lundi 23 octobre 2017

RENDRE À CÉSAR CE QUI EST À CÉSAR…


(Mt.22,15-21 – 29e dim. ord. A)

Gros problème dans la communauté de Matthieu, vers 80-90 après JC: faut-il payer l’impôt aux Romains, eux qui ont détruit Jérusalem et son temple, eux dont certains empereurs se prennent pour des incarnations de Dieu ? L’empereur Domitien ne se faisait-il pas appeler "Seigneur Dieu Tout-Puissant" ? Faut-il entrer en dissidence, en rébellion contre l’autorité établie?

            Matthieu, écrivant son évangile, se souvient de cet épisode de la vie de Jésus et de cette phrase devenue presque un proverbe : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu". Belle histoire où les piégeurs sont piégés. Mais quel intérêt pour nous, ici, dans notre 21° siècle ? Ce n’est pas très facile à percevoir mais essayons quand même.

            "Rendez à César ce qui est à César". Il y a là une reconnaissance de l’autorité de César, une reconnaissance du pouvoir politique civil. Autrement dit, les responsables politiques font la loi et celle-ci oblige tout un chacun. On peut le regretter, on peut se révolter intérieurement et parfois sentir la haine monter en soi : il n’en reste pas moins que la loi c’est la loi. Chacun ne fait pas sa loi, mais elle lui est imposée par l’autorité politique que la société a mise en place ou a laissé se mettre en place.
 Ceci dit, César n’est que César et rien de plus. Il n’est pas Dieu, il n’est pas la référence suprême et ultime. Il n’est pas "Seigneur Dieu Tout-Puissant". S’il se fait tel, s’il devient un despote, un tyran, un dictateur qui veut être tout-puissant, on a le droit et le devoir de le renverser. Si l’on n’est pas satisfait de lui et de son action, si l’on est mécontent de ses lois, on peut le changer et mettre à sa place un nouveau responsable. Et les Romains ne s’en sont pas privés, en renversant, et souvent violemment, pratiquement tous les empereurs successifs.

En nous disant que César est César, qu’il n’est pas Dieu, Jésus ouvre ainsi un espace pour notre action. Il nous dit que César n’est pas intouchable. Nous pouvons le changer. Nous pouvons changer les choses ; en politique, nous sommes responsables des qualités et des défauts de ceux qui nous dirigent. Nous sommes responsables de ce que nous laissons faire. Et que, finalement, nous avons les Césars et les chefs politiques que nous  acceptons et que nous méritons.

 L’évangile semble nous exhorter à avoir avec toute autorité une relation juste, mais aussi courageuse qui n’endure pas la corruption de ceux qui nous gouvernent  et qui ne se laisse pas écraser par les abus de pouvoir. Savoir dire non au pouvoir de l’argent, et être capables de résister et d’échapper aux hallucinations que souvent il développe en nous. Se garder de la tendance et de la tentation d’être soi-même un César, un dominateur, un oppresseur. Car nous pouvons être tout cela dans le quotidien de notre vie et surtout dans nos relations avec les autres dans notre profession et notre milieu de travail. L’espace est vaste où nous pouvons vivre en hommes debout et en véritables disciples de Jésus, afin que le monde autour de nous soit meilleur et plus humain.

"Rendez à César", dit Jésus, mais il ajoute aussitôt : " Rendez à Dieu ce qui est à Dieu". Il y a ici la reconnaissance d’un échange. Dieu nous fait don de lui-même puisque nous sommes à son image, à sa ressemblance. A notre tour d’entrer dans cet échange, dans ce don. Mais quoi lui donner ? Quoi lui rendre ?

Rendre à Dieu ce qui est à Dieu peut signifier alors faire jaillir de notre cœur les forces divines de l’amour qui y sont enfermées et qui ne nous appartiennent pas, qui y ont été déposées par l’action créatrice de Dieu afin que nous ensemencions l’univers avec ces semences de divinité.

Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, signifie lui attribuer ce qui lui appartient ; découvrir son action en toute chose ; voir sa présence et l’époustouflante beauté de son visage dans la création et la nature qui nous entourent, ainsi que dans les innombrables gestes de la bonté et de l’amour qui surgissent avec tant profusion du cœur des hommes et des femmes de notre monde.

Rendre à Dieu ce qui est à Dieu signifie prendre soin, caresser, communier, se passionner, s’émerveille, contempler, adorer, parler, être le cœur, la voix, le sens de tout ce qui existe. Signifie devenir pas de danse, cri de joie, chant de louange, liturgie d’action de grâce pour toute la création, lieu de la présence et de la révélation de Dieu dans notre monde.

Rendre à Dieu ce qui est à Dieu signifie aussi et surtout prendre soin des pauvres. Dans l’enseignement de Jésus de Nazareth les pauvres et les démunis sont l’incarnation de la présence de Dieu dans le monde. Daprès Jésus, Dieu s’identifie avec les pauvres, les nécessiteux les mendiants, les souffrants, les laissées pour compte, les marginaux, les délinquants, les prisonniers: « J’avais faim, j’avais soif, j’étais nu, j’étais étranger, j’étais malade, j’étais prisonnier… tout ce que vous avez fait à l’un des plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt. 25,31-40).

Rendre à Dieu ce qui et à Dieu signifie alors rendre aux pauvres ce qui leur appartient et que nous gardons cupidement et égoïstement en notre possession. En effet, selon l’enseignement de Jésus les biens, les substances, l’argent que nous avons accumulés, et qui constituent un excédent, un surplus et donc un luxe dont nous n’avons pas besoin pour vivre simplement et dignement, ne nous appartiennent plus, mais appartiennent aux pauvres, c’est-à-dire à ceux et celles qui sont dans le manque et qui en ont besoin pour vivre. Selon l’évangile de Jésus, le chrétien n’a pas le droit de garder pour lui le superflu dont d’autres ont besoin pour vivre. Il doit le rendre à Dieu, donc aux pauvres, avec lesquels Dieu s’identifie. Si nous les gardons pour nous, nous nous transformons en des voleurs et des fraudeurs qui s’approprient abusivement du bien d’autrui.

 Aurons-nous assez d’audace, assez de courage et assez de foi pour réaliser dans notre vie les exigences de cette parole d’évangile adressée à nous aujourd’hui, nous, les chrétiens nantis, désabusés et capitalistes de cette société nord-américaine du XXIe siècle?

Ici Jésus veut nous faire comprendre que dans un monde et une société régis par les lois de César, les individus s’enrichissent et acquièrent importance et valeur à travers l’échange et le pouvoir de l’agent et donc en possédant et en exploitant des choses.

Dans un monde régi par les lois (et l’esprit) de Dieu, les individus s’enrichissent (intérieurement) et acquièrent valeur humaine à travers l’échange de relations fraternelles, la force de leur amour, en se dépossédant d’eux-mêmes et en se mettant au service des personnes.

 "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu" : la parole de Jésus nous rend responsables, libres de nos choix et de nos actes. Dans son exigence, elle nous donne notre dignité d’hommes et de fils de Dieu.

( BM - 2017)


samedi 21 octobre 2017

Feuillet paroissial 22 octobre 2017

Attività parrocchiali     -       Activités paroissiales
1. Il vostro contributo domenicale e della   decima sono importanti per il buon andamento della parrocchia. Siate generosi!

1. Votre contribution du dimanche et de la Dîme sont importants pour la bonne santé de la paroisse. Soyez généreux!


  RENDETE A OGNUNO  CIÒ CHE GLI  SPETTA
Gesù dice : "Rendete a Cesare ciò che è di Cesare e a Dio ciò che è di Dio". Certamente a Gesù interessa la  politica: "Dai a Cesare, allo Stato, quello che è di Cesare e dello Stato". Tuo dovere è pagare le tasse e non puoi essere uomo di fede se evadi il fisco, se imbrogli la gente, se sfrutti i tuoi dipendenti, se tu accumuli mentre altri muoiono di fame, se crei lobby di potere. Ma per Gesù è essenziale un'altra verità: rendi onore ad ogni cosa; dai il proprio valore ad ogni cosa. restituisci, rendi a ognuno ciò che è suo, che gli spetta, che gli è dovuto. C'è qualcosa che ci viene dato, che non è nostro e che noi dobbiamo restituire. Allora sarebbe come se noi dicessimo: "Rendete a Cesare, a Dio, ma ad ogni cosa e ad ogni persona ciò che è suo, cioè il suo valore e la sua importanza. Sappiate riconoscere il valore di ogni cosa.
Cosa ci dà Dio? La vita! Più gli scienziati studiano l'uomo e più dicono: "Siamo un miracolo!". Dio mi dona la cosa più grande: "Io sono vivo". Per molte persone è così scontato che non sanno che farsene di questa vita e di questo tempo che hanno a disposizione e continuano a lamentarsi di questo e di quello. Ma io riconosco e onoro questo dono gratuito che mi hai fatto: "Io vivo; tu mi hai dato quest'opportunità: la vivrò, non la sprecherò e ti ringrazio Dio per esserci. La vita non mi è dovuta, è un dono". Cosa dovrò restituirgli? La vita! Verrà un giorno in cui riconsegnerò nelle sue mani questa mia esistenza. Nelle auto c'è la ruota di scorta, nei videogame finita una partita se ne fa un'altra e nel campionato di calcio l'anno successivo ne riparte un altro. Ma finita questa mia vita non ce n'è un'altra. Allora la voglio vivere con intensità, pienamente. C'è solo una vita per amare, provare, sentire, realizzare la propria missione e ciò che si è. Quello che non fate oggi non lo farete mai più. Non voglio che la paura di sbagliare, di quello che dicono gli altri, del giudizio, dell'essere diverso, dell'autorità, di fallire, mi impedisca di vivere. Voglio sentire l'odore del fieno, della pelle di chi amo, il gusto della pizza e il sapore del cioccolato; voglio correre, rotolarmi sull'erba, ridere a crepapelle, giocare, accarezzare e abbracciare; voglio piangere quando sto male, sentire il dolore della gente e commuovermi di gioia; voglio inseguire un sogno, lottare per un mondo migliore e sentire che questo mio tempo non è passato invano, ma ha avuto un senso per me e per il mondo. Allora te la restituirò da vivo questa mia vita e quando morirò sarò ancora in vita. Mi hai consegnato la vita e ti riconsegnerò la vita e non la morte di chi si è spento prima.  Molte persone vivono con paura, come se dicessero: "Meglio non osare troppo, perché si può morire!". No, non è che si può morire, si muore di certo. (Marco Pedron)

L’impôt
La lecture habituelle du texte évangélique d’aujourd’hui invite à opposer Dieu et l’argent ainsi qu’à faire des priorités. Le commentaire de Jésus parle aussi d’impôt. C’est une question éthique importante que nous n’aimons pas beaucoup aborder.
Pourtant notre société est sensible, plus que dans le passé, aux questions d’évasion fiscale et aux lois qui, légalement, permettent d’éviter de contribuer aux dépenses gouvernementales. Il y a souvent des élections qui se font autour de ces questions de baisses d’impôts aux personnes ou aux compagnies.

Payer de l’impôt n’est certainement pas agréable mais contribue, dans une perspective de justice sociale, à assurer des services à la société. C’est nécessaire pour la santé, l’éducation et tous les services que nous nous donnons. Nous pouvons être critiques sur la répartition des sommes et parfois interroger certaines dépenses mais c’est un devoir de justice et de partage. Cette responsabilité de participer aux frais communs incite à poser la question du travail au noir tant pour la personne qui reçoit des services sans payer de taxes, acceptant de ne pas recevoir de facture, que pour celle qui offre ainsi ses services. Nous l’avons probablement tous fait à un moment ou l’autre mais la question demeure et nous ne pouvons pas l’éluder. L’évangile d’aujourd’hui, dans le contexte de 2017, pourrait même proposer d’aborder la question de l’octroi de contrats importants, sans appels d’offres, par des entreprises publiques. Comme les sommes dont nous disposons sont limitées, la quête, demandée dans toutes les églises, à l’occasion du dimanche missionnaire mondial, invite à faire des choix, comme chrétiens, sur l’attribution des ressources possibles à donner pour l’évangélisation dans d’autres milieux. (Daniel Gauvreau ptre) 
Messes du 22 au 29 octobre 2017



Dimanche      22 Octobre -   29e dimanche du temps ordinaire - 
09h30              Innocenti Arcangeli, dalla moglie Italia;
 Angelo Tuccia, dalla moglie e figli; 
Antonietta Cesari, da Anna e Ercoli Ciampini.

11h00             Arno e Lori Bellagamba, dalla  famiglia;
Aux intentions de Sandrine Doumbé.          

Lundi              23 Octobre – Temps Ordinaire -
8h30                Loreto Ugolini, dalla famiglia.

Mardi              24 Octobre - Temps Ordinaire -
8h30                Marguerite Gouel, off. fun.

Mercredi         25  Octobre-   Temps Ordinaire -
8h30                Aux intentions de Francois Lehman, diacre (30e);  Fiorenzo Piciacchia , dalle figlie.

Jeudi              26 octobre - Temps Ordinaire -
8h30                Giuditta Poliziani, dal marito Mario;
Gabriello Casarcia, dalla famiglia.

Vendredi        27  octobre – Temps Ordinaire -
8h30                Aux intentions de Sr. Thérèse Cossette (100 ans), par Hélène Walhin

Dimanche      29 Octobre -   30e dimanche du temps ordinaire - 
09h30              Michele e Doralice Ciocca : 50 anniv. di matrimonio;
Rosa Cortese , dal marito e  famiglia;
Fiorenzo Piciacchia , dalle figlie.

11h00              Alexandre Khouzam, par Marie-Thérèse.    

                             Quête de dimanche dernier: $ 992 – 2ª quête $ 640                 

Merci Beaucoup !!!    Mille Grazie !!!






mercredi 18 octobre 2017

CET AMOUR QUE L’ON CHERCHE À MÉRITER ….


(Mt.22,1-14 - 28e dim.ord. A 2017)

Bizarre parabole que celle de ce roi (figure de Dieu) qui prépare un banquet de noce pour son fils ; et ces invités qui trouvent toutes sortes de prétextes pour refuser l’invitation ; et l’étrange attitude de ce seigneur qui invite alors n’importe qui, afin que la salle du banquet soit pleine ...! Si cette parabole est interprétée dans son sens littéral, en l’extrapolant du contexte historique de sa composition et des intentions catéchétiques de l’évangéliste, elle a de quoi nous faire réfléchir et peut même nous déranger.

En effet, Jésus présente ici un Dieu pour lequel la valeur, les vertus, les qualités, les mérites, les accomplissements des personnes (représentées par les premiers invités), ne semblent pas avoir grande importance dans sa façon de les considérer et de les traiter. Si les individus sont des braves et honnêtes personnes, tant mieux ! Si non, c’est pareil ! Bons et méchants, tous sont également invités à la fête et tous bénéficient de la même attention et de la même générosité.

Je pense que le but de ce récit est double. D’un côté, Jésus veut faire comprendre que Dieu, son Dieu, à une façon bien à lui de traiter avec les humains et de les aimer. On pourrait dire que, pour Jésus, il existe une façon «divin » d’aimer, qui est assez différente de la façon «humaine» d’aimer. Et c’est justement cette façon «divine» d’aimer qui souvent nous dérange et que nous avons de la difficulté à accepter. Car nous la trouvons inconvenante, trop bonace, pas très éclairée et surtout pas mal injuste.

De l’autre côté, Jésus nous exhorte à accepter ce type divin d’amour et, possiblement, à le reproduire dans notre vie, afin que s’opère dans notre existence une conversion de notre manière de communiquer et d’entrer en relation avec les personnes, et que notre amour pour elles prenne, de plus en plus, la coloration et les caractéristiques de l’amour qui est en Dieu.

En bref, Jésus veut ici nous rendre conscients non seulement du fait que l’amour de Dieu est toujours gratuit, désintéressé, altruiste, tandis que le nôtre est toujours, ou presque, intéressé, calculateur et égoïste ; mais aussi du fait que nous, les humains, souvent nous nous révoltons contre ce type d’amour qui est en Dieu. Nous refusons l’offre de son amour, nous déclinons son invitation.

Jésus nous révèle ici que Dieu veut nous aimer, mais que nous ne voulons pas nous faire aimer, ou plutôt, que nous n’acceptons pas sa façon d’aimer. On dirait que ce genre d’amour divin, toujours gratuit, toujours offert, toujours inconditionnel, nous fait peur, nous agace et nous indispose . Nous avons, en effet, la sensation qu’il froisse notre ego ; qu’il mortifie notre amour-propre ; qu’il brime notre orgueil. Nous ne voulons pas d’un amour gratuit ! Nous voulons en payer le prix ! Nous voulons l’acheter avec nos propres moyens ! Nous voulons le mériter !   

Nous voulons pouvoir être les patrons et les maîtres même de l’amour que nous recevons. Nous voulons que, si quelqu’un s’attache à nous, au point de nous aimer, que cela soit à cause de quelque chose d’attrayant et d’intéressant qu’il a découvert en nous et que nous lui donnons en échange, notre beauté, notre corps, nos valeurs, nos qualités, nos vertus, nos mérites, nos accomplissements, etc.

Et cette attitude marchande remonte souvent à notre enfance. Quand nous étions enfants, nos parents nous ont appris que nous devions conquérir et mériter leur affection. Si nous étions des enfants sages, obéissants, appliqués, studieux, nous avions droit à leur appréciation et à leur amour ; autrement nous avions en retour leurs cris, les reproches, les punitions, l’éloignement physique et émotionnel. Et c’est ainsi que, tout petits, nous avons appris que l’amour est une conquête, que l’amour doit être mérité ; que pour obtenir  de l’amour, il faut donner quelque chose en échange ; et que l’amour n’est jamais donné et obtenu gratuitement.

En grandissant, nous avons continué à penser la même chose, et nous avons appliqué cela à nos rapports avec Dieu. Et lorsque, dans les évangiles, nous avons appris que Dieu aime tout le monde gratuitement et sans conditions préalables ; qu’il aime autant les bons que et les méchants, les obéissants et les désobéissants, les saints et les pécheurs, nous sommes tentés de réagir avec indignation : « Eh non ! Ce n’est pas juste ! Je n’accepte pas un tel Dieu ! Je ne veux pas m’asseoir à sa table ! Je n’en veux pas d’un amour qui ne tient pas compte de ma valeur, de ce que je suis et qui semble s’en ficher de mes qualités et de mes mérites. Je préfère un amour que j’ai moi-même conquis et mérité ; un amour que j’acquière en déboursant de ma poche, même si c’est un prix élevé. Un amour gratuit ne m’intéresse pas, car il me déprécie et me dévalorise, comme tout ce qui ne coûte rien».
Nous voulons donc que la cause et la raison de l’amour que nous recevons soit en nous et non pas dans celui ou celle qui nous aime. Nous voulons être aimés non pas parce que celui ou celle qui nous aime est extraordinairement aimant, mais parce que nous sommes craquants et terriblement aimables, grâce à tous nos atouts.

Cette façon bien humaine que nous avons de concevoir l’amour, est passée de plein pied dans la spiritualité chrétienne et dans l’enseignement officiel de l’Église Catholique qui, le long de son histoire, a élaboré une complexe doctrine sur la grâce sanctifiante, les vertus et les mérites que le croyant doit produire et posséder pour pouvoir profiter de l’amour de Dieu.

Nous agissons ainsi parce que nous n’avons de l’amour que la notion ou la version humaine de ce sentiment que nous considérons comme un mouvement ou un phénomène déclenché par une cause, alors qu’en Dieu l’amour n’a pas de cause, mais est un état de son Être, ou plutôt, il est la nature de son Être.   

L’évangile de ce jour nous dit qu’il faut apprendre à se laisser aimer et à abandonner toute prétention et toute volonté de vouloir contrôler les forces de l’amour qui sont partout autour de nous. Dans la mesure où nous sommes capables de renoncer à tout mettre en œuvre pour «mériter» d’être aimés et à mettre de côté tout besoin de bâtir en nous les raisons de l’amour; dans la mesure où nous accepterons d’être imparfaits, faibles, limités, vulnérables, nous nous approcherons davantage à la vérité de notre être et nous acquerrons cette simplicité, cette sincérité, cette innocence et cette transparence qui feront de nous des personnes autant plus aimables qu’elles ne cherchent pas à piéger à leur avantage les courants de l’amour, auxquels, au contraire, elles s’abandonnent avec la confiance d’un enfant. C’est pour cela que Jésus affirmait que se sont surtout les simples, les pauvres et les petits qui sont les héritiers privilégiés de l’amour de Dieu.

Mais il reste que, de l’amour, nous ne connaissons souvent que ses faibles, défectueuses et superficielles manifestations humaines que nous confondons avec l’amour tout court ; alors que souvent elles ne sont que les expressions de notre égoïsme et de la recherche de notre satisfaction et de notre bien être psychologique, sentimental ou érotique.

Il faut admettre que les dynamique de l’Amour tout court nous échappent totalement. Car l’amour tout court est seulement en Dieu et, principalement, une affaire de Dieu et, par conséquent, il participe de son même mystère. Jamais nous ne réussirons à comprendre pleinement son abyssale et essentielle gratuité, qui, aux yeux de notre esprit humain, handicapé par notre extrême petitesse, nous apparaît comme une folie supplémentaire du Dieu de Jésus-Christ.

Nous pouvons, peut-être, avoir une pâle idée (intercepter une fugace lueur) de ce mystère, lorsque  nous pensons que si Dieu est Amour et en même temps Valeur unique, absolue et ultime, il ne peut être et se manifester que comme Amour totalement inconditionnel, étant donné qu’aucune autre valeur n’existe qui puisse l’attirer ou le concurrencer. Croire que nos petites valeurs humaines, nos petites vertus, nos petits ou grands mérites soient capables de déclencher en Dieu les élans d’un amour qui, autrement, ne nous serait pas donné, c’est un non-sens. Dieu nous aime, non pas parce qu’il nous trouve aimables, mais parce qu’il ne peut pas faire autre chose que d’aimer. Dieu ne peut qu’offrir à tous le repas de son amour ; un amour nécessairement gratuit, comme l’Univers à travers lequel il se manifeste.

Si nous, les humains, nous ne sommes pas capables ni d’imaginer, ni de comprendre, ni de réaliser cette qualité divine de l’amour, puisque notre façon d’aimer est toujours, quelque part, entachée d’égoïsme et de recherche d’avantages, de plaisirs et de gratifications, cela ne nous empêche pas de croire que cette gratuité divine de l’amour puisse constituer, dans notre vie, un rêve et un idéal vers lequel tous les amants devraient tendre. Jésus de Nazareth nous assure que si la gratuité de l’amour chez les humains est rare et difficile, elle n’est cependant pas impossible. Et parfois il arrive que cette qualité d’amour qui est au cœur de Dieu, par grâce ou par miracle, fasse soudainement et brièvement son apparition dans le cœur de l’homme.

Il peut arriver dans la vie d’un individu de tomber soudainement amoureux d’une autre personne ; le coup de foudre qui frappe sans préavis et sans que l’on sache d’où cela vienne et comment cela ait pu être possible. Il arrive parfois que l’amour d’un autre te soit soudainement offert comme un don inattendu, sans que tu n’aies volontairement rien fait pour le susciter ou le motiver. II arrive que l’amour vienne à toi sans aucun « mérite » de ta part ; comme une attitude, un geste, un élan totalement gratuit ; comme un magnifique et touchant cadeau, qu’un beau jour tu trouves posé là, pour toi, au cœur de ta maison, alors que tu pensais que personne n’en connaissait l’adresse.

Il arrive donc parfois que des échantillons d’amour divin percent le ciel pour venir ensemencer de leurs virtualités l’amour des hommes. Il arrive parfois, que dans notre vie, nous assistions à des rares et fugaces manifestations de l’amour tel qu’il existe à sa Source divine. Comme dans l’amour d’une mère pour son enfant ; comme dans le cas de certaines existences exclusivement données à soulager la misère et la souffrance d’autrui (cf.  Jésus de Nazareth); dans la qualité de certaines rencontres et de certaines fusions amoureuses… Dans ces cas, nous sommes confrontés à un phénomène amoureux qui a quelque chose de divin.

Il y a vraiment des attitudes et des comportements amoureux où il faut reconnaître que quelque chose de l’amour divin vient éclairer le ciel de nos existences calculatrices orgueilleuses et égoïstes. C’est comme si des étincelles du monde de Dieu surgissent soudainement et miraculeusement dans le monde des hommes, pour leur annoncer que quelque chose de la pure gratuité divine peut aussi s’introduire dans nos amours humains et qu’il est peut-être possible à l’homme d’aimer à la façon de Dieu.  
Jésus de Nazareth, lui, en était convaincu !

Bruno Mori 4 octobre 2017



vendredi 6 octobre 2017

Feuillet paroissial 8 octobre 2017

Attività parrocchiali     -       Activités paroissiales
1. Il vostro contributo domenicale e della   decima sono importanti per il buon andamento della parrocchia. Siate generosi!

2. Iscrizioni dei giovani alla catechesi della Prima comunione e Cresima . Rivolgersi a Viviana ( 514 482 9651) e a Paola ( 514 266 0933). Le iscrizioni saranno raccolte il 15 ottobre, dopo la messa delle ore 11.

1. Votre contribution du dimanche et de la Dîme sont importants pour la bonne santé de la paroisse. Soyez généreux!

2. Inscriptions des jeunes à la catéchèse de la Première Communion et Confirmation.
S’adresser à  Viviane  (514 482 9651) et à Paola (514 266 0933). Les inscriptions seront prises  le 15 octobre, après  la messe de 11 h.

SIAMO LA VIGNA DEL SIGNORE
"Con questa parabola della vigna e dei vignauoli omicidi Gesù ha nascosto  dietro un velo trasparentissimo un riassunto  delle vicende di Israele nei suoi rapporti con Dio. E' Dio  il padrone che, dopo aver piantato (con Abramo) la vigna del suo popolo, l'ha vista sfruttata a proprio vantaggio da coloro  a cui l'aveva affidata: i capi del popolo, passati e presenti; di questi ultimi addirittura prevede che uccideranno l'ingombrante Figlio del padrone. Gesù dichiarò così di sapere bene che cosa l'aspettava; nel contempo annunciò che la vigna, il popolo di Dio, sarebbe passata ad altri: il nuovo popolo di Dio, costituito da coloro che avrebbero accolto il Figlio; insomma, i cristiani.
Egli stava parlando appunto "ai capi dei sacerdoti e agli anziani del popolo", e continuando il discorso in modo più esplicito richiamò loro una frase della Scrittura: "La pietra che i costruttori hanno scartato è divenuta la pietra d'angolo", cioè il fondamento di un'altra costruzione, e concluse: "Perciò io vi dico: a voi sarà tolto il regno di Dio e sarà dato a un popolo che ne produca i frutti"..".Il Concilio Vaticano II   ha dichiarato che "se le autorità ebraiche con i propri seguaci si sono adoperate per la morte di Cristo, tuttavia quanto è stato commesso durante la sua Passione non può essere imputato né indistintamente a tutti gli Ebrei allora viventi, né agli Ebrei del nostro tempo". Resta tuttavia il fatto che con Gesù nasce un nuovo popolo di Dio, la Chiesa, e questo popolo il cui fondamento è lui, la pietra scartata dai responsabili dell'antico Israele, è chiamato a dare frutto. Duemila anni di cristianesimo di frutti ne hanno dati tanti; ma non bastano mai: ogni capo della Chiesa e ogni singolo fedele deve interrogarsi di continuo, per verificare se sta dando i frutti che Dio si aspetta, considerando da un lato le tante opportunità di bene che ogni giorno si presentano, e dall'altro i tanti aiuti da lui messi a nostra disposizione per riuscire nell'impresa. I santi sono uomini e donne come gli altri, segnalati all'attenzione comune proprio perché, ciascuno a suo modo, hanno saputo dare frutti; sono la dimostrazione che il bene è possibile; sono modelli da cui trarre esempio per la vita quotidiana di chi si dice seguace di Gesù. (Roberto Brunelli)

La parabole de la vigne

Aujourd'hui, c'est le jour du poème de la vigne. En le lisant, il est facile à chacun de se reconnaître.   Ce poème vient d'Isaïe et nous l'entendons à notre première lecture de la messe d'aujourd'hui. Dans l'Évangile, Jésus le reprend pour nous. Ce poème chante l'amour de Dieu pour sa vigne, donc l'amour de Dieu pour chacun de nous. Mais il révèle aussi sa profonde déception : « Il en attendait de beaux fruits, et il n'en a eu que de mauvais ».  Pour beaucoup d'entre nous, Dieu nous paraît étonnamment absent, « parti en voyage ».  Au massacre que fait le propriétaire, on croirait même que Dieu voudrait notre mort.  Mais Dieu est à cent coudées de nous en vouloir. Il envoie des serviteurs, qui se font tuer. Il en risque d'autres encore, qui se font tuer aussi. Il envoie même son propre fils. Dieu n'a rien ménagé pour qu'on ait la vie et qu'on entre dans le Royaume. Il nous envoie des messages et on les brûle. Il nous envoie des messagers et on les boude. Mais Dieu nous aime et ne ménage rien pour nous ramener à lui malgré notre lenteur. Au bout de ses efforts, la vigne porte des fruits parce que le maître a enfin trouvé des collaborateurs, des vignerons qui se sont montrés responsables. Aujourd'hui je constate que je suis de la récolte, je suis l’un de ses fruits attendus par le Père. 

En reconnaissance pour le fruit que Dieu a fait de moi, est-ce que je ne pourrais pas me faire maintenant fidèle vigneron, et à mon tour cultiver de beaux fruits? (L. Fecteau) .

Le pardon affaire des hommes et non pas affaire de Dieu


(Mt 18,21-35 – 24e dim.ord. A - 2017)

A partir de ce texte de l’évangile de Matthieu, je propose ici une réflexion sur le pardon qui s’écarte un peu de ce que les fidèles catholiques sont habitués à entendre à l’église, mais qui peut les aider à mieux comprendre qui est le Dieu de Jésus de Nazareth et à mieux accepter l’urgence de s’insérer dans son projet de renouveau universel. 

La doctrine catholique, à cause du dogme du péché originel, a été contaminée par la croyance en la culpabilité foncière et universelle des humains, considérés comme des êtres fondamentalement mauvais et transgresseurs. Cela a eu comme conséquence que l’enseignement officiel de l’Église qui s’exprime dans les textes liturgiques, les formules de la spiritualité et de la piété chrétienne (prières, dévotions, etc.) a fait naître chez les chrétiens la conviction de n’être que des créatures déchues et des misérables pécheurs qui ne peuvent que s’humilier et ramper devant un Dieu offensé et enragé, dans l’espoir d’obtenir sa pitié et son pardon.

En tant que chrétiens, nous avons donc été formés à penser que, puisque, au départ, nous sommes mauvais et coupables, il est nécessaire, pour être sauvés, de demander et d’obtenir le pardon de Dieu, lequel, étant bon et miséricordieux, nous l’accorde presque toujours. Cette façon de procéder nous paraît tout à fait normale et surtout tout à fait conforme à la vérité de ce que nous sommes et de ce que Dieu est lui-même. [1]

Eh bien non ! Au risque de surprendre plusieurs pieux chrétiens, je dois affirmer que cette histoire de pardon que Dieu est supposé  accorder au pécheur repenti est loin de correspondre à la vérité.
Laissons de côté, pour le moment, le mythe biblique de la faute d'Adam et Ève qui, à partir du Ve siècle de notre ère, a donné origine aux délires théologiques de St Augustin d’Hippone sur le péché originel, auquel plus personne ne croit aujourd’hui, même pas le pape. 

Concentrons-nous sur la question du pardon de Dieu. Peut-on dire que Dieu pardonne ? Rien n’est moins sûr. Nous pouvons attribuer à Dieu la capacité de pardonner, seulement si nous nous avons une conception anthropomorphique de Dieu; un Dieu, construit à notre image et ressemblance et donc imaginé fonctionner à la façon de l’homme. Ce qui signifie, en d’autres mots, transposer en Dieu la façon humaine de penser, de sentir, d’agir, et de réagir, de changer, de s’altérer. Et c’est malheureusement ce que la religion a fait au cours de l’histoire, en nous concoctant un Dieu moulé sur les comportements de l’homme. Et c’est pour cette raison qu’aujourd’hui, pour une grande partie des gens instruits de la modernité, ce Dieu de la religion est devenu une entité inacceptable, ne passant plus la preuve du bon sens et de la rationalité.

Mais revenons au pardon et voyons pourquoi il est impossible d’attribuer à Dieu l’action de pardonner. Le pardon est essentiellement le résultat d’une modification et d’un changement d’attitude survenus à l’intérieur de la personne qui pardonne. Les dynamiques du pardon sont bien connues. Elles comportent deux volets ou deux étapes. Le pardon suppose, premièrement, l’existence d’un individu capable de s’altérer et donc vulnérable, auquel on peut faire du mal, lui faire subir un tort, lui infliger des blessures et des pertes qui lui procurent de la souffrance et qui font surgir en lui les réactions et les altérations du ressentiment, de la colère, de la haine et de la vengeance.

Le deuxième volet suppose que, ce même individu, déjà perturbé et changé intérieurement par l’offense reçue, l’agressivité et la haine ressenties, est à nouveau transformé et changé en profondeur par l’apparition en lui de la bonté, de la bienveillance et de l’amour, sentiments qu’il offre, comme un don gratuit à celui qui l’a offensé, à travers justement la démarche du par-don. Ici donc, l’individu qui pardonne passe de l’état de rage et de haine, à l’état d’indulgence, de bienveillance, d’amabilité, de réconciliation qui renonce à toute vengeance et ne désire plus que faire la paix et vivre en paix avec celui qui avait été son ennemi.

Or ce processus d’altération et de changement intérieur est ontologiquement impossible en Dieu qui, par définition, est toujours identique à lui-même. Dieu Est et il ne peut pas devenir. Il ne peut pas changer, s’altérer et donc passer d'un état à un autre. Il ne peut pas, non plus, être affecté de l’extérieur par quelque chose qui existerait en dehors de lui. Car rien n’existe en dehors de Dieu. Il est en effet l’être de toutes choses ; l’âme de l’Univers ; l’Énergie de fond originelle et le Mystère suprême qui maintient toutes choses dans leur être et dans leur existence. C’est donc un non-sens de dire que Dieu peut être offensé ou mis en colère par notre méchanceté ou nos fautes. Il s'en suit alors que Dieu ne peut pas pardonner, parce qu’il ne peut jamais être ou se sentir offensé. Dieu ne peut pas être atteint ou affecté par le comportement de l’homme. Il est le «Tout Autre» et le «Transcendent».

Il y a aussi une autre raison qui rend incongru tout discours sur le pardon de Dieu : le fait que Dieu n’est qu’Amour. En effet, autant les évangiles, que les découvertes des sciences cosmologiques modernes, nous apprennent que la Réalité Ultime appelée «Dieu », est essentiellement une Énergie d’attraction et d’amour qui soutient et anime tout ce qui existe. De son côté, Jésus de Nazareth a annoncé sans relâche que Dieu est un Être d’Amour et que tout amour vient de Dieu ; que celui qui aime est en Dieu et vit en Dieu et que Dieu ne sait faire et ne peut faire autre chose que d’aimer. La nature de Dieu c’est d’être Amour. Donc Dieu ne peut qu’aimer, comme le soleil ne peut que briller et réchauffer. Dieu n’est qu’amour ; c’est donc un non-sens  que de penser que Dieu puisse aussi et en même temps être rancune, ressentiment, hostilité, colère, agressivité, volonté de condamnation, désir de châtiment et de punition envers le pécheur.

Pour Jésus, Dieu est et reste Amour, autant lorsque nous sommes bons que lorsque nous sommes méchants ; lorsque nous sommes innocents, que lorsque nous sommes coupables ; lorsque nous sommes justes et en règle, que lorsque nous nous sommes transgresseurs ; lorsque nous sommes saints, que lorsque nous sommes pécheurs et délinquants. Quoi que nous fassions de bon ou de mauvais, nous sommes toujours exposés aux rayons de son amour. Son amour est antérieur et postérieur à nos fautes. Son amour est toujours existant, toujours présent, toujours assuré, quoi que nous fassions de bon et de mal. Dieu ne peut donc pas nous pardonner, car jamais nous n’avons été séparés de son amour. Dieu ne peut nous pardonner, car il ne peut pas nous rétablir dans un amour qu’il ne nous a jamais enlevé et duquel nous ne sommes jamais sortis.

Par conséquent, un discours sur Dieu qui exprimerait des attentes de notre part sur ce que Dieu pourrait ou ne pourrait pas nous donner, est une absurdité. Quoi que la théologie catholique puisse affirmer, Jésus n’est pas venu nous sauver, mais nous annoncer (et c’est cela sa bonne nouvelle !) que nous sommes tous déjà sauvés, car tous, depuis toujours, déjà plongés dans les profondeurs de l’Amour de Dieu.

Le pardon de Dieu, que nous avons l’impression de recevoir et d’expérimenter dans notre âme et notre dans cœur, après une démarche ou un parcours de conversion, n’est pas le résultat d’une intervention de Dieu, mais plutôt le fruit de notre changement intérieur ou de notre «conversion» qui, en nous rapprochant de Dieu, nous a rendu plus sensibles aux effets de sa présence et nous a fait découvrir, qu’en réalité, nous avions toujours été exposés aux feux de son amour.

En effet, lorsque, par notre conversion nous nous sommes débarrassés du voile de nos fautes que nous avions tissé autour de notre existence, voile qui nous faisait vivre dans le froid et l’obscurité et qui nous empêchait d’être exposés au soleil de Dieu, nous nous sommes rendu compte que la lumière et la chaleur de son amour avaient toujours été là pour nous, même lorsque nous vivions dans la brume et la noirceur du mal et du péché.

Jésus avait compris cela, et c’est pourquoi il annonçait à tous ceux qui voulaient bien l’entendre, que Dieu est un Être d’amour qui ne fait pas de différences entre les personnes. Il aime aussi bien les justes que les pécheurs. Il fait pleuvoir et briller son soleil autant sur les bons que sur les méchants. Il a soin autant de la brebis égarée, que de celles qui sont restées dans la sécurité du bercail. Il est un Père qui prend à cœur autant le fils dissolu et fêtard, que celui bien sage qui voit avec scrupule aux intérêts de la maison.

Jésus avait compris que Amour est la seule énergie capable non seulement de maintenir le monde dans l’existence, mais aussi de faire évoluer et progresser les humains vers le plein accomplissement de leur nature. C’est pourquoi Jésus a toujours cherché à être lui-même un homme d’amour et à incarner dans sa vie cette posture amoureuse qu’il avait découverte comme étant la caractéristique fondamentale du Dieu dans lequel il croyait.

C’est pourquoi, Jésus rêvait d’un monde régi exclusivement par les dynamiques et les règles de l’amour. Il rêvait d’un monde devenu une sorte de « Royaume de Dieu », où l’amour qui est en Dieu régnait aussi dans le cœur de l’homme et, par l’homme, dans le monde tout entier.
Jésus cependant savait que son rêve aurait été entravé par les limites et les imperfections de la nature humaine, toujours déficiente, fragile, défectueuse, toujours en train de se construire, d’évoluer, de se perfectionner. Son rêve d’un monde bâti à l’enseigne de l’amour devait donc faire les comptes avec un être humain inaccompli, inachevé, dans lequel existent encore d’innombrables défaillances et défectuosités, des zones obscures et des vides immenses que la lumière et les forces de l’amour n’ont jamais colonisé de leur présence.

C’est pour cela que l’être humain peut rater la rencontre avec les dynamiques de l’amour. C’est pour cela que l’homme peut aller à contre-courant des forces structurantes de l’attraction, de la relation affective, de la bienveillance et de la communion qui soutiennent et font évoluer l’Univers. C’est pour cela que l’homme peut adopter des attitudes et des comportements où l’amour est absent et se transformer en un individu fermé sur lui-même ; et ouvrir ainsi la voie à l’injustice, à l’exploitation, à la violence, qui mènent presque inévitablement à la création de la spirale infernale du ressentiment, de l’agressivité de la haine et de la vengeance.

Jésus savait que, si les humains ne sont que cela ; s’ils ne cherchent pas à se changer en des meilleures personnes ; s’ils ne font que succomber à leurs limites ; s’ils ne font que suivre les pulsions destructrices et aliénantes qu’ils portent dans leur cœur, jamais  il ne pourrait réaliser son rêve d’un monde nouveau. Il savait que pour cela, il avait absolument besoin d’humains capables de pardonner, c’est-à-dire capables de passer de la haine à l’amour, du désir de faire le mal, à la volonté de faire le bien et incapables de se réjouir du mal et de la souffrance de leurs ennemis. La possibilité de l’homme de changer et donc de pardonner, constituait le seul espoir que Jésus possédait de faire face efficacement aux obstacles qui bloquaient ou qui ralentissaient la réalisation de ce monde plein d’amour dont il rêvait.

Pour Jésus, le pardon devient alors une pièce essentielle et un pilier fondamental dans la réalisation de son rêve de renouveau universel et de construction du Royaume de Dieu. Cela explique pourquoi le pardon a une si grande place dans la prédication de prophète de Nazareth, au point de devenir une caractéristique fondamentale de son message. Cela explique aussi pourquoi, lorsque Jésus parle de pardon, il n’a jamais en vue le pardon de Dieu, mais il se réfère presque exclusivement au pardon donné par les hommes.

Pour Jésus, les dynamiques du pardon qui font passer de la rupture à l’accord ; de l’agressivité à la bienveillance ; de l’hostilité à l’amitié ; de la division à la communion ; de la colère à la douceur ; de l’animosité à la sérénité ; du désir de vengeance à la volonté de bien, de paix et de réconciliation ; de la haine à l’amour…  ne sont jamais des attitudes qui concernent de Dieu, mais qui concernent les hommes. De sorte que, pour le Nazaréen, le pardon n’est pas du tout une affaire de Dieu, mais exclusivement une affaire d’hommes et entre les hommes. Car seulement le pardon que l’homme est capable de donner à son semblable peut briser à la racine la spirale du mal et de la violence. Car seul le pardon peut empêcher la haine de se développer et de se propager dans le monde et de produire les fruits néfastes de souffrance et de mort.

Jésus avait compris que, pour rendre viable et réalisable son rêve d’un monde meilleur, il fallait, avant tout, rendre les hommes meilleurs et donc capables de plus d’amour. Pour cela il fallait les rendre plus sensibles à la nécessité de se laisser toucher et envahir par la présence et la proximité de son Dieu, en les exposant aux feux de son amour, qui devait désormais soutenir et orienter aussi leur existence. Selon Jésus, c’est parce que l’amour de Dieu est dans l’homme, que celui-ci devient capable d’aimer à la façon divine et de placer alors tout le monde, bons et méchants, justes et pécheurs, amis et ennemis, dans le courant de l’amour et de la détermination du pardon.

Et comme, pour Jésus, l’amour de Dieu pour l’homme est sans limites, ainsi en est-il du pardon de l’homme pour ses semblables. Le pardon humain doit être à la mesure de l’amour divin. Car le pardon est la version humaine de l’amour qui est en Dieu. Il est le don humain (par-don) par excellence. C’est pour cela que que le pardon doit être toujours donné. Non pas une fois, non pas sept fois, mais, comme disait Jésus - sept fois soixante-dix-sept fois. C'est-à-dire, toujours, continuellement, sans limites.

Tâche ardue ! Tâche difficile ! Tâche qui paraît presque impossible et, souvent, au-delà de nos capacités. Mais tâche indispensable, au moins comme programme de vie, comme idéal de conduite, comme effort de pacification toujours repris et toujours à reprendre, si nous tenons à vivre dans une société plus humaine et sur une planète plus habitable.

Finalement, comme il apparaît de ce texte d’évangiles que nous venons de lire (Mt, 18,21-35), Jésus de Nazareth avait raison de penser que seulement à travers le pardon qu’ils seront capables de recevoir et d’accorder, les hommes échapperont «aux mains du bourreau», se sauveront eux-mêmes et le monde qu’ils habitent.

Bruno Mori ( 15 septembre 2017)





[1][1] Le long de son histoire, l’Église catholique a utilisé la culpabilité et la peur comme des armes pour établir et fortifier son pouvoir et son emprise sur les consciences des croyants. En forgeant et en proposant la fausse image d’un Dieu qui peut, certes, pardonner; mais qui peut aussi et surtout être offensé, se fâcher, punir et condamner au feu du purgatoire et aux flammes éternelles de l’enfer, l’Église a volontairement entretenu et encouragé (auprès de ses ouailles rustres et ignorantes) la foi en un Dieu justicier impitoyable, de la colère et de la vengeance duquel elle pouvait cependant libérer et sauver les pécheurs qui recourraient à elle pour demander le sacrement du pardon. Brillant et efficace système d’assurer la dépendance et l’attachement inconditionnel et continuel de ses fidèles !