! Qu’est-ce qu’il lui a pris? Mais c’est un irresponsable ! Il nous met tous dans le pétrin ! Il ne peut pas nous faire une chose pareille ! Nous ne sommes pas des riches ! Comment allons-nous vivre ? Qui va s’occuper de nous, des enfants, de la maison, de l’entreprise ? Est-ce que ce vagabond, qui se prend pour le messie, va nous donner à manger ? Est-ce qu’il va payer un salaire à Simon ? C’est moi qui vai devoir écouter les ragots des voisins ! « Eh, madame, est-ce vrai que votre gendre a laissé sa femme pour partir avec un homme ?».

Une chose est certaine, la belle-mère de Pierre est une femme qui a les deux pieds sur terre. Elle pense aux conséquences économiques et sociales de cette bizarre décision de Pierre. Elle perçoit l’apparition de Jésus comme une intrusion et une agression dans sa vie et celle de sa famille. «Qu’est-ce qu’il veut de nous cet homme ? De quel droit vient-il chambarder et bouleverser notre existence, en manipulant et en perturbant l’esprit de ces pauvres nigauds influençables, ignorants et naïfs ?»

 Il ne faut donc pas s’étonner que la belle–mère, affectée au plus profond d’elle-même par cette épreuve, soit tombée malade. Elle est pleine de colère; elle brûle de rage à l'intérieur. C’est pour cela qu’elle fait de la fièvre ! Et quand elle apprend que les quatre pêcheurs séduits et ensorcelés par Jésus, s'invitent à manger chez elle avec l’ensorceleur, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Elle ne voit plus clair; elle ne tient plus débout et va se cacher dans sa chambre, sous prétexte d’être malade :. « Qu'ils se débrouillent tous seuls, cette bande de fous !!! S'ils pensent que je vais leur faire à manger... ils peuvent toujours courir !!!» se dit-elle.

Mais Jésus, qui est fin connaisseur de l’âme humaine et de la psychologie féminine, comprend tout de suite la situation et saisit immédiatement l’état d’âme de cette femme. Il va donc la rencontrer et il lui parle. L'Évangile nous dit qu'il «s’approche» d’elle et qu'il «lui prend la main». Jésus avait compris que cette femme, restée veuve à un jeune âge, souffrait et déprimait depuis longtemps à cause de la solitude et de la frustration qui l’avaient aigrie et qu’elle avait donc un besoin énorme d’attentions, de tendresse et d’amour.

Jésus avait compris que les soucis qu’elle se faisait, la responsabilité qu’elle ressentait, l’importance qu’elle attribuait à sa présence dans la maison et les affaires de son gendre, n’étaient qu’une forme de compensation, une façon de combler un manque, un vide et une insatisfaction profonde dans sa vie, causés par de le fait de ne plus se sentir voulue et appréciée à son goût en tant que femme et personne.

Maintenant, au contact de Jésus qui s’est fait «proche» d’elle et qui la touche avec tendresse, cette femme découvre que c’est peut-être en acceptant, elle aussi, la présence de cet homme dans sa vie, qu’elle pourra assouvir sa faim d’affection et de réalisation personnelle.

 Ainsi se laisse-t-elle toucher par Jésus et ce contact la vide de sa colère ; la remet sur pieds; rallume en elle la confiance en la vie; fait disparaître sa fièvre, pour en susciter une nouvelle, faite d’ardeur, d’énergie, d’élan, de désir brûlant de s’approcher d’accompagner elle aussi cet homme, en acceptant finalement de le «servir».

Qu'est-il arrivé ? Il est arrivé qu’au contact de Jésus, de son regard, de son sourire, de son empathie, de sa bonté, de ses paroles, de l’énergie qui se dégage de sa personne, cette femme a fini par être ensorcelée et séduite elle-aussi. Et cette fascination l’a guérie de sa maladie, en la faisant passer de l’antipathie à la sympathie ; de l’aversion à l’affection; de l’évitement et la fuite loin de Jésus, au désir de vivre en sa proximité dans l’espoir de pouvoir enfin revivre à nouveau à la portée du cœur de cet homme et à l’ombre de son extraordinaire personnalité.

De cet épisode, nous pouvons apprendre quelque chose nous aussi.

Beaucoup de gens se détestent simplement parce qu'ils ne se connaissent pas; parce qu’ils sont centrés sur eux-mêmes. Ils ne voient qu’eux-mêmes et leur point de vue. Ils s'enferment dans leurs convictions et leurs préjugés. Ils ne ressentent que leur propre douleur. Ils ne veulent pas écouter et dialoguer.

Certes, lorsqu’on a été blessé, il est normal de se renfermer : mais si nous restons fermés dans le ressentiment, dans le silence acrimonieux, il n'y a pas de sortie possible, ni espoir d’un nouveau départ. Il n’y a pas de possibilité de rencontre et de rapprochement. Si nous restons sur le plan de la colère, si nous ne faisons que la guerre, rien ne sera jamais résolu, et, de plus, nous nous condamnerons nous-mêmes à une vie misérable, aigrie, révoltée, sans souffle et sans bonheur.

Mais si nous nous rencontrons dans la douleur, dans le dialogue, dans l’empathie et le pardon, alors tombent les raisons de la haine et de la rancune. Alors une vie meilleure devient possible, car ennoblie par la magnanimité de la réconciliation, du pardon et de l’amitié conquise et retrouvée et par la grandeur de la personne qui peut commencer une vie nouvelle beaucoup plus humaine et plus épanouie.  

Voyez cette femme ! Tant qu’elle se bat contre Jésus, celui-ci ne peut pas la guérir. Mais lorsqu’elle se laisse approcher, lorsqu’elle l’écoute ; lorsque les deux interlocuteurs cherchent honnêtement, sincèrement et sans parti pris à se comprendre et à saisir les raisons de leurs comportements et de leurs divergences, lorsqu’ils réussissent à se serrer la main et à se toucher le cœur, alors les distances, les préjugés, les différences, les divisions, les hostilités disparaissent. Les fièvres tombent. Les orages disparaissent. Un soleil plus éclatant vient égayer notre existence.



Bruno Mori – Montréal – février 2018 

dimanche 4 février 2018

Feuillet paroissial 4 février 2018


Attività parrocchiali     -       Activités paroissiales
1.Il vostro contributo domenicale e della decima sono importanti per il buon andamento della parrocchia. Siate generosi!
2. Non dimenticate di far celebrare delle messe per i vostri defunti .

1.Votre contribution du dimanche et de la Dîme sont importants pour la bonne santé de la paroisse. Soyez généreux !
2. N’oubliez pas de faire célébrer des messes pour vos défunts.

Guarisce le nostre  malattie 
La giornata di Gesù inizia con una guarigione, e con la malattia continua. La malattia è segno di una profonda ferita del corpo e dell'anima, di una stonatura nella grande opera di salvezza di Dio, di una discrepanza nella presunta armonia del cosmo. Peggio: al tempo di Gesù molti pensavano che la malattia fosse una punizione divina, l'ammalato, quindi, era giudicato severamente, non compatito.
Gesù opera guarigioni per manifestare la presenza del Regno, non è un maghetto, né un santone. Gesù sa che la salute è tanto, ma non tutto. Che più della salute c'è la salvezza. Perché possiamo essere pieni di salute, ma tristi o malvagi. Marco osa di più: la comunità dei discepoli è formata da persone liberate da ogni "demone" religioso, guarite nel profondo, che si mettono a servizio del Signore, proprio come fa la suocera di Pietro. Marco dona del dolore una lettura nuova, profetica, sconcertante: il Signore Gesù ci salva dal dolore perché possiamo metterci gli uni al servizio degli altri. In un contesto di dolore e di fatica, spesso l'amicizia e l'affetto dei vicini diventano sorgente di speranza. Il senso della nostra vita è quello di imparare ad amare: in questo neppure il dolore può annientarci. (Paolo Curtaz)


Une journée «type» de sa vie publique
Une page de l'Évangile qui peut nous être très inspirante pour équilibrer nos journées. Regardons Jésus dans une journée «type» de sa vie publique.
Il s'attarde aux personnes pour les guérir. Peut-être pourrions-nous être plus attentifs à toutes ces personnes que l'on côtoie pour leur apporter une délicate prévenance. Ce sont ces petits gestes ou attentions qui brisent des solitudes, valorisent les personnes et augmentent leur dignité. Voilà des parts de guérisons qui sont à notre portée et qui ne demandent qu'un cœur ouvert aux autres.
Notre travail quotidien prend une couleur toute spéciale quand nous sommes de plus en plus conscients de notre juste contribution à enrichir notre monde par notre compétence, notre souci du travail bien fait et notre volonté de faire en sorte que nous témoignions des valeurs profondes qui nous animent.
Jésus alla dans un endroit désert pour prier: le temps de retrait est nécessaire pour nous équilibrer, reprendre en mains le sens de notre vie, refaire nos forces spirituelles et retrouver l'absolu de Dieu. Le « retrait» peut être de courte durée mais il demeure un temps privilégié pour harmoniser notre vie et assurer tout le dynamisme nécessaire pour être de vrais témoins de l'espérance que Jésus nous apporte et briser ainsi le superficiel et la routine qui, trop souvent, sèment de l'ennui dans nos vies. Fort de tout cela, Jésus parcourt donc la Galilée pour proclamer la Bonne Nouvelle et chasser les esprits mauvais. Fort de tout cela, poursuivons notre route en lui donnant, avec l'aide de l'Esprit, les vitamines nécessaires pour être heureux et rendre les autres heureux. (Maurice Comeau)




samedi 3 février 2018

JÉSUS ET LA SYNAGOGUE

( 4e dim ord. B – Mc.1, 21-28)

Chez les juifs, la synagogue était l’institution officielle de l’enseignement religieux. Elle était le symbole de la doctrine et de l’orthodoxie religieuse proclamée par des maîtres reconnus, institués et patentés : les scribes. Elle était le haut lieu par excellence de la proclamation de la Torah, de son explication et de son interprétation.

Jésus de Nazareth, à cause de ses convictions, de l’originalité de sa pensée et du caractère critique et contestataire de sa personnalité, a toujours eu un rapport conflictuel avec la synagogue. Dans les évangiles, chaque fois que Jésus entre dans une synagogue la guerre éclate. Il est contesté. Il est chassé. Il est condamné à mort. C’est une façon de dire que la vision religieuse de Jésus et celle des scribes ne sont pas compatibles.

La synagogue est donc une institution fréquentée par les bons croyants, les pieux juifs bien intégrés dans le système religieux; par des gens sans problèmes qui acceptent les dogmes, respectent les règles, suivent les lois sans discuter, sans se poser de questions et qui n’aiment surtout pas les changements et que l'on vienne les déranger dans leurs croyances rassurantes et bien établies.

 Jésus, par contre est l’homme libre et contestataire. Il est l’homme de la rue, le vagabond de Dieu qui ne se laisse emprisonner par aucun parti, ni aucune idéologie. Il n’appartient à aucune classe. Il n’est ni scribe, ni lévite, ni prêtre, ni clerc, ni membre d’aucune hiérarchie religieuse. Il est un simple laïc qu’aucune norme, qu’aucune disposition de la religion officielle ne réussissent à encadrer ou à embrigader. Il professe une liberté souveraine vis-à-vis des contraintes et des obligations de la religion officielle. Il se sent autorisé à avoir ses propres opinions, à critiquer les autorités, à enfreindre les règles ; à s’insurger contre l’instrumentalisation de la religion et des croyances en faveur et au bénéfice du système religieux en place ; à ressentir de la colère contre les abus du pouvoir, l’hypocrisie des dirigeants, le formalisme de la pratique cultuelle, le grotesque de certains comportements cléricaux.

Jésus déteste les titres, les insignes de pouvoir, les courbettes, les honneurs. Il n’accepte que l’appellation de Rabbi, «Maître» , que les gens lui donnent, parce qu'il a conscience qu’il est le seul à proposer un enseignement et à posséder une parole qui ouvre à la vérité sur soi, sur Dieu et sur le monde et qui libère et valorise ceux qui l’écoutent.

L‘évangéliste Marc insiste sur le fait que Jésus enseignait avec autorité. Jésus ne parle pas au nom de quelqu'un d'autre, comme faisaient les scribes qui, ayant derrière eux une longue tradition d’interprètes, ne faisaient que répéter la pensée des maîtres qui les avaient précédés. L’enseignement des scribes est conventionnel, stéréotypé, figé, il n’encourage ni les changements ni l’ouverture d’esprit. Pour les scribes, le bon et pieux juif est celui qui se garde dans la stabilité de ses habitudes et ses observances religieuses, dans le respect des traditions, dans la soumission à la Torah qui manifeste la volonté de Dieu.

Jésus, par contre, parle de ce qu’il a à cœur. Sa parole exprime tout ce qu’il est lui-même, les convictions et les valeurs qui le font vivre. Elle communique sa pensée, le fruit de sa réflexion, le résultat de sa prière et de sa contemplation, sa vision intérieure, son expérience intime de Dieu. Dans sa parole il se livre lui-même. Jésus sait que sa parole est la sienne, certes, mais qu’elle est aussi l’écho d’une autre Parole écoutée et recueillie dans la profondeur de son expérience de Dieu. Il dira « Ma parole, n’est pas la mienne, mais celle du Père qui m’a envoyé ».

C’est pour cela que sa parole est neuve, originelle, déstabilisante, révolutionnaire. Elle encourage la conversion, la transformation, le renouvellement. Elle ouvre de nouveaux horizons. Elle indique de nouveaux chemins. C’est pour cela aussi que sa parole frappe, secoue, bouleverse, surprend, émerveille, fascine, fait toujours réagir ceux qui l’écoutent sans parti pris. Elle ne laisse personne indifférent. C’est une parole qui «porte », car elle nous «apporte» non pas des vérités à croire, mais une nouvelle vision de la Réalité qui rend possible une façon de vivre autrement plus libre, plus valorisante, plus sereine et donc, finalement, plus humaine et plus épanouie.

Le Dieu prêché dans la Synagogue est un Dieu vieux, bougon, triste, exigeant, qui cherche des sujets soumis et dévots ; qui fait dépendre le «salut» de la vertu, de la morale, de la fidélité, de l’obéissance et des observances ; qui semble lier sa bienveillance aux vertus, aux mérites, à la «justice» de ses adorateurs, c’est-à-dire à l’honorabilité que chacun s’est bâtie aux yeux de Dieu et aux yeux des hommes.

Le Dieu de Jésus, au contraire, est un Dieu jeune, espiègle, aventurier, qui aime les défis, les aventures, les voyages, la découverte de nouveaux pays, la contemplation de nouveaux paysages. Il aime les gens qui bougent, qui expérimentent, qui cherchent, qui évoluent, progressent, réagissent, s’opposent, discutent, se trompent, font la fête, dansent, aiment...

Le Dieu de Jésus est un Dieu qui n’aime pas voir les gens se bloquer, se figer, s’immobiliser sur le bord de la route, regarder continuellement en arrière, avoir peur d’avancer, voir le danger et le mal partout et se barricader derrière les murs de leur vieille maison, afin de passer une vie sans histoires et sans remous, mais qui est, inévitablement aussi, une vie plate, sans souffle, sans progrès et sans intérêt.

Le Dieu des scribes est un Dieu que l’on doit craindre et duquel on doit acheter les faveurs et la protection au prix de sacrifices et d’une observance scrupuleuse de sa volonté, explicitée dans une infinité de normes qui finissent par étouffer le pieux pratiquant, en lui rendant la vie impossible.

Le Dieu de Jésus, par contre, est un Dieu qui n’exige rien, mais qui donne toujours le premier; qui donne sans compter; qui donne à tous sans différences ni préférences et duquel nous recevons, avec une générosité et une largesse débordantes, «grâce sur grâce».

Finalement, c’est une conception totalement différente de Dieu qui oppose l’enseignement de la synagogue et l’enseignement du Maître de Nazareth. Dans la synagogue, nous sommes là pour un Dieu qui nous écrase avec ses exigences. Dans la doctrine de Jésus, Dieu est là pour nous, pour nous libérer de nos peurs en nous faisant grandir dans la confiance amoureuse de sa présence. Dans la synagogue, Dieu a besoin de nous (de notre soumission, de notre foi, de notre adoration, de notre culte) pour être Dieu et pour se sentir Dieu. Dans l’enseignement de Jésus, l’homme a besoin de Dieu pour devenir plus humain et pour connaître la source de son être véritable et de son authentique bonheur.

De sorte qu’il n’y a plus grand chose en commun entre la synagogue et Jésus. La parole de Jésus introduit les germes d’une fermentation et d’une révolution qui un jour feront éclater le vieux système religieux juifs. Jésus vient chambarder les anciens repères et en produire de nouveaux. Beaucoup de pieux juifs se sont sentis totalement déstabilisés et désorientés devant l’originalité et la charge contestatrice de la doctrine du Maître de Nazareth. C’est la constatation que Marc met sur la bouche de l’homme dans la synagogue, tourmenté par les mauvais esprits de la scrupuleuse et formelle observance de la Torah et que la longue fréquentation de la religion avait fini par rendre encore plus malade et tourmenté: «Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth? Es-tu venu pour nous perdre?».

Il faudra attendre que cet homme, au contact avec la personne de Jésus et par l’ouverture à sa parole, soit capable de se libérer de tous les conditionnements de son ancienne éducation, de toutes les fausses idées qu’on lui avait inculquées, des fausses croyances qu’il avait accumulées, pour qu’il récupère sa liberté et sa véritable identité. Certes, pour cet homme, le travail de restructuration et de libération n’a pas été une tâche facile. Il a été secoué avec violence. Il a souffert. Il a poussé de grands cris. Il a subi un déchirement intérieur extrêmement éprouvant. Mais c’est le prix que ce genre de personnes doivent payer pour leur guérison intérieure et pour renaître à une nouvelle forme de vie.
  

 Bruno Mori



dimanche 21 janvier 2018

«Le règne de Dieu est tout proche…»


(3 dim. Ord. B - 2018 )

Marc commence son évangile sans trop de préambules, en mettant tout de suite ses lecteurs face à un Jésus en pleine action aux débuts de sa vie publique.  Marc nous dit que la vie et l'activité publique de Jésus commencent après que Jean-Baptiste ait été réduit au silence par le pouvoir (Mc 1, 14). L’évangéliste signale la stupidité du pouvoir, qui croit pouvoir faire taire une voix, une voix prophétique. Il ne sait pas que chaque fois qu’une voix est étouffée, une autre plus forte encore se met à crier.
Alors que fait Jésus après l'arrestation du Baptiste ?  Il commence à proclamer partout son « évangile ». Le mot « évangile » vient du grec et signifie « bonne nouvelle ». Et quelle est la bonne nouvelle que Jésus annonce ? Il annonce non pas un Dieu qui et bon, mais un Dieu qui n’est que bonté et amour versés et répandus sur toutes créatures quelle que soit leur  nature, la  qualité ou la non-qualité de leur existence.
Alors que la religion avec ses lois, ses normes, ses prescriptions, ses obligations, ses impositions et ses dogmes sépare et divise les humains entre purs et impurs, fidèles et infidèles, bons et méchants, saints et pécheurs, croyants et incroyants, sauvés et perdus, le Dieu annoncé par Jésus est, par contre, une divinité qui rassemble et qui unit. Pour Dieu, il n'y a personne qui puisse être exclu de son amour. Quoi que l‘on soit ou quoi que l’on fasse, on est toujours dans son cœur et dans ses bras. « Qui pourra nous séparer de l’amour de Dieu ?», s’exclamait Paul (Rom, 8,35) C'est cela la bonne nouvelle que l'humanité attendait : l'amour de Dieu est plus grand que toute notre haine et nos erreurs. " Si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur" (1 Jn 3,20).
Jésus dit ensuite : "Le temps est accompli".  Mais quel temps ?
Dieu avait conclu un pacte avec son peuple. En quoi consistait ce pacte ? Dieu avait donné ses lois à son peuple et ce peuple, observant ces lois, devait assurer et promouvoir une telle qualité de vie que les peuples voisins devaient en être émerveillés et reconnaitre que le Dieu d'Israël était plus grand et meilleur que leur Dieu.
Le livre du Deutéronome (15.4) met sur les lèvres de Dieu ces paroles : "Chez mon peuple, personne n'est dans le besoin". Alors si dans un pays, dans une nation, personne n'est dans le besoin, il est évident que ce pays est le paradis sur terre et qu’il possède quelque chose de divin.
En réalité, cependant, tout au long de son histoire, le peuple d’Israël, peuple choisi, n’a jamais été une nation exemplaire. Ses gouvernants, au nom de Dieu et de la religion, ont pratiqué l’injustice, la violence, l’oppression, l’exploitation. Les royautés du passé ont failli à leurs promesses. Elles ont provoqué la scission, la division, l'occupation, la déportation et l'esclavage. Leurs politiques ont été un fiasco et une déception pour tous. L’alliance ancienne avec Dieu n’a servi à rien. 
C'est pourquoi Jésus dit : « L’alliance ancienne est périmée. Ces temps-là sont révolus, terminés. On en a assez bavé ! La façon ancienne de gouverner ne convient plus ; elle doit être abandonnée, tourner la page et en écrire un neuve. Il faut entrer sans hésitation dans une nouvelle phase de l’histoire humaine et changer notre façon de faire et de penser. Il faut faire du nouveau ; « à vin nouveau, outres neuves !» (Mc. 2,22). Les royaumes de hommes doivent être remplacés par "le royaume de Dieu ", c’est-à-dire par un autre type de coexistence humaine, par une autre forme de société, dirigée et animée par les valeurs et les principes qui viennent de Dieu. C'était le grand rêve de Jésus !
Jésus proclame que ce « Règne de Dieu est tout proche ! ».  Par cette expression Jésus veut dire que Dieu a un plan pour nous, pour notre vie et pour l’histoire du monde et qu’il veut le réaliser tout de suite ; et c’est maintenant qu’il l’accomplit. C’est maintenant que cela se passe. Les signes de cette activité de Dieu sont là. Regardez autour de vous : les aveugles voient, les sourdes entendent, les paralysés marchent, les courbés se redressent, ceux qui étaient morts, reprennent à vivre… N’est-ce pas cela une nouvelle extraordinaire pour tous les pauvres, les sans droit, les exclus, les opprimés, les souffrants de la terre ?  

À travers l’opacité apparente de la réalité matérielle, Dieu veut se frayer un chemin jusqu’à nous. Son Esprit veut contacter le nôtre. Dieu, veut nous saisir, nous ouvrir les yeux, pour que nous devenions capables d’apercevoir et de sentir sa présence. Cela exige une conversion de notre part ! Cette conversion requière la capacité de changer la direction de notre regard afin de devenir sensibles à une autre dimension de la réalité; afin de découvrir que tout est révélation de Dieu ; que tout  est  manifestation de sa présence ; que tout est expression d’une beauté  et d’une vérité qui cherchent  à se faire connaître; que tout est  effusion d’un amour qui cherche à se communiquer, à établir des liens, à susciter des relations; à créer de la communion, afin que les humains se  retrouvent finalement réunis dans le respect de la création, dans la constatation de leurs profonde unité, dépendance, égalité, et de leur fraternité devant Dieu, au-delà de leurs  diversité et de leurs différences. C’est cela accueillir le Royaume de Dieu !

La bonne nouvelle de la présence du Royaume de Dieu est alors l’annonce que notre existence humaine est posée entre le mains de Dieu et qu’elle n’est donc pas le fruit du hasard, mais le résultat d’innombrable casualités, connexions et relations menées par une sagesse amoureuse que n’est finalement à l’œuvre que pour produire notre guérison, notre transformation, notre transfiguration, notre accomplissement et notre bonheur. C’est cela la bonne nouvelle du salut !



Cette conversion est nécessairement la conséquence du l’écoute de la bonne nouvelle. Et c’est pour cela que dans les évangiles l’annonce de la bonne nouvelle de la présence du Royaume de Dieu et la conversion vont toujours ensemble. L’annonce de la bonne nouvelle constitue donc pour ceux qui l’écoutent un appel et une invitation pressante à mettre de côté notre ancien style de vie, avec nos barques et nos filets, pour suivre, comme les apôtres, l’Homme de Nazareth qui a le pouvoir d’ouvrir les yeux de notre cœur et de notre esprit sur une nouvelle façon d’êtres humains et d’entrer en relation avec nos frères et toutes les autres créatures.        

MB 

lundi 15 janvier 2018

CES REGARDS POSÉS SUR NOUS…


(Jn 1,35-42 - 2e dim. ord. B - 2018)

1. Ces regards posés sur nous  

Dans ce passage de l’évangile de Jean, on sent encore le frémissement ému de la première rencontre du disciple que Jésus aimait avec son Maître, dont le souvenir est resté gravé dans sa mémoire.

Dans ce texte, écrit longtemps après les événements, nous assistons encore aujourd’hui à ce jeu de regards qui a dû tant impressionner le disciple : jeu de regards chargés d’attente, d’émotion, d’admiration, de sympathie et d’amitié posés sur les personnes et qui a eu comme effet de les changer pour toujours. Le Baptiste et deux de ses disciples fixent leur regard sur Jésus qui approche. Celui-ci se retourne et les regarde. Les disciples le regardent et lui demandent où il habite. Le Maître leur dit de venir voir. Les disciples le suivent, ils voient et ils restent avec lui ce jour-là et tous les autres jours de leur existence.

Il y a ici comme une invitation non pas à éviter ou à ignorer les regards des autres, comme nous faisons habituellement, mais à les saisir, à se laisser interpeller, affecter, toucher et pénétrer par eux. Car, s’il est vrai qu’il y a des regards mortifères qui nous jugent, nous rabaissent, nous condamnent ; il y en a aussi beaucoup d’autres qui nous sauvent, qui nous guérissent, qui nous libèrent, qui nous font revivre, qui nous donnent des ailes, parce qu’ils créent la confiance en nous-mêmes, nous font découvrir que nous sommes extraordinaires, beaux, aimables et aimés ; et qui, par conséquent, remplissent notre existence de joie et de bonheur.

2. Ces regards qui nous brisent   

Je voudrais ce matin réfléchir avec vous sur l’importance et aussi l’ambivalence de ces regards qui, au cours de notre existence, se posent sur nous. C’est un fait, que souvent on a l’impression que tout le monde nous regarde, nous observe, nous surveille, nous en veuille, au point d’en être parfois perturbés et même angoissés. Ce malaise entraîne un sentiment d’insécurité qui, dans certains cas, peut se transformer en timidité, en peur, en anxiété et en culpabilité chroniques, voire même dégénérer en « phobie sociale ».

Sans arriver à ces extrêmes, il est certain que nous donnons habituellement une grande importance à la façon dont les autres nous regardent. Nous craignons d’être jugés. Nous avons peur de faire rire de nous; de ne pas montrer notre meilleur visage. Les raisons pour craindre le regard des autres sont multiples. Elles remontent souvent à notre enfance ; à une éducation sévère et rigide; à un contexte familial difficile; à des parents autoritaires, exigeants, toujours insatisfaits de nos performances; à la fréquentation de personnes qui nous ont brimés, mortifiés, opprimés, qui ne nous ont pas fait confiance, qui n’ont pas su encourager le développement de l’estime en nous-mêmes et en nos capacités.

La société dans laquelle nous vivons et qui valorise presque exclusivement la performance, la compétition, l’excellence, la réussite … peut aussi avoir eu son impact négatif sur la perception que nous avons de nous-mêmes, de nos possibilités, de notre valeur, de notre estime : nous craignons de ne pas être « à la hauteur »… À la longue, ce regard négatif et exigeant nous pèse au quotidien ; il est éprouvant pour les nerfs ; nous empêche de relaxer, d’être pleinement nous-mêmes, de faire ce que nous aimons vraiment, de nous réaliser selon nos désirs et nos rêves et de trouver notre véritable place dans la société.

Mais avons-nous vraiment raison d’attribuer une telle importance au regard des autres ? Avons-nous raison de penser que les autres nous regardent hostilement et nous jugent durement ? Cette impression est-elle vraiment fondée, correspond-elle vraiment à la vérité et à la réalité ? Ou se pourrait-il qu’elle ne soit, en réalité, que le produit de notre imagination et la projection de nos peurs et de notre insécurité profonde ?

S’il arrive parfois que le regard des autres, en croisant le nôtre, s’arrête brièvement sur nous, pourquoi supposer, par principe, que c’est pour nous juger, critiquer ou condamner, et non pas plutôt parce qu’ils ont été agréablement frappés par les traits plaisants et singuliers de notre personnalité ?

Alors, au lieu de craindre le regard des autres posé sur nous, ne pourrions-nous développer une attitude et une approche plus positive et bienveillante et penser que, s’il y a des gens qui nous regardent, c’est peut-être pour nous signifier combien ils nous trouvent sympathiques et pour nous indiquer que la route qui mène à leur cœur est ouverte à un possible échange d’amitié, de collaboration et, pourquoi pas, d’amour ?

C’est précisément cette route que ce texte d’évangile nous invite à entreprendre.

3. Ces regards qui nous recomposent  


            Si, d’un côté, il est vrai que nous sommes portés à craindre le regard des autres, de l’autre côté, il est vrai aussi que nous détestons l’anonymat et que nous ressentons un besoin viscéral d’être regardés avec intérêt, admiration et sympathie. Quelle souffrance dans notre vie lorsqu’on se sent invisibles et insignifiants ! Quelle déception et quel coup à notre ego, lorsqu'au cours d’une fête avec des amis, d’une soirée avec des collègues de travail, d’un événement social, personne ne semble s’apercevoir de notre présence! Quelle épreuve aussi dans notre vie professionnelle lorsque nos qualités, nos talents, nos compétences ne sont pas considérées et appréciées à leur juste valeur! Quelle tristesse dans la vie d’un couple lorsque la présence de l’autre est considérée comme acquise et que son désir d’attention et de tendresse n’est même plus remarqué! Nous voulons tous être regardés, reconnus, recherchés, accueillis et aimés, afin de pouvoir nous accepter, être heureux et donner de la plénitude et du sens à notre existence.


Par ailleurs, nous savons tous de quoi sont capables certains individus pour obtenir un bref moment de célébrité à la TV, sur YouTube, Facebook, Instagram ou dans d’autres réseaux sociaux. Il y a des gens qui sont prêts à balancer aux quatre vents les valeurs les plus sacrées, les sentiments les plus nobles et même des pans entiers de leur vie personnelle et intime, pour percer la barrière de l’anonymat. Pourquoi ? Parce que si personne ne me voit, si personne ne me remarque, si personne n’entend jamais parler de moi, je ne vaux rien ; je ne suis rien ; je n’existe pas.

Cependant, il ne faut jamais oublier que la valeur et la qualité de notre personne ne sont jamais mesurées par le regard d’autrui, mais uniquement par la valeur et la qualité de notre propre regard. Nous valons et nous sommes ce que vaut et ce qu'est notre regard. Le regard ne trahit et ne ment jamais. Il est un livre ouvert sur l’état de notre âme. Il dit toujours la vérité sur ce que nous sommes, sur nos intentions et nos sentiments. Il est le reflet et le miroir de notre âme, capable de dévoiler les zones les plus mystérieuses et les plus secrètes de notre personne.

Ainsi, s’il y a des regards qui sont vides, éteints, fuyards, indifférents, absents, durs, agressifs, jaloux, haineux, provocateurs, méchants… il y en a, par contre, d’autres qui sont comme une fenêtre de ciel ouverte sur la terre, tellement ils sont purs, clairs, lumineux, inspirants, rayonnant la bonté, la douceur, la bienveillance, la joie, la tendresse et l’amour. Ces regards de ciel éblouissent, captivent, fascinent, séduisent. C’est le type de regard duquel on aimerait toujours s’envelopper et dans lequel on voudrait se perdre. Je pense que c’est ce regard que les disciples ont dû apercevoir dans les yeux de Jésus. Je suis convaincu que c’est à cause de ce regard « divin » découvert sur le visage de Jésus que les apôtres ont tout abandonné de leur vie précédente pour s’aventurer à sa suite. La vie quotidienne peut devenir banale et insignifiante lorsque on a découvert un coin de paradis où rester.

4. Ces regards qui font vivre

Finalement, si dans notre existence nous avons tous besoin de sentir un regard posé sur nous, nous ne voulons cependant pas de n’importe quel regard. Nous avons besoin que quelqu’un nous regarde et nous fixe comme Jésus a regardé et fixé Pierre (Jn 2,42).

Nous avons besoin d’un regard qui ne s’arrête pas à l’extérieur, mais qui soit capable de pénétrer en nous et de voir ce que nous sommes en réalité dans les profondeurs de notre âme. Nous voulons un regard qui nous accepte tels que nous sommes, avec notre lot de bien et de mal, avec nos zones de lumières et d’ombres.

Nous voulons un regard qui se pose sur nous avec amour et qui nous accueille sans dédain, sans honte, sans peur, sans calcul, sans conditions. Nous voulons un regard qui nous accepte et qui nous veuille tels que nous sommes; qui se complaise même dans la découverte de la lourdeur de notre existence, tissée souvent serrée avec les fils de nos faiblesses, de nos médiocrités, de nos mesquineries, de nos bêtises, de nos erreurs et de nos fautes, qui s’entrelacent cependant toujours aussi avec les fils de trame de tant de gestes de bonté, d’altruisme, de générosité, de gentillesse et d’amour qui ont fini par faire de nous ces magnifiques exemplaires d’humanité, labourés par les vicissitudes de l’existence, que nous sommes finalement devenus.

Quelle est alors la qualité de notre regard ? Jésus demandait à ses disciples d’adopter le regard de Dieu, son Dieu, qui enveloppe toutes créatures d’un regard de bonté, d’accueil, de tolérance, de miséricorde, de tendresse et d’amour. Jésus n’hésitait pas à conseiller à ses disciples d’arracher l’œil mauvais qui à cause de son regard insensible, nourri à l’égoïsme et à la convoitise, devenait cause d’injustice, de mal et de souffrances pour les autres humains.

C’est ce regard d’amour de Jésus qui a sondé les profondeurs du cœur de Simon et qui a vu et qui a cru au potentiel de feu, de courage, de fidélité, de sensibilité que cet homme possédait, avec tous ses défauts, qui a transformé le rude et frustre pêcheur de Galilée en cette «pierre» inébranlable sur laquelle a pu s’appuyer et prendre son essor le rêve (ou l’utopie) du prophète de Nazareth.

Comme Jean, Simon et André, nous avons tous besoin de ce regard d’amour posé sur nous et capable de faire venir à la lumière le meilleur qui est en nous, et d’apercevoir notre vrai visage à travers les apparences défigurées produites en nous par les combats et les blessures de la vie. Et si nos accompagnions alors les disciples pour aller voir, nous-aussi, où le Maître habite ?        
       
BM  -Janvier 2018