dimanche 9 décembre 2012

Quête pour la Saint-Vincent de Paul 2012


Bonjour,

Comme chaque année je m'adresse à vous en tant que responsable de la Saint-Vincent de Paul de notre paroisse pour vous parler un peu de nos activités, réfléchir ensemble sur notre engagement envers nos prochains et pour solliciter votre aide.
Avant toute chose j'aimerais vous remercier pour votre soutien tout au long de l'année, que ce soit vos dons en argent, en nourriture ou en vêtements. Tout ce que nous recevons est directement retransmis aux personnes de notre quartier qui sont dans le besoin. Les vêtements que vous mettez à l'entrée de l'église et que nous distribuons les jeudi matin lorsque les personnes viennent pour le dépannage alimentaire,  partent comme des petits pains et je peux vous assurer que vos anciens vêtements font des heureux, plus d'une fois les personnes viennent me montrer, toutes fières, comme les vêtements trouvés ici leur vont bien. Et je dois dire que cela me fait particulièrement plaisir de voir que des vêtements qui auraient pu atterrir dans un centre de recyclage ou dans nos déchets trouvent ici une seconde vie.

Le nombre de personnes qui viennent nous demander de l'aide continue d'augmenter. Il y a deux ans nous avons aidé en moyenne 56 personnes ou familles par mois, en 2011 nous avons reçu 78 personnes ou familles par mois, cette année nous en avons vu une centaine chaque mois. Par moments nous sommes un peu débordés par le nombre croissant de personnes. Notre équipe est formée de trois personnes seulement (Dominique Barceloux, Danièle Mangerel et moi-même), ce n'est donc pas toujours facile de faire face au nombre de personnes qui nous demandent de l'aide. En septembre j'ai demandé de l'aide supplémentaire au Conseil Central de la SSVP, depuis j'ai un bénévole de plus (Stéphane St-Hilaire) qui nous aide un peu. En tout cas, si jamais il y a parmi vous des personnes disponibles le jeudi matin pour nous donner un coup de main, chacun sera accueilli les bras ouverts...

Les besoins dans notre quartier sont grands, ce qui me frappe quand je reçois toutes ces personnes démunies, en nombre toujours croissant, tout le temps des nouveaux, c'est que nous n'habitons pas dans un quartier spécialement défavorisé, nous habitions un beau quartier, calme, avec de jolies maisons, et pourtant il y a tous ces pauvres, parfois je me dis mais qu'est-ce que cela doit être dans des quartiers vraiment défavorisés, comme Villeray, Parc-extension, Montréal Nord, Hochelaga....
Il y a beaucoup à faire en matière de lutte contre la pauvreté, et j'aimerais que nous réfléchissions ensemble ce matin à différentes manières d'aborder la lutte contre la pauvreté et de voir ce qui nous distingue nous chrétiens dans ce domaine.
Dans un discours prononcé en 2005, Nelson Mandela a dit "Vaincre la pauvreté n'est pas un acte de charité. C'est un acte de justice. C'est la protection d'un droit fondamental, le droit à la dignité et à une vie décente. Tant que la pauvreté persiste, il n'y pas de réelle liberté ".

Il est vrai que la lutte contre la pauvreté est avant tout un acte de justice. Si on part du principe que le droit à la dignité et à une vie décente est un droit fondamental dont chaque être humain devrait pouvoir bénéficier de manière égale, les inégalités sociales, la mauvaise répartition des richesses avec un écart toujours croissant entre les riches et les pauvres, nous apparaissent comme une grande injustice contre laquelle il faut lutter, contre laquelle il faut se révolter.

La lutte contre la pauvreté est aussi un acte de solidarité, c'est-à-dire un acte mû par un sentiment de réciprocité, de mutualité, de responsabilité par rapport aux personnes vulnérables. L'égalité économique n'étant pas possible par la seule volonté politique, il faut que chaque individu se sente responsable par rapport aux pauvres et qu'il participe de lui-même à une plus juste répartition des richesses. Le gouvernement en fait une partie (bien-être social, allocations familiales, allocations logement), mais ce n'est pas suffisant, cela ne règle pas tout le problème, il faut aussi que chaque personne y participe, se sente responsable et solidaire avec les plus pauvres que lui.
Donc, la lutte contre la pauvreté est en premier lieu un acte de justice et de solidarité, ainsi que de protection d'un droit fondamental, et par conséquent elle devrait être un devoir de tous. Mais, en plus, pour nous chrétiens, venir en aide aux personnes vulnérables est aussi un acte de charité (contrairement à ce que dit Mandela). Pour nous  ce n'est pas seulement un acte d'équité sociale, c'est plus que cela, c'est quelque chose de plus profond et c'est là que se trouve toute notre richesse.

En effet, pour nous, l'aide aux pauvres est profondément ancrée dans notre foi, car l’amour du prochain  est le point central  de l'enseignement de Jésus et c'est ce qui nous caractérise. Pour nous l'aide aux démunis devient un acte de foi et un acte d'amour, car Jésus nous a enseigné que de manière ultime aimer Dieu correspond à aimer son prochain, l'un ne va pas sans l'autre, et que ce prochain englobe toutes les personnes, avec une préférence pour les faibles, les humbles, les pauvres, les malades, les pêcheurs. D'ailleurs, Jésus lui-même s'identifie aux pauvres, aux nécessiteux et non aux puissants de cette terre (''à chaque fois que vous le faites à l'un de ces petits, c'est à moi que vous le faites'', Matthieu, 25).

Pour nous, les gestes de charité, les gestes de bonté sont l’expression de l'amour de Dieu qui transparaît au travers de nous. A chaque fois que nous apportons de l'aide, du réconfort, du soutien, de l'espoir, du soulagement à une personne qui en a besoin, nous manifestons cet Amour, cet Esprit de Dieu que nous anime et qui nous habite. Et nous le faisons à l'exemple et à la manière de Jésus, car c'est lui, mieux que personne, qui nous a appris à répandre l'Amour de Dieu. Il est notre exemple à suivre, il est celui qui nous inspire et maintenant qu'il n'est plus là, c'est à nous de prendre le relais. C'est dans nos actes d’amour qu'on trouve le véritable esprit de Jésus qui par nous continue de soulager la détresse du monde.
C'est cette manière de voir et de comprendre les choses qui nous distingue, en tant que chrétiens et qui a donné lieu à une longue tradition de charité dans notre religion. Cela ne signifie pas que seuls les chrétiens sont capables de charité, n'importe qui, croyant ou non, est capable de poser les mêmes gestes d'amour et de bienveillance, mais c'est notre manière d'interpréter les choses avec le regard de notre foi et notre référence explicite à Jésus qui nous sert d’inspiration, de guide et de modèle, qui nous différencie des autres. 

Pour nous vincentiens (membres de la SSVP), c'est également ce qui nous distingue par rapport à d'autres organismes qui aident les pauvres. Nous apportons une aide concrète aux pauvres, sous forme d'aide alimentaire et de vêtements, mais nous le faisons inspirés de l’esprit et poussés par l’esprit de Jésus. Notre but est de nous mettre au service des pauvres quels qu'ils soient avec respect, justice et joie, en espérant leur apporter un peu d'espoir et d'amour.

La personne qui est en face de moi et qui vient me demander de l'aide, qu'elle soit alcoolique, droguée, schizophrène, délinquante, peu importe ce qu'elle a fait, est avant tout une personne dans le besoin qui vient en appeler à mon empathie.

Et moi, à mon tour je m'adresse à vous aujourd'hui pour solliciter aussi votre empathie à vous pour les personnes démunies de notre quartier, car moi je ne suis qu'un intermédiaire entre les dons reçus et les personnes dans le besoin. C'est un travail que nous faisons ensemble et ensemble nous pouvons faire une différence pour alléger un peu le quotidien de ces personnes.

 Je vous remercie du fond du cœur pour la confiance que vous nous témoignez et pour vos dons que nous récolterons lors de la deuxième quête.

Susanne Emery

Quête pour la Saint-Vincent de Paul 2011


Quête du 4 décembre 2011

Bonjour à tous,

Je m'adresse à vous aujourd'hui, car nous allons faire une 2ème quête pour la SSVP, donc pour l'aide aux personnes démunies de notre paroisse.

Je vais vous parler d'abord un peu des activités que nous avons faites durant l'année 2011.
Cette année a été marquée par une nette augmentation du nombre de personnes qui viennent nous demander de l'aide: si en 2010 nous avons aidé en moyenne 56 personnes ou familles par mois, cette année nous avons répondu à 78 demandes chaque mois. Cette augmentation a été remarquée dans d'autres conférences de la SSVP également, ainsi que dans les banques alimentaires.  Cette  augmentation est due d'une part à l'augmentation du nombre de personnes qui vivent de l'aide sociale, mais également à l'augmentation du prix des denrées alimentaires dans les commerces (les personnes qui étaient déjà dans une situation précaire, se retrouvent dans une situation encore plus difficile).

Les personnes ou familles dans le besoin peuvent venir nous voir une fois par mois, je les vois le jeudi matin, nous les recevons, nous les écoutons, nous leur donnons des bons pour acheter de la nourriture, de la nourriture quand nous en avons et nous distribuons les vêtements que nous recevons (maintenant à chaque fois que les personnes viennent pour l'aide alimentaire, les jeudi matin).

Nous avons 80 personnes qui se sont inscrites chez nous pour les paniers de Noël. Certaines de ces demandes sont prises en charge par le CC de la SSVP, ces gens là recevrons un panier de Noël de donateurs comme les pompiers. Nous nous allons faire et donner environ 60 paniers de Noël le 17 décembre.
Les personnes que nous aidons sont majoritairement des personnes seules et des familles monoparentales, la grande majorité reçoit l'aide sociale du gouvernement du QC, quelques personnes ont un faible revenu.
J'aimerais aborder aujourd'hui un sujet qui me tient à cœur, à savoir les préjugés qui ont cours sur les gens sur l'aide sociale, car je me rends compte que ces idées sont assez répandues. Je sais que certaines personnes pensent que ces gens n'ont qu'à travailler, gagner leur vie comme tout le monde, surtout lorsqu'il s'agit de personnes jeunes, qui n'ont pas d'handicap physique, ils pensent que ce sont des paresseux qui profitent du système.
D'autres  pensent que puisque ces personnes reçoivent l'aide du gouvernement elles n'ont pas besoin d'aide supplémentaire, elles sont déjà aidées, assistées, alors ça suffit, pourquoi leur donner plus.

Ce matin je vais me faire un peu le porte-parole de ces personnes. Comme j'ai la chance de les connaître un peu , je vais essayer d'être leur voix, car ces gens là sont justement les sans voix, les laissés pour compte de notre société, les marginaux, les exclus. On aime pas trop en parler et les mettre en avant, ils représentent un peu les ratés de notre système (capitaliste), on en a un peu honte.... alors qu'elles méritent qu'on parle d'elles, qu'on les défende, qu'on réfléchisse à leur sort, surtout dans un endroit comme ici, au sein de notre communauté chrétienne.

Je vais essayer de répondre aux préjugés, premièrement, en disant qu'à mon avis personne ne se retrouve sur l'aide sociale par choix, si elles se retrouvent dans cette situation c'est justement parce que ces personnes n'ont pas le choix... Se retrouver sur l'aide sociale est tout sauf une situation enviable, c'est humiliant, c'est dégradant, il s'agit donc véritablement d'une aide de dernier recours.
C'est facile de dire ''ils n'ont qu'à aller travailler'' Mais que peut faire une jeune femme qui se retrouve seule avec ses enfants et qui n'a pas de formation ? Que faire si on souffre de troubles psychiatriques ou psychologiques, si on est déprimé, si on souffre de problèmes d'addictions et que pour ces raisons ou pour d'autres on devient trop fragile, on devient incapable de s'insérer dans le monde du travail qui a ses règles et ses contraintes, qui est dur parfois ? Que faire pour les immigrants qui ne peuvent travailler parce que leurs diplômes ne sont pas reconnus ou qu'ils ne maîtrisent pas la langue ?

Je le vois dans les personnes qui viennent me voir, beaucoup vivent des situation vraiment difficiles, ils sont déprimés, ils ne savent pas comment joindre les deux bouts, souvent s'ajoute la maladie, l'isolement  et toutes sortes de problèmes. Ils n'ont pas choisi de se retrouve dans cette situation. Ces personnes ont toutes une destinée difficile, voire tragique, la vie ne leur a pas fait de cadeaux et je pense que cette destinée difficile, leur souffrance demande notre respect, notre compassion et notre compréhension, plutôt que nos jugements hâtifs...  Il s'agit d'essayer de comprendre les raisons profondes, pourquoi ils sont dans cette situation, car il y a toujours une raison qui permet d'expliquer pourquoi une telle personne se retrouve en marge de la société.
Ensuite, il est faux de penser que le chèque d'aide sociale mensuel soit suffisant pour couvrir les frais essentiels. En effet,  une fois les factures et le loyer payé, il ne reste rien ou presque rien pour se nourrir et souvent cela ne suffit même pas pour payer les factures, ces personnes ont donc des dettes envers hydro ou leur compagnie de téléphone. Ce que j'entends souvent c'est ''oui mais certains ont des cellulaires''... oui c'est vrai certains d'entre eux ont des cellulaires, certains fument aussi, mais d'autres n'ont même pas de téléphone, et dites-vous bien que certaines personnes préfèrent avoir un cellulaire ou fumer que de se nourrir correctement.

Il y a eu une excellente série télévisée sur Radio Canada intitulée '' les naufragés de la ville'', peut-être que certains d'entre vous l'ont vue. Il s'agit d'une série de 10 reportages qui essaie de mieux comprendre qui sont les pauvres de nos villes et quel est leur quotidien. Pour cela, plusieurs volontaires ont été sélectionnés, des gens comme vous et moi qui ont un emploi, une vie ''normale'', durant deux mois ils ont dû tout laisser derrière eux (appartement, amis, cartes bancaires), on leur a donné un chèque du bien-être social (soit 599.- pour une personne seule apte au travail) et ils devaient se débrouiller avec ça. Dans la série ils racontent ce qu'ils ont vécu. Ce qu'ils disent c'est que le premier défi, et c'est un gros défi, était de trouver un appartement à prix payable avec si peu d'argent qui ne soit pas insalubre. Ensuite, il s'agissait de survivre avec ce qui reste.
Ce qui ressort de ce reportage c'est que l'aide sociale est un filet bien mince pour assurer les besoins de base, qu'à ce niveau chaque dollar compte, que d'abord il faut payer les factures avant de pouvoir penser à manger et que donc les banques alimentaires offrent une aide importante. Il montre aussi tout le stress, la détresse, voir la panique engendrée par une situation de précarité, l'isolement et la difficulté de l'accès à certains soins (traitements psychologiques, soins dentaires, lunettes).
Le reportage s'intitule ''naufragés de la ville'', car les personnes pauvres se décrivent comme des rescapés sur une île mais dans la ville dans le sens que tout est sous leurs yeux, tous les produits de notre société de surconsommation, les étalages pleins de nos magasins, les gadgets de plus en plus perfectionnés qu'il faut avoir pour être branché, le foisonnement de publicité qui nous pousse à toujours avoir encore plus, encore mieux, encore plus moderne, plus beau... ils sont entourés de tout ça, mais ils ne peuvent pas y avoir accès, ils en sont totalement exclus et ils sont très isolés.

Nous aussi nous devrions nous mettre un peu à la place de ces personnes, nous imaginer durant quelques minutes que c'est nous qui nous retrouvions dans cette situation. La série ''les naufragés de la ville'' est accessible sur le site de Radio Canada, je ne saurais que trop vous recommander d'en regarder quelques épisodes pour vous imprégner un peu de ce que vivent ces gens.

Certains diront, oui tout cela est bien joli mais il y a quand même des profiteurs parmi ces gens. Oui peut-être qu'il y a en a quelques uns, mais premièrement ce n'est pas si simple de profiter du système, pour être sur le bien-être social il y a de nombreux contrôles du fisc, et ensuite on ne peut pas ne pas aider ceux qui en ont vraiment besoin sous prétexte que certains sont peut-être des profiteurs.
Nous les personnes qui viennent nous voir doivent toutes nous présenter une preuve de résidence (je dois être certaine qu'elles habitent bien sur le territoire de notre paroisse) et les papiers du bien-être ou une preuve de revenu. Une fois que j'ai ces preuves mon rôle à moi c'est de les accueillir avec charité, donc avec une certaine ouverture du cœur, avec compassion et sans jugements.

 Je pense que c'est du devoir de chaque citoyen de partager un peu avec les pauvres. Une société dans laquelle la majorité vit avec du surplus doit pouvoir être capable de venir en aide à ceux qui n'ont rien. La société cela signifie le gouvernement mais aussi chaque citoyen et d'autant plus les citoyens chrétiens, car pour le chrétien cela rejoint les valeurs fondamentales qui lui ont été enseignées par Jésus.

Pour terminer je vais vous lire un petit texte de Mère Teresa :
''Chacun d'entre nous désire vivre avec Dieu dans la béatitude éternelle, mais nous avons l'occasion, ici et maintenant, de vivre heureux avec lui, nous devons aimer comme il aime, donner comme il donne, aider comme il aide, le rencontrer dans les plus pauvres parmi les pauvres, être au milieu d'eux un signe de sa présence, de son amour et de sa compassion''.

Je vais vous laisser sur ce beau texte, mais avant je tiens à vous remercier du fond du cœur pour votre générosité, c'est grâce à vos dons que nous pouvons remplir notre tâche auprès des démunis, c'est donc ensemble que nous leur apportons un peu de soulagement. Merci !

Susanne Emery