dimanche 9 décembre 2012

Quête pour la Saint-Vincent de Paul 2012


Bonjour,

Comme chaque année je m'adresse à vous en tant que responsable de la Saint-Vincent de Paul de notre paroisse pour vous parler un peu de nos activités, réfléchir ensemble sur notre engagement envers nos prochains et pour solliciter votre aide.
Avant toute chose j'aimerais vous remercier pour votre soutien tout au long de l'année, que ce soit vos dons en argent, en nourriture ou en vêtements. Tout ce que nous recevons est directement retransmis aux personnes de notre quartier qui sont dans le besoin. Les vêtements que vous mettez à l'entrée de l'église et que nous distribuons les jeudi matin lorsque les personnes viennent pour le dépannage alimentaire,  partent comme des petits pains et je peux vous assurer que vos anciens vêtements font des heureux, plus d'une fois les personnes viennent me montrer, toutes fières, comme les vêtements trouvés ici leur vont bien. Et je dois dire que cela me fait particulièrement plaisir de voir que des vêtements qui auraient pu atterrir dans un centre de recyclage ou dans nos déchets trouvent ici une seconde vie.

Le nombre de personnes qui viennent nous demander de l'aide continue d'augmenter. Il y a deux ans nous avons aidé en moyenne 56 personnes ou familles par mois, en 2011 nous avons reçu 78 personnes ou familles par mois, cette année nous en avons vu une centaine chaque mois. Par moments nous sommes un peu débordés par le nombre croissant de personnes. Notre équipe est formée de trois personnes seulement (Dominique Barceloux, Danièle Mangerel et moi-même), ce n'est donc pas toujours facile de faire face au nombre de personnes qui nous demandent de l'aide. En septembre j'ai demandé de l'aide supplémentaire au Conseil Central de la SSVP, depuis j'ai un bénévole de plus (Stéphane St-Hilaire) qui nous aide un peu. En tout cas, si jamais il y a parmi vous des personnes disponibles le jeudi matin pour nous donner un coup de main, chacun sera accueilli les bras ouverts...

Les besoins dans notre quartier sont grands, ce qui me frappe quand je reçois toutes ces personnes démunies, en nombre toujours croissant, tout le temps des nouveaux, c'est que nous n'habitons pas dans un quartier spécialement défavorisé, nous habitions un beau quartier, calme, avec de jolies maisons, et pourtant il y a tous ces pauvres, parfois je me dis mais qu'est-ce que cela doit être dans des quartiers vraiment défavorisés, comme Villeray, Parc-extension, Montréal Nord, Hochelaga....
Il y a beaucoup à faire en matière de lutte contre la pauvreté, et j'aimerais que nous réfléchissions ensemble ce matin à différentes manières d'aborder la lutte contre la pauvreté et de voir ce qui nous distingue nous chrétiens dans ce domaine.
Dans un discours prononcé en 2005, Nelson Mandela a dit "Vaincre la pauvreté n'est pas un acte de charité. C'est un acte de justice. C'est la protection d'un droit fondamental, le droit à la dignité et à une vie décente. Tant que la pauvreté persiste, il n'y pas de réelle liberté ".

Il est vrai que la lutte contre la pauvreté est avant tout un acte de justice. Si on part du principe que le droit à la dignité et à une vie décente est un droit fondamental dont chaque être humain devrait pouvoir bénéficier de manière égale, les inégalités sociales, la mauvaise répartition des richesses avec un écart toujours croissant entre les riches et les pauvres, nous apparaissent comme une grande injustice contre laquelle il faut lutter, contre laquelle il faut se révolter.

La lutte contre la pauvreté est aussi un acte de solidarité, c'est-à-dire un acte mû par un sentiment de réciprocité, de mutualité, de responsabilité par rapport aux personnes vulnérables. L'égalité économique n'étant pas possible par la seule volonté politique, il faut que chaque individu se sente responsable par rapport aux pauvres et qu'il participe de lui-même à une plus juste répartition des richesses. Le gouvernement en fait une partie (bien-être social, allocations familiales, allocations logement), mais ce n'est pas suffisant, cela ne règle pas tout le problème, il faut aussi que chaque personne y participe, se sente responsable et solidaire avec les plus pauvres que lui.
Donc, la lutte contre la pauvreté est en premier lieu un acte de justice et de solidarité, ainsi que de protection d'un droit fondamental, et par conséquent elle devrait être un devoir de tous. Mais, en plus, pour nous chrétiens, venir en aide aux personnes vulnérables est aussi un acte de charité (contrairement à ce que dit Mandela). Pour nous  ce n'est pas seulement un acte d'équité sociale, c'est plus que cela, c'est quelque chose de plus profond et c'est là que se trouve toute notre richesse.

En effet, pour nous, l'aide aux pauvres est profondément ancrée dans notre foi, car l’amour du prochain  est le point central  de l'enseignement de Jésus et c'est ce qui nous caractérise. Pour nous l'aide aux démunis devient un acte de foi et un acte d'amour, car Jésus nous a enseigné que de manière ultime aimer Dieu correspond à aimer son prochain, l'un ne va pas sans l'autre, et que ce prochain englobe toutes les personnes, avec une préférence pour les faibles, les humbles, les pauvres, les malades, les pêcheurs. D'ailleurs, Jésus lui-même s'identifie aux pauvres, aux nécessiteux et non aux puissants de cette terre (''à chaque fois que vous le faites à l'un de ces petits, c'est à moi que vous le faites'', Matthieu, 25).

Pour nous, les gestes de charité, les gestes de bonté sont l’expression de l'amour de Dieu qui transparaît au travers de nous. A chaque fois que nous apportons de l'aide, du réconfort, du soutien, de l'espoir, du soulagement à une personne qui en a besoin, nous manifestons cet Amour, cet Esprit de Dieu que nous anime et qui nous habite. Et nous le faisons à l'exemple et à la manière de Jésus, car c'est lui, mieux que personne, qui nous a appris à répandre l'Amour de Dieu. Il est notre exemple à suivre, il est celui qui nous inspire et maintenant qu'il n'est plus là, c'est à nous de prendre le relais. C'est dans nos actes d’amour qu'on trouve le véritable esprit de Jésus qui par nous continue de soulager la détresse du monde.
C'est cette manière de voir et de comprendre les choses qui nous distingue, en tant que chrétiens et qui a donné lieu à une longue tradition de charité dans notre religion. Cela ne signifie pas que seuls les chrétiens sont capables de charité, n'importe qui, croyant ou non, est capable de poser les mêmes gestes d'amour et de bienveillance, mais c'est notre manière d'interpréter les choses avec le regard de notre foi et notre référence explicite à Jésus qui nous sert d’inspiration, de guide et de modèle, qui nous différencie des autres. 

Pour nous vincentiens (membres de la SSVP), c'est également ce qui nous distingue par rapport à d'autres organismes qui aident les pauvres. Nous apportons une aide concrète aux pauvres, sous forme d'aide alimentaire et de vêtements, mais nous le faisons inspirés de l’esprit et poussés par l’esprit de Jésus. Notre but est de nous mettre au service des pauvres quels qu'ils soient avec respect, justice et joie, en espérant leur apporter un peu d'espoir et d'amour.

La personne qui est en face de moi et qui vient me demander de l'aide, qu'elle soit alcoolique, droguée, schizophrène, délinquante, peu importe ce qu'elle a fait, est avant tout une personne dans le besoin qui vient en appeler à mon empathie.

Et moi, à mon tour je m'adresse à vous aujourd'hui pour solliciter aussi votre empathie à vous pour les personnes démunies de notre quartier, car moi je ne suis qu'un intermédiaire entre les dons reçus et les personnes dans le besoin. C'est un travail que nous faisons ensemble et ensemble nous pouvons faire une différence pour alléger un peu le quotidien de ces personnes.

 Je vous remercie du fond du cœur pour la confiance que vous nous témoignez et pour vos dons que nous récolterons lors de la deuxième quête.

Susanne Emery

Quête pour la Saint-Vincent de Paul 2011


Quête du 4 décembre 2011

Bonjour à tous,

Je m'adresse à vous aujourd'hui, car nous allons faire une 2ème quête pour la SSVP, donc pour l'aide aux personnes démunies de notre paroisse.

Je vais vous parler d'abord un peu des activités que nous avons faites durant l'année 2011.
Cette année a été marquée par une nette augmentation du nombre de personnes qui viennent nous demander de l'aide: si en 2010 nous avons aidé en moyenne 56 personnes ou familles par mois, cette année nous avons répondu à 78 demandes chaque mois. Cette augmentation a été remarquée dans d'autres conférences de la SSVP également, ainsi que dans les banques alimentaires.  Cette  augmentation est due d'une part à l'augmentation du nombre de personnes qui vivent de l'aide sociale, mais également à l'augmentation du prix des denrées alimentaires dans les commerces (les personnes qui étaient déjà dans une situation précaire, se retrouvent dans une situation encore plus difficile).

Les personnes ou familles dans le besoin peuvent venir nous voir une fois par mois, je les vois le jeudi matin, nous les recevons, nous les écoutons, nous leur donnons des bons pour acheter de la nourriture, de la nourriture quand nous en avons et nous distribuons les vêtements que nous recevons (maintenant à chaque fois que les personnes viennent pour l'aide alimentaire, les jeudi matin).

Nous avons 80 personnes qui se sont inscrites chez nous pour les paniers de Noël. Certaines de ces demandes sont prises en charge par le CC de la SSVP, ces gens là recevrons un panier de Noël de donateurs comme les pompiers. Nous nous allons faire et donner environ 60 paniers de Noël le 17 décembre.
Les personnes que nous aidons sont majoritairement des personnes seules et des familles monoparentales, la grande majorité reçoit l'aide sociale du gouvernement du QC, quelques personnes ont un faible revenu.
J'aimerais aborder aujourd'hui un sujet qui me tient à cœur, à savoir les préjugés qui ont cours sur les gens sur l'aide sociale, car je me rends compte que ces idées sont assez répandues. Je sais que certaines personnes pensent que ces gens n'ont qu'à travailler, gagner leur vie comme tout le monde, surtout lorsqu'il s'agit de personnes jeunes, qui n'ont pas d'handicap physique, ils pensent que ce sont des paresseux qui profitent du système.
D'autres  pensent que puisque ces personnes reçoivent l'aide du gouvernement elles n'ont pas besoin d'aide supplémentaire, elles sont déjà aidées, assistées, alors ça suffit, pourquoi leur donner plus.

Ce matin je vais me faire un peu le porte-parole de ces personnes. Comme j'ai la chance de les connaître un peu , je vais essayer d'être leur voix, car ces gens là sont justement les sans voix, les laissés pour compte de notre société, les marginaux, les exclus. On aime pas trop en parler et les mettre en avant, ils représentent un peu les ratés de notre système (capitaliste), on en a un peu honte.... alors qu'elles méritent qu'on parle d'elles, qu'on les défende, qu'on réfléchisse à leur sort, surtout dans un endroit comme ici, au sein de notre communauté chrétienne.

Je vais essayer de répondre aux préjugés, premièrement, en disant qu'à mon avis personne ne se retrouve sur l'aide sociale par choix, si elles se retrouvent dans cette situation c'est justement parce que ces personnes n'ont pas le choix... Se retrouver sur l'aide sociale est tout sauf une situation enviable, c'est humiliant, c'est dégradant, il s'agit donc véritablement d'une aide de dernier recours.
C'est facile de dire ''ils n'ont qu'à aller travailler'' Mais que peut faire une jeune femme qui se retrouve seule avec ses enfants et qui n'a pas de formation ? Que faire si on souffre de troubles psychiatriques ou psychologiques, si on est déprimé, si on souffre de problèmes d'addictions et que pour ces raisons ou pour d'autres on devient trop fragile, on devient incapable de s'insérer dans le monde du travail qui a ses règles et ses contraintes, qui est dur parfois ? Que faire pour les immigrants qui ne peuvent travailler parce que leurs diplômes ne sont pas reconnus ou qu'ils ne maîtrisent pas la langue ?

Je le vois dans les personnes qui viennent me voir, beaucoup vivent des situation vraiment difficiles, ils sont déprimés, ils ne savent pas comment joindre les deux bouts, souvent s'ajoute la maladie, l'isolement  et toutes sortes de problèmes. Ils n'ont pas choisi de se retrouve dans cette situation. Ces personnes ont toutes une destinée difficile, voire tragique, la vie ne leur a pas fait de cadeaux et je pense que cette destinée difficile, leur souffrance demande notre respect, notre compassion et notre compréhension, plutôt que nos jugements hâtifs...  Il s'agit d'essayer de comprendre les raisons profondes, pourquoi ils sont dans cette situation, car il y a toujours une raison qui permet d'expliquer pourquoi une telle personne se retrouve en marge de la société.
Ensuite, il est faux de penser que le chèque d'aide sociale mensuel soit suffisant pour couvrir les frais essentiels. En effet,  une fois les factures et le loyer payé, il ne reste rien ou presque rien pour se nourrir et souvent cela ne suffit même pas pour payer les factures, ces personnes ont donc des dettes envers hydro ou leur compagnie de téléphone. Ce que j'entends souvent c'est ''oui mais certains ont des cellulaires''... oui c'est vrai certains d'entre eux ont des cellulaires, certains fument aussi, mais d'autres n'ont même pas de téléphone, et dites-vous bien que certaines personnes préfèrent avoir un cellulaire ou fumer que de se nourrir correctement.

Il y a eu une excellente série télévisée sur Radio Canada intitulée '' les naufragés de la ville'', peut-être que certains d'entre vous l'ont vue. Il s'agit d'une série de 10 reportages qui essaie de mieux comprendre qui sont les pauvres de nos villes et quel est leur quotidien. Pour cela, plusieurs volontaires ont été sélectionnés, des gens comme vous et moi qui ont un emploi, une vie ''normale'', durant deux mois ils ont dû tout laisser derrière eux (appartement, amis, cartes bancaires), on leur a donné un chèque du bien-être social (soit 599.- pour une personne seule apte au travail) et ils devaient se débrouiller avec ça. Dans la série ils racontent ce qu'ils ont vécu. Ce qu'ils disent c'est que le premier défi, et c'est un gros défi, était de trouver un appartement à prix payable avec si peu d'argent qui ne soit pas insalubre. Ensuite, il s'agissait de survivre avec ce qui reste.
Ce qui ressort de ce reportage c'est que l'aide sociale est un filet bien mince pour assurer les besoins de base, qu'à ce niveau chaque dollar compte, que d'abord il faut payer les factures avant de pouvoir penser à manger et que donc les banques alimentaires offrent une aide importante. Il montre aussi tout le stress, la détresse, voir la panique engendrée par une situation de précarité, l'isolement et la difficulté de l'accès à certains soins (traitements psychologiques, soins dentaires, lunettes).
Le reportage s'intitule ''naufragés de la ville'', car les personnes pauvres se décrivent comme des rescapés sur une île mais dans la ville dans le sens que tout est sous leurs yeux, tous les produits de notre société de surconsommation, les étalages pleins de nos magasins, les gadgets de plus en plus perfectionnés qu'il faut avoir pour être branché, le foisonnement de publicité qui nous pousse à toujours avoir encore plus, encore mieux, encore plus moderne, plus beau... ils sont entourés de tout ça, mais ils ne peuvent pas y avoir accès, ils en sont totalement exclus et ils sont très isolés.

Nous aussi nous devrions nous mettre un peu à la place de ces personnes, nous imaginer durant quelques minutes que c'est nous qui nous retrouvions dans cette situation. La série ''les naufragés de la ville'' est accessible sur le site de Radio Canada, je ne saurais que trop vous recommander d'en regarder quelques épisodes pour vous imprégner un peu de ce que vivent ces gens.

Certains diront, oui tout cela est bien joli mais il y a quand même des profiteurs parmi ces gens. Oui peut-être qu'il y a en a quelques uns, mais premièrement ce n'est pas si simple de profiter du système, pour être sur le bien-être social il y a de nombreux contrôles du fisc, et ensuite on ne peut pas ne pas aider ceux qui en ont vraiment besoin sous prétexte que certains sont peut-être des profiteurs.
Nous les personnes qui viennent nous voir doivent toutes nous présenter une preuve de résidence (je dois être certaine qu'elles habitent bien sur le territoire de notre paroisse) et les papiers du bien-être ou une preuve de revenu. Une fois que j'ai ces preuves mon rôle à moi c'est de les accueillir avec charité, donc avec une certaine ouverture du cœur, avec compassion et sans jugements.

 Je pense que c'est du devoir de chaque citoyen de partager un peu avec les pauvres. Une société dans laquelle la majorité vit avec du surplus doit pouvoir être capable de venir en aide à ceux qui n'ont rien. La société cela signifie le gouvernement mais aussi chaque citoyen et d'autant plus les citoyens chrétiens, car pour le chrétien cela rejoint les valeurs fondamentales qui lui ont été enseignées par Jésus.

Pour terminer je vais vous lire un petit texte de Mère Teresa :
''Chacun d'entre nous désire vivre avec Dieu dans la béatitude éternelle, mais nous avons l'occasion, ici et maintenant, de vivre heureux avec lui, nous devons aimer comme il aime, donner comme il donne, aider comme il aide, le rencontrer dans les plus pauvres parmi les pauvres, être au milieu d'eux un signe de sa présence, de son amour et de sa compassion''.

Je vais vous laisser sur ce beau texte, mais avant je tiens à vous remercier du fond du cœur pour votre générosité, c'est grâce à vos dons que nous pouvons remplir notre tâche auprès des démunis, c'est donc ensemble que nous leur apportons un peu de soulagement. Merci !

Susanne Emery

dimanche 25 novembre 2012

JÉSUS, UN ROI ?

LA FÊTE DU CHRIST ROI A-T-ELLE ENCORE UN SENS ? 
(2012)



La fête du Christ Roi a été instituée par le pape Pie XI, le 11 novembre 1925, par l'encyclique Quas Primas, pour mettre en lumière l'idée que les nations devraient obéir aux lois du Christ et pour affirmer la compétence religieuse de l’Église dans le domaine civil et profane, compétence que les gouvernements tendent de plus en plus à négliger.  En instituant cette festivité le Pape vise à combattre la sécularisation et la laïcisation croissantes des sociétés modernes,  avec le relativisme qui en découle. L’Église a peur de perdre sa place et son influence dans les hautes sphères de la politique internationale. Elle craint pour son prestige et son pouvoir. Le Pape  pense donc qu’il faut réaffirmer l’importance de la religion chrétienne et de la foi catholique; sa primauté et sa suprématie reliées à  la figure de Jésus, reconnu dans la foi comme Christ, Messie et Sauveur du monde et donc comme Roi universel. Le pape pense qu’il est nécessaire de proclamer publiquement le pouvoir et l’autorité que le Christ a laissés à son Église, en tant qu’unique institution capable d’assurer le salut.

Dans une époque de l’histoire où prennent naissance de néfastes idéologies totalitaires (bolchévisme, nazisme, fascisme) impulsées  par des  leaders politiques aux allures charismatiques et aux conséquences apocalyptiques (Staline, Mussolini, Hitler), autant d’extrême gauche que d’extrême droite, le Pape veut réaffirmer qu’il n’y a qu’un seul et véritable «leader », duce, führer,  chef, capable de conduire le monde sur les chemins du salut et de la paix: Jésus-Christ.

Historiquement cette fête est donc le produit d’un certain triomphalisme catholique qui  tenait à présenter l’Église comme le Royaume du Christ sur terre et le lieu  par excellence où s’exerce son pouvoir  absolu et universel de salut sur tous les peuples de la terre. En dehors de ce royaume il n’y a de vérité et de salut  pour personne. Le Pape, en instituant cette fête voulait donc  présenter, d’un coté, le Christ comme le Roi qui s’élève au-dessus des croyances religieuses de tous les peuples de la terre et, de l’autre, la religion chrétienne en général et la catholique en particulier, comme la seule et unique vraie religion porteuse de salut. Cette position théologique a ensuite été disqualifiée par le Concile Vatican II.

Nous avons beaucoup de difficulté aujourd’hui, nous, les chrétiens du XXI  siècle, à entrer dans l’esprit de cette fête. Non seulement  parce qu’elle est le résultat d’une préoccupation et d’une problématique qui sont révolues; mais aussi parce que, vivant dans une société libre et démocratique, nous avons du mal à intégrer dans notre vocabulaire et à accepter comme encore pertinents des concepts comme triomphe, primauté, suprématie, supériorité, excellence, autorité, pouvoir, domination, concepts que, dans notre imaginaire, nous associons à l’image pas mal  anachronique et dépassée du roi et de la royauté. En plus, puisque ces notions nous paraissent, à nous les chrétiens,  blâmables et condamnables, instinctivement, nous sentons un certain malaise à les associer à la figure de Jésus de Nazareth. Alors si cette fête du Crist-roi doit être maintenue, il faut trouver une autre façon de l’interpréter pour qu’elle puisse continuer à avoir du sens.

 Dans les évangiles on trouve très peu d'affirmations concernant la royauté du Christ. Il faut aller chercher dans le récit de la Passion de Jésus selon Jean une évocation de sa royauté. Et remarquons que chaque fois que dans ce récit il est question de Jésus comme roi, c’est toujours pour s’en moquer ou pour ironiser cette prétendue royauté. On dirait que dans les évangiles la royauté attribuée à Jésus est  perçue comme quelque chose qui ne convient pas vraiment à la mission qui est la sienne, et qu’il n’est donc pas sérieux de la lui  attribuer. Et il est normal qu’il en soit ainsi, car elle va à l’encontre de tout ce que Jésus a été et de tout ce qu’il a enseigné. Chaque fois qu'on a voulu le faire roi, il s'est dérobé. Chaque fois qu'on a voulu lui faire de la publicité, après des miracles particulièrement impressionnants, il donnait des consignes très strictes de silence. Et, le comble de l’absurde, seulement lorsqu’il est enchaîné, pauvre, condamné, reniés de tous, il semble se reconnaître roi! C'est-à-dire au moment précis où il n'en a vraiment pas les apparences, il dit qu’il est roi … Mais roi de qui ? De quoi?  Il n’est pas roi à la manière des rois de ce monde. Car les rois de ce monde, pour être tels, utilisent le pouvoir qui leur permet de dominer et de s’ériger au-dessus des autres. Jésus, lui, est l’anti-roi, qui s‘impose en utilisant le service, le don de soi, la faillite, la défaite, le sacrifice de sa vie offerte sur la table du monde comme un bon pain que l’on doit manger pour être transformés à son image. 

 Cela veut sûrement dire qu'il faut  laisser tomber toutes nos conceptions de la royauté et du pouvoir lorsqu’on pense à Jésus : rappelons-nous ce qu'il disait à ses disciples : « Ceux qu'on regarde comme les chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir et les grands sous leur domination. Il n'en sera pas ainsi parmi vous. Au contraire, si quelqu'un veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur. Et si quelqu'un veut être le premier parmi vous, qu'il soit l'esclave de tous. Car le Fils de l'homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mc 10, 42 - 45).

Ce que veut nous dire l’évangéliste Jean, quand il nous rapporte l'interrogatoire de Jésus par Pilate (dans Jn 18, 33-37), c'est que Jésus est le chef, l’initiateur d’une nouvelle humanité composée de ceux et celles qui sont capables de donner, comme lui, leur vie pour en sauver  d’autres.  Ce roi-là n'a pas d'autre ambition que le service. Mais son royaume n'a rien à voir avec nos royaumes terrestres fondés sur le pouvoir et défendus par des gardes: « Si ma royauté était comme celle de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré. Mais  les royautés de ce monde n’ont rien en commun avec moi, car moi je me livre et je me donne pour qu’un monde meilleur advienne. En effet, c’est précisément pour cela que je suis venu au monde; c’est précisément en cela que consiste la vérité de mon être… ma vérité, la vérité de ma personne je la trouve dans ma capacité de me donner, de me communiquer par des gestes de don et d’amour , gestes qui  peu à peu contagionnerons et embraserons le monde. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci: rendre témoignage à cette vérité de l’amour qui doit transformer et sauver le monde. Tout homme qui est capable de vivre selon cette vérité, c’est quelqu’un qui ne subit pas son existence mais qui domine sa vie et la remplit de sens».

Finalement, si on doit parler d’une royauté en Jésus, c’est celle qui lui revient du fait d’avoir appris aux hommes leur grandeur, ainsi que le sentiment de leur souveraineté et de leur nature royale en tant que créatures animées par l’Esprit de Dieu.            



Bruno Mori

dimanche 11 novembre 2012

LA VEUVE QUI N’A JAMAIS MANQUÉ D’AMOUR


(Marc 12, 38-44 - 32e dim.ord. B 2012)

J’ai toujours été frappé par la figure de Jésus telle qu’elle apparaît dans ce texte d’évangile et j’ai toujours rêvé de posséder sa liberté intérieure qui lui vient de l’assurance d’être ancré en Dieu et d’être l’objet d’un amour qui fait de lui le Fils «bien-aimé» du Père. Cette liberté lui permet de voir les personnes avec le regard éclairé par l’Esprit de Dieu qui l’anime et le remplit totalement.
Ce texte étale devant Jésus, d’un coté, le comportement des scribes représentants du pouvoir religieux et aussi, en ce temps là, du pouvoir politique et, de l’autre, le comportement des riches qui incarnent le pouvoir économique. Ces deux classes des personnes symbolisent donc les trois pouvoirs qui régissent et qui structurent la société humaine. Les tenants de ces pouvoirs sont présentés ici comme cherchant  plus à paraître qu’à être, comme  une classe d’hypocrites qui manquent de transparence et qui  profitent  de leur position dans la société pour exploiter les plus faibles et  pour s’enrichir personnellement. Voilà  donc stigmatisés  par le Maître le pouvoir et les classes dirigeantes de tous les temps. Jésus qui  regarde ces gens agir nous dit : « méfiez-vous en! »
On doit se méfier de ces agents du pouvoir, nous dit Jésus, comme on doit se méfier de quelqu’un qui s’approche de nous le visage caché. On doit se méfier d’eux non pas parce qu’ils sont religieux, ou parce qu’ils sont savants, ou parce qu’ils sont riches, mais parce qu’ils ne vivent pas selon la vérité; parce qu’ils cachent leur véritable identité. Pourquoi cachent-ils leur être? Parce qu’ils ne ont pas satisfaits d’eux-mêmes. Parce qu’ils ne veulent pas accepter ce qu’ils sont et ils veulent être ce qu’ils ne sont pas.
Voilà leur drame et leur infirmité! Ils sont donc fondamentalement des êtres malades, blessés, qui ont peur et qui sont angoissés à cause de leurs limites, de leurs faiblesses, de leurs fragilités, de leur vulnérabilité, de leur précarité. Ils manquent de confiance en eux-mêmes, dans leur valeur et c’est pourquoi ils cherchent constamment à bâti autour de leur personne une structure qui puisse leur donner au moins l’illusion de leur valeur, de la sécurité et de la stabilité. Parce qu’ils se sentent insignifiants, non-nécessaires, ils font tout pour attirer l’attention, pour se faire remarquer, pour se rendre intéressants, pour paraître brillants, importants, honorables, nécessaires et puissants. Finalement, ils font tout cela parce que, n’étant pas capables de s’accepter eux mêmes, ils ont besoin de se sentir acceptés au moins par les autres.
Mais des tels stratagèmes ne passent pas inaperçus aux yeux de Jésus qui voit dans les profondeurs  du cœur humain et qui  sait ce qu’il  y a dans l’homme. Il ne veut pas que l’homme vive dans le mensonge. Mais pour que l’homme puisse récupérer son identité et vivre dans la vérité de ce qu’il est en lui-même et devant Dieu,  Jésus appelle chaque personne à la pauvreté, c’est à dire à  se débarrasser de toutes les sécurités qu’elle a érigées ou multipliées  autour d’elle pour échapper à la sensation de sa fondamentale insignifiance et nullité. Drewermann affirmait que cest une grave erreur de dire que le christianisme ou la religion est fait pour libérer de la pauvreté. Au contraire, la religion de Jésus est faite pour permettre d’atteindre la pauvreté (Il vangelo di Marco – Immagini di redenzione, Quiriniana, p. 337) et que le but de l’enseignement de Jésus est d’arriver à convaincre que tant que l’homme a confiance en ses moyens au lieu de mettre sa confiance en Dieu, il sera toujours condamné à être malheureux et angoissé et donc à être exclu du salut de Dieu .
Voilà alors pourquoi la pauvreté de la veuve au temple suscite l’admiration de Jésus et est donnée en exemple. Cette veuve qui vit d’aumône, ne vit que de la confiance qu’elle place dans la bonté de Dieu et du prochain qui lui procurent tout ce dont elle a besoin pour vivre. Cette veuve, justement parce qu’elle sait qu’elle reçoit tout de l’amour et qu’elle n’a rien à elle et quelle ne peut donc rien perdre, est pour Jésus la plus libre de tous et la plus riche de tous, car elle possède la richesse plus enviable qui soit: la confiance en un Amour qui ne l’abandonnera jamais et qui la reçoit dans sa pauvreté. Grace à cette confiance elle se possède elle-même; elle sait qui elle est et sa valeur aux yeux de Dieu. Et c’est pourquoi lorsqu’elle donne quelque chose, elle ne donne pas du superflu, c’est à dire quelque chose qui ne la touche pas, ou qui lui est extérieur, mais elle donne la seule chose qu’elle possède vraiment: l’amour qu’elle reçoit (symbolisé par les  quelques monnaies reçues en aumône et qu’elle verse dans le tronc du temple) et qui est tout ce qui la fait vivre.
Par tout son enseignement Jésus a cherché à nous faire comprendre que nous, les humains, nous sommes la plus haute manifestation de l’Esprit dans l’univers, et donc le lieu privilégié de sa présence dans le monde; que Dieu est une Entité bénévole, jaillissement primordial et continuel d’amour qui génère et donné vie à toutes choses. Jésus nous a révélé que cette Énergie d’amour est une énergie de fond qui envahit tout, qui circule en nous, les humains, d’une façon éminente et constitue aussi le fond de notre être. Mais, en tant qu’humains, notre drame consiste dans le fait que, dans notre vie ordinaire, nous ne sommes pas conscients d’être les porteurs privilégiés de l’Esprit de l’Amour. Nous ne soupçonnons même notre grandeur. Nous ne connaissons pas notre nature profonde. Alors, au lieu de chercher à comprendre ce que nous sommes, et d’accepter dans l’émerveillement et l’action de grâce le miracle que nous sommes, nous cherchons à être ce que nous ne sommes pas par le recours à des succédanées minables dans lesquels nous nous illusionnons de trouver notre bonheur et notre épanouissement, alors qu’en réalité ils  nous égarent  dans l’insignifiance.
Nous ressemblons à l’albatros du compte enfantin  élevé avec les autres petits canards dans le marais de la ferme. Il se contente, avec les autres cannetons, de barboter dans la boue à la recherche d’un maigre repas. Il pense que c’est ainsi qu’il doit vivre et que c’est là son destin. Mais s’il écoutait les appels de son instinct, il sentirait qu’il est fait pour s’élancer dans les hauteurs; pour s’enfoncer dans le bleu du ciel; pour folâtrer avec les vagues et le vent; pour sillonner les grandes espaces et pour épouser l’immensité de l’océan.
Jésus nous pousse à être attentifs aux appels qui montent des profondeurs de notre cœur et qui nous signalent notre grandeur et notre valeur. Il nous invite à abandonner la sécurité de notre poulailler et les misérables pitances avec lesquelles nous cherchons à assouvir notre faim. Il nous demande de tout donner, de nous délester, afin de pouvoir prendre l’envol qui nous permettra de vivre  notre vie soutenus et guidés par le vent de l’Esprit et la force de l’Amour qui est présent en nous par le  seul fait que nous sommes des humains.
Jésus nous enseigne que, finalement, notre grandeur et notre bonheur nous viennent du fait que nous acceptons d’être humains, rien que des humains, des créatures limitées, mais que Dieu aime éperdument et qu’il a rempli de son Esprit.

MB

dimanche 28 octobre 2012

L'AVEUGLE DE JÉRICHO



DE JERICHO À JÉRUSALEM –  LA TRAJECTOIRE D’UN  HOMME AVEUGLÉ

(Marc 10, 46-52)


Dans ce récit  de l’aveugle de Jéricho tout a une valeur symbolique. Tous les détails sont là pour nous dire quelque chose. L’épisode se déroule aux portes de Jéricho. Jéricho se trouve sur la route qui même à Jérusalem. Pour la voyageur qui vient du Nord de la Palestine et qui se dirige à Jérusalem, Jéricho est un passage obligé. Dans la Bible (livre de l’Exode), Jéricho est la ville qui s’est opposée à l’entrée de Hébreux  dans la Terre Promise. Donc, dans la mémoire collective juive, cette ville était le symbole de l’opposition à Dieu et à son plan, comme Jérusalem était le symbole de la présence de Dieu et de l’accomplissement de toutes les meilleures attentes du peuple élu.

Si le récit de Marc parle de l‘aveugle de Jéricho accroupi au bord de la route qui va à Jérusalem, cela est sans doute pour insinuer que cet homme vit dans un état  d’opposition au plan de  Dieu dans sa vie et que quelque chose l’empêche de prendre la route vers le pays de sa liberté intérieure et vers le lieu où il pourrait expérimenter la présence aimante de Dieu et la réussite de son existence.

Dans l’évangile, cet aveugle  n’a pas de nom à lui, il est simplement identifié comme le «fils de Timée. Il est le  « fils d'Honoré » car Timê en grec signifie « honneur ». Cet homme porte le nom d'un père  qui a été célèbre et honoré et qui a eu sans doute une forte personnalité. Le fait que cet aveugle soit toujours  indiqué comme «le fils de son père» (Bar-Timée), manifeste tout le poids que la figure paternelle a dû exercer et exerce peut-être encore sur l’évolution de la vie de cet homme. C’est un homme qui a vécu sous l’emprise et l’autorité directive et obsédante de son géniteur et dans son sillage. Un père exigeant, jamais satisfait de lui, avec des attentes exorbitantes pour les capacités et les forces  limitéede cet enfant hésitant, timide et craintif. Un père qui l’a rendu passif et dépendant. C’est homme a passé sa vie à  plaire à son père  et aux  personnes qui vivaient  autour de lui. On dirait que cet homme n’a fait que mendier toute sa vie. Il a mendié l’approbation, l’estime et l’amour de son entourage. Il n’a vécu que grâce à la permission et au consentement de ses proches. Il n’a vécu qu’en fonction  des autres et dans la crainte des autres. Les autres lui dictaient quoi faire et quoi penser. Pour se conformer aux exigences d’un père despote et envahisseur, aux  attentes de sa mère, de sa conjointe, de ses supérieurs, des autorités constituées, il n’a jamais  pu choisir sa vie et avoir une existence à lui: faire des plans, voir de ses  propres yeux, marcher dans la direction qu’il aurait souhaité, choisir son chemin. Ainsi pour ne pas décevoir, pour plaire, pour mériter l’affection et le droit de vivre, il a étouffé ses aspirations, renié ses goûts, sacrifié ses projets, cessé de vivre. Cet homme ne s’est jamais senti aimé pour  lui-même; mais seulement  accepté ou enduré à cause de la gratification que  sa dépendance et sa docilité suscitait  dans l’ego et la vanité de son entourage.

Cet homme, moulé par les autres, modelé sur les attentes des autres, ne sait pas qui il est vraiment.  Et ce que de lui apparaît à l’extérieur, ce n’est que le manteau sous lequel se cache sa vraie personnalité. Cet homme est et reste aveugle, car le manteau que les autres ont tissé autour de sa personne et qu’il s’est laissé imposer,  l’empêche de voir sa véritable identité, la grandeur de son destin, la valeur de sa personne et  les merveilles  que l’amour de Dieu a caché  dans les  profondeurs de son être. Dans le texte de  l’évangile  il est dit que cet homme  «était assis sur le bord de la route». Le verbe grec utilisé par Marc se traduirait mieux en disant que cet homme «gisait» sur le bord du chemin. C’est le même verbe utilisé en grec pour dire que quelqu’un «gît»  dans son tombeau. Cet homme est en effet comme mort, car il n’a jamais vécu sa propre vie.

Paradoxalement, le drame de cet homme aveugle a été son souci et son obsession d’être «bien vu» par les autres. Il ne trouvera la vue et la véritable intelligence de sa valeur que lorsqu’il abandonnera sa préoccupation maladive de «bien paraître  et de donner une bonne image de soi-même, symbolisée ici par son manteau. Alors, ce moquant enfin de l’opinion et des reproches des  autres (pour  qu’il rentre dans le  rangs et retrouve sa place de soumis qu’il a toujours occupée  au bord du chemin), se débarrassant de son manteau, il se dressera d’un bond et il se lancera, enfin libre et indépendant, vers Jésus qui l’avait appelé et invité à se mettre débout. Il faudra que cet aveugle fasse la rencontre de Jésus pour que celui-ci lui révèle le secret de sa totale liberté et de sa parfaite et saisissante humanité. Jésus apprend à cet homme aveuglé la seule attitude intérieure qui pourra lui permettre de voir clair dans le fatras de ses dépendances et de découvrir sa valeur fondamentale et la vérité de son être: la confiance. Confiance en Dieu et confiance en lui-même. «Confiance, lève-toi…-lui dit Jésus- la confiance te mettra debout, te rendra indépendant, te redonnera ton identité».

On pourrait creuser ces paroles de Jésus et expliciter davantage leur sens profond de la sorte: «Avant tout, confiance en Dieu qui t’aime le premier, sans conditions; qui te veux et t’accepte parce que tu es, comme tu es, tel que tu es, sans manteau, sans apparences, sans besoin de t’angoisser pour bien paraître, de te mettre à plat ventre devant les autres; de t’anéantir pour gagner leur acceptation, leur approbation, leur amour. Tu as une grande valeur à ses yeux, tu es «un fils de Dieu». Dieu t’aime donc comme un père. Dieu t’aime de toute façon, toujours, malgré toi, sans toi, sans tes mérites, quoi que tu fasses. Sois donc toi-même; tu es unique, tu es différent, tu es très bien ainsi. Ne laisse personne t’avilir ou t’humilier. Mais ne t’en fais pas trop lorsque quelqu’un cherche à t’inférioriser ou à te caler, car en te dépréciant, c’est plutôt son image et sa personne qu’il salit et qu’il rabaisse. Ne laisse personne te dire quoi penser, quoi faire; ne laisse personne dicter ton chemin, t’imposer ses idées, ses vérités, ses options, ses goûts  Tu as le droit de contester, de critiquer, de t’opposer. Tu as droit d’être différent. Tu as le droit de mener ta vie comme tu l’entends, car, en t’introduisant dans ce monde, Dieu t’a assigné un destin unique ; il t’a confié une tâche exclusive et il n’y a que toi qui puisses la réaliser. Alors, lève la tête, marche droit, sois fier de toi, de ce que tu es, de ton existence, de ta condition. Accepte-toi avec tes ombres et tes lumières, avec tes qualités et tes défauts, avec ta misère et ta grandeur. Dieu sait que tu es un être humain et que donc tu es faible, fragile, limité, défectueux; il sait que tu peux te tromper, faire le mal, souffrir et faire souffrir… qu’importe! C’est comme cela que tu es. C’est comme cela que Dieu t’a voulu.  C’est comme cela que Dieu t’aime! Alors, plus de ventre à terre, plus de «rampage» devant les autres. Tu as de la grandeur, tu as de la dignité; tu es aimé de Dieu;  tu es son enfant ! Aie donc de l’estime pour toi. Aie confiance en toi-même. Fais confiance aux trésors de ressources secrètes que l’amour de Dieu a déposées dans les profondeurs de ton être…

Ce récit évangélique  veut nous faire  comprendre qu’il y un espoir pour tous le mendiants, les aveuglés, les découragés,  les éprouvés de la vie,  dans la mesure où ils ne se résignent pas à  leur malheur et où ils sont disposés à assumer les coûts reliés à  l’exercice de leur liberté. Le mendiant de Jéricho a pu récupérer la vue et la vie parce qu’il s’est débattu, parce qu’il s’est battu et parce qu’il a crié à l’aide. Il a eu la chance de tomber sur Quelqu’un de vraiment extraordinaire qui, en lui faisant connaître l’amour de Dieu, l’a ouvert à la confiance. Ainsi ce récit veut dire à chacun de nous que tant que nous ne serons pas capables  d’abandonner  notre vie entre les mains de Dieu dans un acte de totale confiance, nous ne pourrons jamais nous croire assez bons, assez fins, assez valables pour envisager une vie vécue dans la liberté, l’équilibre, l’harmonie et la sérénité et pour courir dans la joie vers l’accomplissement  de notre destin.



MB



(30e dim ord. B  - 2012)


lundi 8 octobre 2012

CE QUE DIEU A UNI....


(27e Dim. Ord. B, Marc, 10, 2-16)


Dans la culture juive du temps de Jésus personne ne contestait le fait qu’un homme marié  pouvait pendre unilatéralement la décision de répudier sa femme. C’était une pratique presque normale. S’il y avait une certaine discussion à propos de cette pratique, cela ne concernait pas le principe de la répudiation en tant que tel,  mais les raisons valables pour prendre une telle décision. Dans les faits, en ce temps-là, un homme pouvait chasser sa femme de la maison pour n’importe quel motif. Il suffisait qu’elle fasse quelque chose de désagréable à monsieur: comme un repas mal cuisiné; des mets brulés; une épouse surprise à parler avec un inconnu en dehors de la maison, ou sortir sans voile ou avec les cheveux au vent…

En ce temps, être abandonnée par son mari, c’était pour une femme la pire des catastrophes. Une femme chassée de la maison était une femme déshonorée et destinée à la mort sociale et, souvent aussi, à la mort physique, car elle se retrouvait sans statut social, sans support, sans protections et sans moyen de subsistance. Il ne faut pas oublier  qu’en ce temps, la femme était totalement dépendante et à la merci de son mari. On était encore loin du mouvement de libération de la femme, de la parité des droits, des droits de la personne, de l’égalité des sexes. Dans la société juive du temps de Jésus, comme d’ailleurs encore aujourd’hui dans la majorité des pays musulmans, les femmes ne sortaient pas seules et s’occupaient exclusivement du foyer, du mari et des enfants. Elles étaient soit les servantes, soit les esclaves de leur conjoint qui avait plein pouvoir sur elles. Elles n’étaient pas considérées comme des personnes adultes et responsables, mais comme des mineures qui ont toujours besoin d’être surveillées, dirigées et commandées. Seul le mari était capable de raison. Il pouvait donc les réprimander, les châtier, les punir, les battre et, finalement, les expulser de sa maison si cela lui convenait.

Ici Jésus s’érige avec toute la force de son autorité pour condamner cette mentalité machiste et oppressive. Dans ce texte d’évangile Jésus pose les bases de la lutte pour la libération de la femme. Il condamne toute forme de domination, de supériorité, d’hégémonie et de prééminence de l’homme sur la femme. Il affirme que si la loi mosaïque semblait avantager les hommes, en leur donnant le pouvoir de sévir contre leurs épouses, cela était à cause d’une concession faite à la brutalité incurable des mâles et à la dureté de leur cœur. La Loi mosaïque préférait envisager une voie d’issue pour la femme mariée, lui laisser une porte de sortie, plutôt que de la contraindre à subir indéfiniment les sévices ou la violence de son mari et la condamner ainsi à une vie d’enfer. Jésus affirme que la Loi mosaïque est un moindre mal, une concession faite à la barbarie de ces hommes primitifs, mais que ce n’est pas ainsi que Dieu voit et veut les relations entre hommes et femmes. «Au début, lorsque Dieu créa l’homme et la femme, ce n’était pas ainsi que les choses devaient se passer», remarque le Maitre.

Jésus se lève donc contre cette absurdité juridique inventée par des hommes et pour les hommes qui leur permet de renvoyer d’une façon unilatérale leur épouse et qui ne permet pas à celle-ci d’en faire autant. Jésus cherche à faire comprendre aux machos de son temps, que cette la Loi mosaïque ratifie la pire des injustices, car devant Dieu, affirme Jésus, l’homme et la femme ont la même nature, la même dignité, la même grandeur humaine et donc les mêmes droits et les mêmes obligations. Dieu aux débuts a fait l’être humain homme et femme, avertit Jésus. Ils sont en même temps semblables et différents. Ils sont comme les deux parties d’une même médaille. Il n’y a pas un côté qui vaut plus que l’autre ou qui est plus important que l’autre. Les deux côtés ont exactement la même valeur. On ne peut pas les penser séparés. Ils ne sont pas deux, mais un, insiste Jésus. Ils existent pour être et rester ensemble,  pour se compléter, pour  payer ensemble le prix de la vie et le bonheur de vivre.

Ici Jésus nous dit que la force qui fait en sorte qu’un homme et une femme soient capables de briser les liens du sang qui les attachent à leur parents pour s’unir à un partenaire étranger et ne faire qu’un seul être, qu’un seul corps avec lui, n’est évidemment pas celle de l’opportunisme, des alliances de clan ou de parti,  ni la pulsion de la passion,  ni l’attrait du plaisir ou la recherche de la sécurité, mais uniquement la puissance de l’amour. L’amour est le plus sublime et le plus extraordinaire des élans spirituels dont les humains soient capables; et c’est uniquement à cette Énergie intérieure, qui coule en nous de la Source de tout être que nous appelons Dieu, qu’est confiée la tâche de souder ensemble le couple humain. Jésus nous enseigne  que c’est la force divine de l’amour qui, dans le couple  humain, transforme l’union des corps en union des cœurs et des âmes.

Et lorsque deux âmes et deux cœurs ne sont plus qu’un dans l’amour, alors disparaissent toutes les oppositions, les contrastes, les préjugées, toutes les envies de se croire ou de se sentir supérieur, plus futé, plus important que son partenaire. Dans l’amour, on n’a qu’un désir: se fondre avec l’être aimé. Dans l’amour, on ressent  l’autre comme cette partie de nous qui donne sens à notre existence, qui nous réconcilie avec nous-mêmes et qui nous permet de vivre et de nous accomplir dans la joie et le bonheur.

Jésus est donc venu nous révéler que, en tant qu’humains, nous sommes les vecteurs privilégiés de l’énergie divine de l’amour et que nous déchoyons de notre dignité lorsque, en tant que couple, nous manquons la rencontre avec l’amour et  avec les exigences de l’amour. Jésus nous enseigne que cette énergie divine, que nous devons continuellement déployer, est aussi celle qui marque la fin de ces rapports de couple bâtis et vécus à l’enseigne de la discrimination, du pouvoir, de la domination, de la supériorité, de l’humiliation, de l’exploitation et de la violence.

 Jésus est venu ainsi abolir et condamner toutes ces lois, toutes ces pratiques et toutes ces coutumes patriarcales inventées par les hommes et qui ne servent qu’à justifier leurs comportements et leurs instincts de mâles dominateurs et prédateurs. Jésus a voulu redonner dignité, noblesse, respectabilité, valeur et droits aux femmes. Il en fera ses meilleures amies et ses meilleures collaboratrices. C’est pour cela que les femmes l’aiment et l’entourent. Dorénavant c’est dans sa doctrine qu’elles découvriront leur excellence et c’est dans ses paroles qu’elles puiseront à tous jamais les principes de leur  libération et de leur fierté.

  MB

mercredi 3 octobre 2012

DERNIERES NOUVELLES - ULTIME NOTIZIE

ULTIME NOTIZIE- DERNIERES NOUVELLES


NOTIZIE DELLA SETTIMANA – NOUVELLES DE LA SEMAINE .


1-Septembre c’est le mois des   inscriptions aux cours d’Initiation  Chrétienne pour les enfants et les  jeunes gens  qui veulent se préparer  à  recevoir les sacrements de Baptême, Eucharistie  et Confirmation.


Pour  le Baptême et l’Eucharistie, les parents doivent contacter  Viviane ( tél. 514-482  9651) ou Elettra ( tél. 514-482 7880) .

Pour  la Confirmation, veillez contacter  Farida ( tél.514-487 2005) .


Les jeunes du premier  cycle qui se préparent à la Confirmation doivent produire le certificat de leur baptême .  Le prix des inscriptions est de 75.00$ par enfants. Ce prix inclus les livres et  le matériel de travail.


2-Apertura del libro delle messe per 2014-Ouverture du livre des Messes  2014


Mettere in una busta la lista dei nomi dei defunti e la data desiderata, l’offerta (15$ per ogni messa ), con il vostro nome e telefono. Consegnare il tutto in segreteria.

Inclure dans une enveloppe la liste des intentions, avec la  date désirée , l’offrande (15$ pour chaque messe)  avec votre nom et téléphone. Remettre  le tout  au sécretariat de la paroisse.

3-  Decima – Dîme


Ricordatevi che la parrocchia ha bisogno  del contributo della vostra  Decima per funzionare bene. Grazie per non dimenticare !!!


La paroisse a  besoin de la contribution de votre Dîme pour bien fonctionner.  Nous comptons sur  vous!!!



5 – FABBRICERI  -  MEMBRES DU CONSEIL DE FABRIQUE


Gino Francescangeli – Giovanni Antonacci Jan. 2011-déc.2013

Nancy Poitras –Danièle Mangerel                 Jan.2012-Déc.2014

Bernard Cadieux – Rosa Cinelli                                 Jan. 2013-déc. 2015 

dimanche 23 septembre 2012

«SI QUELQU’UN VEUT ÊTRE LE PREMIER, QU’IL DEVIENNE LE SERVITEUR DE TOUS»



(25e dimanche ord. B, 2012, Marc 9, 30-37)

C’est un dogme de notre société: la performance, l’efficacité, la rentabilité. Notre société a le culte du résultat. Aujourd’hui il faut être le meilleur non seulement pour réussir, mais simplement pour pouvoir travailler et survivre. Dans n’importe quelle entreprise, on impose au personnel des programmes à développer, objectifs à atteindre. Si tu n’es pas à la hauteur, tu es éliminé, sans pitié. Il faut être le meilleur à l’école, à l’université, au travail. Aujourd’hui si l’on veut avoir des chances d’emploi et des perspectives d’avenir, il faut être capable de réussir les examens avec les meilleures notes, vaincre des concours, gagner des bourses. Il faut émerger, se distinguer, performer. Pour augmenter le rendement ou améliorer les performances de notre cerveau on  n’hésite pas à recourir au dopage intellectuel. Ainsi on a recours aux psychotropes, comme le Ritalin et d’autres stimulants. Les meilleurs seulement ont une chance. Dans notre société, il y a une sélection qui est établie à norme. C’est la lutte, la course, la compétition: dépasser les autres, distancier les autres, battre les autres. Car, dans l’engrenage infernal de la performance à tout prix, l’autre désormais est devenu le concurrent, le compétiteur, le rival, et donc l’adversaire et donc l’ennemi à éliminer. Le capitalisme occidental, qui structure une société uniquement basée sur la libre concurrence des marchés, la performance, la productivité, la consommation, l’exploitation des ressources, le profit, l’accroissement démentiel des capitaux privés, est finalement en train de mettre en place la plus inhumaine, la plus barbare et la plus sauvage des sociétés. Dans une telle société il y de moins en mois de place pour le sentiment, la sensibilité, la compassion, l’attention, l’écoute, le respect,  la compréhension, l’altruisme, l’accueil l’aimabilité, la bonté ….en somme, il n’y plus de place pour l’amour! Et pourtant c’est l’amour le but de toute l’évolution cosmique! Dans cet univers, nous avons émergés en tant qu’humains, uniquement à cause de notre aptitude à aimer. Nous sommes humains fondamentalement à cause de l’amour que nous sommes capables de donner. Que sommes-nous donc  devenus ?  Il est donc urgent  d’activer notre attitude à aimer.

 Nous avons donc plus que jamais besoin de nous ouvrir à cette Parole du Maitre de Nazareth, si nous voulons récupérer notre âme et vivre en conformité avec notre destin et avec notre être véritable. À travers tout son enseignement, Jésus de Nazareth a voulu nous faire comprendre une chose très simple: devant Dieu nous ne pouvons avancer aucune prétention et nous n’avons aucun mérite à faire prévaloir. En effet, nous recevons tout de son amour et de sa bonté. Par nous-mêmes, nous ne sommes que de sacs vides qui n’acquièrent consistance et valeur que parce qu’ils sont remplis de l’abondance de ses richesses.

Jésus nous à révélé que tout nous vient d’un Source divine qu’il appelle «Père» et qui est fondamentalement un puits d’Amour qui génère tout ce qui existe et que de ce Puits nous puisons l’eau de l’être et de la vie et donc la substance profonde de ce que nous sommes. Pour Jésus alors la vraie sagesse humaine et la vraie illumination consistent à se rendre compte, qu’en ce Principe divin nous avons  «la vie, le souffle, le mouvement et l’être» (Act.17, 25-28). Ce Principe, qui est au cœur de tout, ensemence de son Souffle et de son Énergie tout l’univers, afin que celui-ci devienne à son tour capable de produire de l’être, de la vie et de l’amour.

Jésus nous enseigne donc que seulement si nous entrons dans le courant de cette Énergie d’amour et si nous nous laissons transporter, affecter et envahir par elle, nous réussissons à nous réaliser en tant qu’humains et à atteindre ainsi la vérité de notre être. Car, en tant qu’humains, nous sommes fondamentalement la conscience cosmique de cet Amour. Nous sommes cette partie du cosmos qui, à travers une longue évolution, est arrivée à la connaissance de cet amour dont tout prend son origine. Nous sommes la transparence cosmique de cette Amour.  Nous sommes le lieu privilégié de sa présence en ce monde de matière. Notre tâche est de le connaître, de le reconnaître, de nous en imprégner et de le répercuter autour de nous. «Quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu» (1 Gv. 4,7). Voilà pourquoi, créés, moulés, jetés dans l’existence en vertu de cette Énergie d’Amour qui constitue la substance de notre être, nous ne trouvons notre pleine réalisation que si nous sommes capables de devenir, en ce monde,  les relais de l’Amour.

Jésus de Nazareth nous révèle que vis-à-vis de cette Force d’Amour qui envahit tout, la posture fondamentale des humains que nous sommes consiste, non pas à nous agripper, mais à nous laisser transporter; non pas à nous attacher, mais à nous détacher; non pas à retenir, mais à lâcher; non pas à nous remplir, mais à nous vider; non pas à nous lester, mais à nous délester. Car, à trop vouloir charger notre vie, nous risquons de la couler; à trop vouloir gagner, nous risquons de tout perdre; à trop vouloir retenir, nous risquons de nous enliser dans l’épaisseur superficielle d’une vie qui manque de profondeur et qui rate le passage du Courant divin qui cherche à nous  allumer de lui et à nous entraîner dans son sillage. Jésus nous avertit que la grandeur véritable de l’homme se mesure à sa capacité de s’ouvrir à cet Amour et de le manifester dans sa propre vie. «Qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu demeure en  lui» (1 Gv.4,16).

Et qui dit «amour», dit disponibilité, service, aide, don de soi, respect des autres, attention aux autres, priorité donnés aux autres. Donc, ici est grand non  pas celui que s’érige sur les autres pour les dominer, mais celui qui se fait petit, disponible, serviable,  afin d’enrichir les autres par la force de son amour. Les grands ici sont ceux et celles qui mettent leur confiance non pas dans la puissance et l’efficacité des moyens matériels, mais dans le travail secret de leur amour. Être petits, confiants, abandonnés, accueillants, libres, libérés, limpides, simples,  naturels… voilà par quel canal passe le courant de l’amour qui transforme le monde! Ne sont-elles pas celles-là aussi les caractéristiques de l’enfance? Voilà pourquoi Jésus nous dit que notre vraie grandeur consiste à renoncer à être trop adultes; à éviter de nous prendre trop au sérieux et de croire que nous sommes importants et à récupérer l’enfant qui est en nous: «Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous ne pouvez pas entrer dans le monde de l’amour, qui est le monde de Dieu, ce royaume de Dieu que l’humanité a mission de construire ici-bas».

Ici, la grandeur  est toute  dans la performance de l’amour qui s’oublie et se donne  et non pas dans la performance du pouvoir qui domine et s’impose. Serons-nous capables, en tant que disciples du Maître de Nazareth, d’entrer dans ce Courant  et d’y confier notre vie ?



 BM

dimanche 9 septembre 2012

IL FAIT ENTENDRE LES SOURDS ET IL FAIT PARLER LES MUETS…


( 9 septembre 2012 - 23 dim. ord. B 2012 - Marc 7, 31-37)

Le cœur du message de Jésus de Nazareth  consiste dans l’amour de l’autre. Jésus  disait : «C’est à cela que le gens  connaîtrons que vous êtes  mes disciples,  à l’amour que vous aurez les uns pour les autres ». Pour le Nazaréen, l’ouverture, l’empathie, l’affection que l’on porte à notre semblable sont plus importants que  l’adoration et le culte rendus à Dieu ou que la soumission à sa «volonté» et à sa Loi. Et cela est vrai à un tel point que, pour Jésus, l’amour du prochain est le seul moyen que nous avons à notre disposition pour manifester notre amour envers Dieu et que toute proclamation ou affirmation religieuse de piété vis-à-vis de Dieu, qui ne se traduit pas en charité fraternelle et qui  ne s’accompagne pas d’intérêt, d’ouverture et  d’amour envers l’être humain,  n’est que  mensonge et hypocrisie.

Si donc l’amour pour les autres constitue le cœur du message du Maitre de Nazareth, nous comprenons le souci, la préoccupation de Jésus à vouloir que ses disciples soient des gens ouverts, accueillants et l’effort qu’il a mis à les guérir de leurs surdités, de leurs insensibilités, de leurs enfermements et de leurs égoïsmes. C’est le sens et le message de l’anecdote de la guérison du sourd-muet  relaté par l’extrait évangélique de ce dimanche. En règle générale, on constate que, dans les évangiles, l’attitude fondamentale qui est requise de la part de ceux et celles qui veulent entrer  dans la dynamique spirituelle du Maitre est celle de l’écoute. «Qui a des oreilles pour écouter, qu’il écoute!», devient la consigne et le mot d’ordre pour être un authentique disciple et pour accueillir le salut de Dieu apporté par Jésus: écouter la parole, écouter la voix du frère dans le besoin, écouter le Fils bien-aimé …. Écoute qui est synonyme d‘accueil, de confiance, d’intérêt et, finalement, d’amour. Si dans les évangiles l’accent est mis avec tellement d’emphase sur la nécessité de l’écoute pour se réaliser en tant qu’humains et pour se sauver, cela est dû au fait que, généralement, cette capacité fait défaut chez beaucoup de gens et que,  à cause de cela, leur vie risque de « tomber en ruine». Dans les évangiles  Jésus est présenté comme celui qui, stimulant notre capacité d’aimer, nous convie à une attention et à une sensibilité plus grandes envers nos semblables, et donc comme celui qui  active, d’une façon inégalée et toute nouvelle, notre capacité d’écoute des autres et d’ouverture aux autres.

L’écoute est en effet la seule façon que nous  avons d’entrer en relation avec une personne. L’écoute est la seule porte par laquelle l’autre peut entrer en nous et dans notre vie. C’est par l’écoute de ce qu’il me révèle de lui, que je peux  le connaître, découvrir et sentir son âme et lui permettre d’affecter la mienne. C’est par l’écoute de l’autre que je l’accueille, que je reconnais sa valeur et son importance, que je m’enrichis de tout ce qu’il m’apporte et que je lui permets de s’affirmer en tant qu’individu unique, en lui faisant découvrir sa grandeur et son immense dignité. Car c’est par mon écoute que l’autre se sentira accueilli, remarqué, accepté et donc reconnu et donc compris et donc valorisé et donc apprécié. C’est grâce à mon accueil et à mon écoute qu’il se sentira aimé et qu’il  prendra alors confiance en lui-même et trouvera satisfaction, gratification et joie dans son vivre.

Si je l’écoute, jamais un individu dira de lui-même: je suis une nullité, je ne suis bon à rien, je ne vaux pas grand-chose, je suis inutile,  personne ne s’intéresse à moi, personne ne m’aime, je vis dans un monde hostile, insensible, égoïste, méchant, à quoi bon vivre….Notre capacité d’écoute peut faire toute la différence entre un monde hospitalier et un monde féroce; entre une société humaine et une société  déshumanisée ; entre le bonheur ou le malheur d’une personne,  entre le choix de vivre ou le choix de mourir. .

C‘est à cette capacité d’écoute que sont finalement mesurés la beauté de notre âme, l’emprise de Dieu dans notre existence et le miracle de guérison que son Esprit a opéré dans les profondeurs blessées et désagrégées de notre être. C’est pour cela que l’écoute devient la caractéristique du disciple de Jésus, de l’homme et de la femme transformés et renouvelés par son esprit  et l’attitude de base  des ceux et celles qui ont été guéris de leur endurcissement et de leur surdité au contact du Maitre et qui sont appelés à bâtir le «Royaume de l’amour de Dieu» sur terre.

 Si la fonction de Jésus, en tant que Maitre, est celle de parler et d’enseigner, la fonction du disciple que nous sommes, est celle d’être attentif et d’écouter. Il ne peut être maitre que si nous sommes disciples. C’est alors  notre capacité d’écoute qui lui assure son charisme, son efficacité, la réussite de sa vie et de sa mission dans le monde. Si nous écoutons, Jésus est Jésus et il sauve. Si nous faisons la sourde-oreille, il aura parlé au vent et son passage parmi nous aura été inutile et sa mort une horrible défaite.

Jésus nous veut personnes de dialogue, de communication, car il est  venu bâtir un monde animé par l’amour et donc basé  sur la relation qui doit créer unité, fraternité et communion entre les humains.
Le chrétien est donc essentiellement celui qui écoute. Mais écoutons-nous vraiment ? Avons-nous créé, développé en nous les conditions et les attitudes nécessaires et indispensables pour une bonne écoute ? Quelles sont ces conditions? Essayons ensemble d’en pointer quelques-unes.

Dans l’évangile de ce dimanche il est dit que Jésus rencontre un sourd-muet  et qu’il l’amène loin de la foule. C’est pour nous faire comprendre que pour écouter il faut être capable de faire taire, au moins pendant quelques instants, le tumulte et le tapage qui s’est établi à l’intérieur de nous; quitter la foule de nos distractions pour atteindre un lieu de silence. Il faut ensuite s’arrêter, porter attention, être curieux  s’abstenir de tout jugement, jeter sur l’autre un regard bienveillant ; penser que l’autre est comme un coffre bien garni et qu’il peut nous surprendre, nous émerveiller et nous enrichir  lorsqu’il l’ouvre et qu’il partage avec nous  la variété et la valeur de son contenu. L’écoute est alors ouverture à l’autre, liée à une capacité à l’accueillir sans jugement, sans a priori…et avec amour.

Mais si tu es devenu sourd, car  fermé, replié sur toi-même, uniquement centré sur ton petit moi et ton petit bonheur, indifférent  et insensible à la présence des autres, si tu te bouches systématiquement les oreilles avec des auriculaires pour n’entendre que du bruit, du rap, du rock, du métal, pour t’étourdir, te couper du monde, des autres, parce que les autres te fatiguent, sont minables, ne t’intéressent  pas, te tapent sur les nerfs … tu seras aussi un être coupé, sans substance, vide, pauvre, car tu te seras privé de l’apport des richesses  que ton ouverture aux autres aurait apporté à ta vie….et tu n’aura rien a dire, rien a communiquer Tu seras là, mais comme un poteau contre  lequel on trébuche ou comme  un arbre sans fruit.

Nous, les disciples du Maitre de Nazareth, nous devrions être les champions de l’écoute. Comment va notre entraînement ?
  
Pour terminer je vais vous raconter une petite anecdote. Lorsque je vais chez mon dentiste, situé sur la rue Drummond à Montréal, une fois débarqué du métro, je dois marcher dix minutes sur la rue Ste Catherine. Presque toujours, au cours de ce bref trajet,  je rencontre deux ou trois mendiants assis par terre ou accotés à un mur. J’ai toujours quelques pièces de monnaie dans me poche. Je pourrais donc facilement  me donner  bonne conscience, en leur faisant tomber dans le gobelet des 25 sous. Mais je me dis toujours que je ne peux pas encourager  la mendicité, que je ne peux pas donner à tous ceux qui quêtent  sur la rue ....  Que, d’ailleurs, ça ne sert à rien, puisque, avec l’argent ramassé, ils iront  probablement s’acheter de la bière et que ça ne résoudra pas leurs problèmes…. Donc, généralement, je ne donne rien…  je file, en faisant semblant de ne pas les voir. Mais chaque fois ce semblant d’indifférence et d’insensibilité me donne du remord.
Le mois dernier,  autre rendez-vous chez  le dentiste. Même trajet, même scenario. Je me suis dit : je n'ai pas le droit d’être indifférent. Cette fois-ci je vais m’arrêter et je vais jaser quelques minutes avec celui à la barbe frisée qui quête devant la libraire Chapters. Et c’est ainsi, qu’avec un sourire et une certaine gêne, je l’ai abordé, en lui disant que je n’avais pas d’argent à lui donner, mais que j’aurais  aimé connaître quelque chose de sa vie. Après un moment de surprise et d’étonnement de sa part, en un français parfait qui laissait  deviner un homme instruit et cultivé, en cinq  minutes et demi, il m’a fait le résumé de sa vie. Et pendant ces cinq minutes je l’ai écouté. Je l’ai écouté avec toute mon attention, toute  ma concentration, mais surtout avec tout mon cœur et ma sympathie. Il m’a touché l’âme, il m’a enrichi de lui. Quand nous nous sommes laissés, il avait les yeux pétillants, un grand sourire sur  le visage et tous les deux nous avions les larmes aux yeux. Avant de partir, en me serrant fort  la main, il m’a dit «Monsieur, vous m’avez fait un très beau cadeau!». Je ne lui avais rien donné! C’est lui qui m’avait tout donné!


BM