lundi 26 décembre 2016

Noël 2016

    
LAISSER NAÎTRE EN NOUS L'ENFANT DE DIEU QUE NOUS SOMMES

 La liturgie de Noël nous présente cet enfant comme l’événement le plus formidable et le cadeau le plus précieux que l’humanité et donc chacun ne nous ait jamais reçu. Oui, il y a un enfant qui se cache en chacun de nous ! Et cet enfant porte en lui l’image et la ressemblance de Dieu, comme celui de la crèche de Bethléem. Cet enfant représente la partie la plus intime, la plus pure et la plus innocente, la plus vrai de notre être, ce centre profond qui renferme notre absolue unicité en tant que personnes et à travers lequel transparaît la présence de la divinité qui nous habite. Cet enfant qui est en nous, est l’enfant que nous sommes tous, en définitive, lorsque nous faisons tomber les masques et les ridicules déguisements sous lesquels nous l’avons enseveli dans notre angoissante anxiété de paraître des personnes adultes et accomplies.

Pour devenir des grandes personnes nous étouffons presque toujours l’enfant que nous sommes. Car, pour devenir des grandes personnes qui sont respectée, craintes, qui ont du succès, du pouvoir, de l’importance, pour faire partie des grands de ce monde, il faut tuer l’enfant sensible, délicat, confiant, innocent, aimable que nous sommes. Car pour réaliser nos grands projets d’adultes nantis, installés et puissants, l’enfant innocent ne sert à rien ; et nous devons avoir recours aux stratégies plus adultes de la force, du pouvoir, de la domination, de violence, de l’oppression et de la peur …

            Pour devenir des surhumains, nous devenons des inhumains…. Pour devenir des êtres riches et puissants, nous devenons des êtres misérables. Pour devenir de grandes personnes, nous sacrifions le petit enfant ; et comme le roi Hérode, pour garder notre royaume, nous cherchons à tuer l’enfant. Pour faire entendre autour de nous la voix de la force et du pouvoir, nous étouffons les cris de l’enfant qui pleure dans le berceau le plus secret de notre cœur.

            La sagesse chrétienne qui nous avons reçue de la Parole de Jésus nous dit: «Attention! Ouvrez les yeux ! Veillez, veillez à ne pas tout gâcher dans votre vie ! Pour être vraiment grands, il faut redevenir petit. Pour trouver la taille authentique de votre humanité, vous devez devenir comme des enfants ! Car ce sont ceux qui sont comme eux qui sauveront la terre et qui hériterons du Royaume de Dieu. Libérez l’enfant qui est en vous. Faites-le sortir de la prison où vos égoïsmes, vos passions et vos convoitises l’ont renfermé et vous verrez les miracles qu’il est capable d’accomplir dans votre existence ! …

            Si vous vous faites conduire par lui, vous deviendrez des personnes extraordinaires : vous serez plus simples, plus spontanés, plus vrais, plus transparents, plus purs. Vous deviendrez des personnes plus sensibles plus bienveillantes, plus compatissantes, plus vulnérables et donc aimables et attachantes. Comme des enfants, vous aurez envie de tendre vos mains pour sentir et toucher le monde qui vous entoure. Vous retrouverez le temps de regarder, la joie de communiquer, le goût de rire ou de sourire, de vous amuser. Vous serez capables de vous étonner. Vous parlerez aux fleurs, aux oiseaux, aux gens que vous rencontrerez sur votre route, au Dieu qui habite votre cœur .....Et vous trouverez cela tout à fait normal. Vous commencerez à poser des questions, à interroger… les autres… vous-mêmes, le ciel… car vous découvrirez que vous vivez dans un monde plein de mystères; que vous ne connaissez pas tout ; que vous n’avez pas toujours raison et que vous avez besoin des autres …Vous deviendrez alors plus humbles, plus respectueux, plus confiants, plus reconnaissants … comme des enfants qui savent que leur vie ne dépend que de l’amour qu’ils reçoivent et de celui qu’ils sont capable de donner!

            Et c’est ainsi que vous croîtrez en humanité et que vous vous atteindrez la grandeur véritable que Dieu a réservée à ses enfants. Si vous êtes capables de faire venir à la lumière (naître) l’enfant qui est en vous, vous réaliserez la venue de votre être véritable, vous découvriez votre authentique visage, celui que vous avez reçu de Dieu et qui est souvent horriblement défiguré par le mal et votre méchanceté.

            Serons-nous capables d’accueillir cet enfant divin et de réaliser sa « venue » dans notre vie ? C’est le défi qui nous est lancé dans cette fête de Noël. Et c’est au cours de nos eucharisties que nous demandons au Seigneur la grâce et la force dont nous avons besoin pour devenir ses véritables enfants.

Quelques questions suscitées par ce texte :

-          À la banque de ma vie, quel est le solde de mon humanité ?
-          Suis-je en actif ou en passif ?
-          Suis-je plus riche ou plus pauvre ?
-          Mon capital en humanité a-t-il augmenté ou a-t-il diminué ?
-           Ai-je acquis des nouveaux actifs, ou ai-je dilapidé même ceux que j’avais ?
-      Ai-je fait fructifier mon talent à la bourse de mes engagements, ou je l’ai caché sous le matelas de ma paresse ?
-       Puis-je regarde le futur avec sérénité, confiance, espérance ; ou vois-je ma vie tourner en rond, emprisonnée dans le cercle vicieux de mes mauvaises habitudes et de mes égarements ?
-          Serais-je un jour capable de faire tomber les chaînes de mes convoitises qui m’emprisonnent dans des besoins artificiels et futiles, larguer les amarres et prendre le vent du large afin de naviguer vers de nouvelles rives, de nouveaux pays où je pourrais enfin retrouver et vivre selon ma véritable identité ?


BM



PER MEDITARE IL NATALE



            «Vi annuncio una grande gioia, che sarà di tutto il po­polo: oggi, nella città di Davide, è nato per voi un Salvato­re, che è Cristo Signore. Questo per voi il segno: troverete un bambino avvolto in fasce, adagiato in una mangiatoia» (Lc 2,10-12). È l'annuncio degli angeli ai pastori, la buo­na novella del Natale che ogni anno si rinnova per noi. Ma cosa significa riconoscere che Gesù è nato? Ed è nato per noi?

            Ogni nascita evoca anzitutto l'emozione di poter usci­re; pensiamo: il fiore esce dallo stelo, il passero dall'uo­vo, un bimbo dal seno materno. Anche Gesù “esce”. Esce dal grembo di Maria, come è uscito dal seno del Padre. Questo suo duplice uscire ha due ragioni profonde: Gesù esce dal Padre per rivelarlo a noi ; esce, poi, dal grembo di Maria per essere uno di noi, solidale con noi. Celebrare il Natale di Cristo significa allora aprirci a questa duplice e verità: aprirci  a Dio e aprirci all’uomo, cioè al nostro prossimo; diiventare delle persone capaci di far nascere relazoni.

            Ogni nascita richiama la nudità. Ogni bimbo  che  nasce  entra in questo mondo nudo. Gesù è nato nudo. La nudità ci rimanda alla fragilità, al bisogno, alla po­vertà. Con la nudità ognuno di noi è esposto all'acco­glienza o al rifiuto. E Gesù, fin da piccolo, sarà accolto e rifiutato. A ben guardare, egli non solo è nato nudo ma, po­tremmo dire, è rimasto nudo davanti al mondo tutta la sua vita. Egli, infatti, non ha mai voluto vestirsi dei nostri orpelli,dei nostri valori fasulli, di  tutte quelle cose che noi consideramo necessarie alla nostra felicità o indispensabili per sentirci delle persone arrivate, riuscite, importanti: possedimenti, soldi e tanti, potere, influenza,  onori, prestigio umano e tanti e tanti  bisogni  che ci schiavizzano e tanti e tanti  oggetti e cianfrusaglie  inutiti o superflui che ci trasciniamo dietro con tanto sforzo, perchè non fanno altro che  appesantire la nostra  esistenza  e impedirci di essere liberi e più  leggeri  per poter volare più  in alto, invece di strisciare incollati al suolo.

            Gesù è sempre  stato  privo dei nostri inutili rivestimenti umani: privo di tutte quelle vanità, di tut­ti quei segni esteriori che ai nostri occhi appaiono importanti per distinguerci dal nostro prossimo. Chi più libero di Gesù? Il Natale deve riportarci non solo ad uno stile di vita più semplice e piu sobrio, ma anche a recuperare i valori umani  che abitano in noi. Vale sempre il richiamo di Leone Magno: «Riconosci, cristia­no, la tua dignità». La sola dignità del cristiano è quella di essere figlio di Dio e fratello di ogni uomo.

            Se ogni nascita evoca esodo e nudità, evoca anche solitudine. Il bambino che nasce, per la sua singolarità, è sempre un figlio unico. Diventerà poi adulto nella misura in cui as­sumerà questa sua originalità. Il valore di un'esistenza non dipende allora dal riconoscimento o meno degli altri: è dentro di sé che l'uomo scopre il valore della sua persona e la ra­gione del suo essere ed operare. Ma questa scoperta im­plica il rifiuto di ogni omologazione; il rifiuto di tutte quelle mode o tendenze culturali che annullano il valore e la dignità della persona umana. Questa scoperta ci spinge ad essere degli esemplari unici e non delle copie; a scegliere il nostro cammino, il nostro destino, a non essere succubi del sistema, a non lasciarsi trasportare dalla corrente, dalle mode, dal così fan tutti, dall’invadenza di una publicità quasi sempre stupida ed insensata, che cerca di programmarci, di robotizzarci per obbligarci a cedere agli impulsi più insulsi della nostra avidità e della nostra cupidigia.

      Certo, questa libertà  ìnteriore, non è facile d’acquisire ed ha talora un prezzo alto, esigente. Pensiamo a Gesù, alla sua obbedienza al disegno di Dio. Per la sua fedeltà, egli è stato dapprima incompreso dai suoi familiari, poi rifiutato dalle folle, osteggiato dal potere ci­vile e religioso, e, in fine, abbandonato dai discepoli. Ep­pure, questa sua coerenza con se stesso, con le sue convinzioni; questa sua fedeltà a quei valori e principi che egli  considerava provenienti da una volontà divina, sono state la dimostrazione più eloquente del suo impegno umano a favore degli uomini. Gesù non ha avuto paura di deludere, non è sceso a com­promessi, non ha ammorbidito la buona novella del Re­gno. Non importa se per questo era considerato un paz­zo, un fallito e un illuso. Fedele al Padre e agli uomini ha dimostrato così di essere fedele a se stesso.

            Tutto a il mistero de Natale è rinchiuso in questa frase del  prologo del  vangelo di Giovanni  che dice: « Ed Il Verbo si fece carne e venne ad abitare in mezzo a noi » (Gv 1,14), che tradotto in linguaggio moderno dice  “E la Parola d’amore  di Dio (il Verbo) si è  inserita nella fragilià del cuore umano, ed ora l’amore di Dio è presente in  noi ed in mezzo a noi”
Il bimbo di Bethemme è allora  il simbolo e l’ncarnazione  di ciò  che è  o che  dovrebbe essere ogni uomo: presenza e luogo privilegiato dell’amore in vista della trasfiguraione e trasformazone  del mondo.
           
            In fondo, celebrare il Natale vuol dire decidersi per una scelta fondamentale, irrevocabile, che ha ripercussioni su tutte le altre scelte: quella della nostra umanizzazione, quella della nostra realizzazione umana  e  di ogni uomo. Quando si chiede a un bambino: «Che cosa farai da grande?», la risposta più comune è: «Calciatore, avvocato, medico, ingegnere...». Difficilmente il bambino risponde: «Voglio diventare un uomo!». Il Natale ci dice la grandezza dell’uomo. Il Natale ci racconta il mistero di Dio che si vestedi umanità, facendosi l'ultimo di tutti gli uomini, il più povero, il più emarginato, il più indifeso. Gesù si presenta con le braccia allargate nella mangiatoia di Betlemme e sulla croce per indicare l’abbraccio, l’accoglienza  che dovrebbero  essere le attitudini tipiche d’ogni persona, creata solo per  produrre e spandere nell’universo  amore,  armonia e unità.
           
            L’uomo d’oggi ha dunque più che mai bisogno d’andare a Betlemme per ritrovare sé stesso, perché mai come ora è messa in discussione la verità circa la persona umana. Gesù è la luce che rivela il senso del rapporto con Dio, con gli altri, con sé stessi e con il creato. L’essenziale non è cosa ci ha portato qui stanotte, ma cosa siamo disposti a recepire dal mistero del Natale. Qui si celebra  Dio diventato persona umana perché noi, finalmente, impariamo a riconoscere la nostra origine, la  nostra funzione nel mondo  e la nostra mèta. Deve essere splendida la vita e grande la nostra dignità se Dio entra nella fragilità della nostra condizione umana e vuole aver bisogno di noi per portatre a termine la sua creazione !  Ecco perché  il Natale  è  festa per  tutti, è la festa di tutti, anche di chi frequenta la Chiesa solo in questa occasione. Il mistero del Natale  ci confronta necessariamente alla verità del nostro essere : ci ricorda  da dove veniamo, di che cosa  siamo fatti, qual’è la ragione della nostra presenza e della nostra esistenza in questo mondo: siamo energie intelligenti d’armonia, d’attrazzione  e d’amore  che guidano l’universo verso la  sua perfezione ed il suo compimento .

BM

vendredi 23 décembre 2016

L’UTOPIE DE JÉSUS OU LE RÊVE DES CHRÉTIENS


 (Mt. 11,2-11 - 3e dimanche de l’Avent A)

Les livres prophétiques de la Bible annoncent presque à l’unanimité qu’un jour Dieu interviendra dans notre monde, qu’il se manifestera en force et qu’il changera le cours de l’histoire, ainsi que le cœur et la vie des hommes, en instaurant sur terre un royaume de justice, de liberté d’amour et de paix. Cette annonce a pris le nom d’Utopie biblique.

Une Utopie, (comme l'étymologie du mot l’indique) est quelque chose (un événement, une situation, un état), qui n’a pas de «topos», c’est-à-dire qui n’a pas de place, qui n’existe nulle part, mais dont on souhaiterait ardemment la réalisation ou l’implantation sur notre terre. Elle fait partie des rêves. Or les rêves, avec un peu de chance, peuvent devenir réalité si on lutte assez fort pour qu’ils adviennent. Contrairement aux autres grandes religions, le rêve et la pensée utopique sont une composante essentielle de la religion judéo-chrétienne.

Il y a différentes spiritualités et différent courants de pensée dans les religions. Il y a des religions, comme le bouddhisme, le shintoïsme, le taôisme, qui expérimentent le sacré dans la prise de conscience de soi-même, dans la sagesse, les vertus morales, l’intériorité, la méditation et la pensé silencieuse, l’expérience d’une libération des passions et des convoitises de la vie, dans l’apaisement et l’illumination intérieure ; dans la découverte de la non-dualité ; dans la dissolution du «Moi» dans le »Tout».
D’autres religions, comme l’Hindouisme et les religions primitives, expérimentent le sacré dans la nature, le cosmos, dans l’unité, la syntonie, la connectivité et l’interdépendance de tout ce qui existe et qui devient expression de virtualités sacrées, d’énergies divines, de forces mystérieuses qui produisent beauté et émerveillement.
La religion de la Bible (judéo-chrétienne), pour sa part, a expérimenté le sacré dans l’histoire des hommes, en s’imaginant la possibilité d’une relation personnelle avec la divinité et d’une irruption du divin dans notre monde, afin de créer une société humaine fondée sur la justice, la paix et l’amour. Dans cette vision, les principaux bénéficiaires du monde restauré dans la justice, la paix et l’amour sont évidemment ceux qui sont mal-aimés, ceux qui subissent violence et injustice : donc les pauvres, les exploités, les opprimés, les persécutés, les exclus et les souffrants de toutes sortes … Ce qui est bien exprimé dans le psaume 145 de ce dimanche:
Le Seigneur fait justice aux opprimés;
Il donne du pain aux affamés;
Le Seigneur délivre les captifs ;
Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles ;
Le Seigneur redresse ceux qui sont courbés ;
Le Seigneur aime les justes.
Le Seigneur protège l’étranger,
Il soutient la veuve et l’orphelin ,
Il renverse la voie des méchants. 
D’âge en âge, le Seigneur régnera.

Cette utopie de la Bible juive, reprise ensuite par les évangiles, a pris le nom de «règne de Dieu », car lorsque Dieu règne, le monde se transforme. Jésus de Nazareth a fait de ce rêve biblique le combat de sa vie et il est mort pour essayer de le réaliser. Ce rêve il l’a transmis à ses disciples comme une mission à accomplir, comme la preuve de leur appartenance et le signe de sa présence : «Faites cela en mémoire de moi ». Et depuis ce temps, l’instauration du règne de Dieu est devenue l’aspiration, le désir et la prière fondamentale de tous ceux et celles qui ont suivi le Prophète de Nazareth. Et c’est pour cela que les chrétiens lorsqu’ils prient avec les mots que Jésus leur a laissé, disent: «Notre Père qui es aux cieux que ton règne vienne, Marana tha.» .

L’Avent est essentiellement ce temps où nous, les chrétiens, revivons ce projet de Jésus qui maintenant est devenu le nôtre et où nous replongeons dans ce rêve du Maitre de Nazareth qui est au centre de notre foi. C’est pour cela que cette période de l’année liturgique est caractérisée par le désir, l’attente, l’espoir que ce désir d’un monde nouveau et différent s’accomplisse enfin. L’espoir produit en nous la vertu de l’espérance.

L’Avent est donc un temps où nous sommes appelés à réfléchir sur cette dimension essentielle de notre foi pour nous interroger jusqu’à quel point nous l’avons assimilée ; jusqu’à quel point elle nous passionne, nous fait vibrer ; jusqu’à quel point elle motive nos engagements et nos actions. Car, en regardant l’état actuel de notre monde et surtout de notre société occidentale, qui a pourtant baigné pendant presque deux millénaires dans une culture chrétienne, on a l’impression que le christianisme a oublié ou évacué le rêve de Jésus, que les chrétiens ont failli à leur tâche et qu’ils ont bâillonné autant l’Utopie que l’espérance.
           
L’évangile de Matthieu présente Jean le Baptiseur comme un prédicateur qui demande à ses contemporains de se convertir parce que le royaume de Dieu est proche. En ces temps anciens de mentalité préscientifique et apocalyptique l’habitude à imaginer des irruptions soudaines de divinités dans notre monde pour s’immiscer dans les affaires humaines était très rependue et servait souvent de stratagème publicitaire pour faire bouger ou attirer les foules. Aujourd’hui ce langage apocalyptique que le Baptiste utilisait n’a plus d’impact sur nous. Aujourd’hui nous comprenons que nous ne devons pas attendre que le règne de Dieu nous tombe du ciel tout prêt et tout fait, et que nous devrions l’attendre en nous frappant la poitrine. Nous comprenons que nous ne devons pas nous convertir parce que le règne de Dieu est proche, mais, au contraire, que le royaume de Dieu ne pourra se rapprocher de nous et de notre monde que si nous nous convertissons, enmodelant notre cœur, nos pensées et notre esprit sur le cœur, la pensée l’esprit et le comportement de Jésus.

Jésus disait que le royaume de Dieu est déjà en nous, comme un germe, comme une possibilité, comme une promesse. Ce qui veut dire que la constructions d’un monde meilleur, car plus juste et plus humain, dépend de ce que nous sommes, des valeurs qui nous habitent, de la qualité de notre cœur, de la sensibilité, de l’attention, du respect, de la passion, de la compassion et de l’amour avec lesquels nos entrons en relation avec Dieu, le monde, la nature et les êtres vivants qui nous entourent. C’est en nous que le Royaume de Dieu prend sa naissance. C’est de nous que dépend la réalisation sur terre des conditions qui permettent aux humains d’y vivre avec la dignité des enfants de Dieu.

À nous donc, les chrétiens, est confiée la tâche de donner consistance et réalité à l’utopie de Jésus. Jésus s’y est attelé de toutes ses forces ; il en a présenté les signes et les prémices à Jean le baptiseur qui, du fond de sa prison, s’interrogeait sur le sens de la mission de ce jeune prédicateur. Jésus lui envoie un message pour lui dire: «Rassure-toi, le royaume de Dieu que tu as annoncé est en train de se bâtir. En voici la preuve : le aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts récupèrent la vie et cette bonne nouvelle se répand déjà parmi les pauvres et les maganés de la vie…. L’espérance et l’espoir s’allument dans le cœur et l’esprit de ceux qui m’écoutent et me suivent …»

Les disciples de Jésus sont des personnes convaincues que notre le monde est habité par la présence de l’Esprit de Dieu. Alors, comme le Nazaréen et à sa suite, devenons aussi des individus qui ne se laissent pas abattre par la constatation du mal, mais qui croient à la prépondérance du bien en ce monde et en la force innovatrice de l’amour que le Grand Esprit a déposé dans les profondeurs du cœur de l’homme.     


BM



Sei tu colui che deve venire?


(Terza dom. di Avvento A)

         Anche oggi il principale attore della pagina evangelica è Giovanni Battista, ma c'è una novità. Domenica scorsa ci veniva presentato come il grande precursore, il grande annunciatore di Gesù, ora sembra perdere questa lucidità e determinazione nel compiere la propria missione e Matteo ce lo presenta  sconcertato, angustiato, smarrito, dubbioso. Giovanni Battista , nell'oscurità del carcere, è attraversato da un dubbio lacerante. Il dubbio si alimenta al pensiero che lui in carcere digiuna mentre Gesù mangia con pubblicani e peccatori; lui annuncia che il ventilabro sull'aia separa la pula dal grano, mentre Gesù annuncia a tutti il perdono e la misericordia... Tutto quanto si vede e si sente sul Messia sembra andare nella direzione opposta di quanto lui aveva profetizzato. Allora la domanda angosciante: "Sei tu colui che deve venire o dobbiamo attenderne un altro?"

         La sua domanda è la nostra domanda, è la domanda che ha attraversato i secoli e che risuona oggi più viva che mai, dinanzi al disorientamento dell'uomo moderno  e del rovesciamento di tutti i valori.
Alzi la mano chi non ha mai pensato in questo modo. Come cristiano e come prete a me è capitato spesso di chiedemi :” Non mi sarò sbagliato a seguire Gesù ? Non avrò preso un abbaglio a porre in lui la mia fede, la mia fiducia, non mi sarò sbagliato a credere che lui è il Figlio di Dio? Ma è poi vero che lui ci viene da Dio ? Che lui ci rivela il pensiero di Dio? Ma è poi vero che lui solo possiede parole di verità, che lui sia la via, la verità e la vita come è scritto nel Vangelo ? È poi vero che lui, la sua parola, il suo insegnamento ci facciano conoscere la volontà di Dio. Ma è poi vero che il suo messaggio possieda il potere di strasformare la mia vita e di far lievitare questo mondo allo scopo di renderlo più sicuro, più salvo, più giusto, più buono, più pacifico? Sei tu, Gesù la risposta a questi problemi o dobbiamo pensare ad altre soluzioni?
Quante volte il dubbio bussa alla porta della nostra fede. Guardando al Natale, alla fragilità con cui Dio si presenta: un bambino avvolto in fasce, anche noi ci chiediamo: "Sei tu l'Onnipotente che deve venire o dobbiamo aspettarne un altro? Come possiano credere che sei il Salvatore dell’umanità, se milioni di esseri umani si perdono e muoiono vittine dell’ingiusitizia, dello sfruttamento, dell’avidita e della violenza di altri uomini? Come possiamo credere che tu sei colui che è venuto a instaurare il regno di Dio nel mondo, quando in realtà ci sembra che nel  mondo  regni piuttosto il demonio e lo spirito del male ?  Come possiamo credere che tu sei venuto a portare al mondo la giustizia, l’amore, la fratellanza e la pace, allorchè intorno a noi non vediamo altro che ingiustizie, divisioni, disuguaglianze odio, aggressività, violenza e guerre?
Siamo sinceri: ci vuole una buona dose di fede e... d'incoscienza per affermare che Gesù è il Salvatore e il Redentore del mondo; che il mondo è salvato e che il regno di Dio, predicato e promesso da Gesù, si sta realizzando. Ma dov’è questo mondo salvato? Dove sono questi uomini redenti? Guardate intorno a voi: dopo due mila anni di cristianesimo, avete voi l’impressione di vivere in un mondo salvato? Dopo questa lunga infusione di cristianesimo durata più due mila anni, avete voi l’impressione che sia cambiato qualcosa e che il mondo e la società di oggi siano davvero migliori di quelli di ieri? .

         Nel Vangelo di oggi, alla domanda di Giovanni Battista, Gesù risponde: "Guardate!.. .i muti parlano, i sordi odono, gli zoppi camminano..." Guardarte intorno a voi, dice Gesù, sì, è vero… c’è ancora tanta gente che soffre, che vive in  condizioni  spaventose ; è vero che c’è ancora tanta gente che si perde nel baratro dell’odio, della vendetta, dell’intolleranza, dell’egoismo, dell’avidità, della violenza, della guerra … ma guardate bene intorno a voi  e vi accorgerete che c’è anche  moltissina  gente che ne è guarita, liberata,  trasformata in meglio, salvata … quanta gente riacquista  la vista, quanta gente al mio contatto vede la realtà con occhi nuovi ; quanta gente prostata, paralitica, al mio contatto si rimette in piedi e riprende a camminare … quanta gente grazie a me, alla mia parola, alla mia presenza, esce dalla sua solitudine, dalla sua angoscia e si rimette a vivere, a  comunicare, a creare relazioni, a parlare, a sorridere, a ridere, a vivere. Quanta gente ritrova la gioia, la serenità , la pace. Guardate  bene intorno a voi e vi accorgerete che, ancora oggi, i demoni  sono scacciati, i ciechi riacquistano la vista, i paralizzati si rimettono in movimento, i lebbrosi e gli ammalati  sono guariti ... perchè  oggi e sempre le persone che mi incontrano, che mi accolgono nella loro vita, riescono a liberarsi dai mali e dagli spiriti i cattivi nascosti nel loro cuore.
Se tutto questo avviene, se questi miracoli avvengono, se tuttora  queste  trasformazioni e queste guarigioni sono in corso nella vita di tanti cristiani … ciò significa che è davvero presente in mezzo a voi la Forza che salva , che è giunto fra di voi il regno di Dio …” !

         Certo c’é ancora tanto male, tanta cattiveria e tanta sofferenza nel mondo; ma se guardate accuratamente intorno a voi, vi accorgerete che c’è  anche tanto bene, tanta bontà, tanta generosità, tanto amore. Anzi, vi accorgerete che il peso del bene è molto più importante del peso del male. Ed è proprio la presenza di questa immensa quantità di bene ciò che salva il mondo e contina a mantenere in vita l’umanità.“

          Ecco che allora, dinanzi alla certezza che Gesù è colui che salva, anche se la sua azione si nasconde nella fragilità di una umanità peccatrice , possiamo chiamare questa domenica, non la domenica del dubbio, ma la domenica della GIOIA. Nell'oscurità  delle nostre paure e dei nostri dubbi nasce un chiarore di speranza... E noi cristiani possiamo davvero rallegraci, perché grazie a Gesù sappiamo che il bene sarà sempre più forte del male, che l’amore sarà sempre più abbondante dell’odio; che Dio sarà sempre dalla nostra parte visto che siamo suoi figli e che niente e nessuno potrà allontanarci o strapparci dal suo amore. «Se Dio è con noi,  chi sarà contro di noi? Vieni, Signore, Gesù! Marana  tha! ».


BM








mardi 6 décembre 2016

Quête pour la Saint-Vincent de Paul 2016


Je suis la responsable de la conférence Ste Catherine de Sienne, qui est un point de service de la SSVP et qui offre de l'aide aux personnes démunies ici dans le sous-sol de l'église. J'ai pris la responsabilité de cette conférence en 2010, nous aidions alors 56 personnes en moyenne par mois pour l'aide alimentaire. Aujourd'hui en 2016 nous en aidons 130 par mois, c'est à dire qu'en six ans le nombre de personnes qui vient frapper à notre porte a  plus que doublé ! Et quand je dis 130 personnes par mois, c'est une moyenne depuis un an environ, en novembre 2016 par exemple, nous avons fait 175 dépannages, ce qui est vraiment beaucoup.

Cette tendance est remarquée par tous les organismes communautaires. Moisson Montréal, qui est le principal fournisseur en nourriture des banques alimentaires à Montréal, a elle aussi quasiment doublé ses distributions de denrées en 6 ans.

Nous offrons de l'aide pour la nourriture (les personnes reçoivent un bon pour faire l'épicerie), pour les vêtements,, pour la rentrée scolaire (nous aidons pour l'achat des fournitures scolaires) et nous donnons des paniers de Noël en décembre.

Je ne vous cacherai pas que ce n'est pas facile, nous sommes tout le temps à la limite de ce que nous pouvons faire, nous ne sommes que deux-trois bénévoles, il y a toujours de nouveaux bénéficiaires qui arrivent et parfois je dois refuser du monde, ce qui est très difficile. J'en profite pour faire une petite annonce, s'il y a quelqu'un parmi vous qui aimerait s'engager auprès des personnes démunies, je suis à la recherche de quelqu'un qui pourrait m'assister lors des dépannages alimentaires les jeudi matin.

Le visage de la pauvreté change avec le temps. Avant nous aidions en grande majorité des personnes sur le bien-être social, aujourd'hui c'est plus diversifié, il y a toujours beaucoup de personnes sur l'aide sociale, mais il y a une plus grande proportion d'immigrants (qui vivent généralement avec un prêt bourse ou un faible salaire) et plus de travailleurs pauvres.

Concernant les immigrants, outre quelques réfugiés, je vois beaucoup de personnes qui bien que provenant de différents pays du monde, ont tous la même histoire: ce sont des personnes très éduquées qui avaient un travail dans leur pays, qui émigrent au Canada pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants. Ils arrivent ici en tant que résidents permanents, plein de rêves, mais se retrouvent devant différents obstacles: la langue, la reconnaissance des diplômes, la difficulté à trouver un travail. Ce qui est dur pour ces personnes c'est la chute dans le niveau social: ils étaient professeurs, universitaires, médecins, employés de l'état, ils étaient respectés, ils avaient un statut social, ils étaient entourés de leur famille, de leurs proches... Puis ils arrivent ici et se retrouvent dans la pauvreté, loin de leur famille à qui ils n'osent généralement pas avouer la situation réelle. Nous les aidons durant ces premières années difficiles, le temps de faire une formation, de refaire des études, le temps de se refaire une situation.

Concernant les travailleurs pauvres, ce sont des personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté malgré un emploi. Le nombre de travailleurs pauvres a augmenté de 30 % à Montréal entre 2001 et 2012 révèle une étude conjointe de Centraide et de l'Institut national de recherche scientifique (INRS) qui vient d'être publiée. Et les immigrants sont d'ailleurs particulièrement à risque de se retrouver dans cette catégorie.

Avec 18% des personnes vivant sous le seuil de faible revenu, la région du grand Montréal occupe le premier rang des régions métropolitaines les plus pauvres du Canada, selon Centraide.
Dans le territoire de cette paroisse (qui est le territoire que je dessers), la pauvreté est variable. Nous vivons dans un quartier plutôt aisé, mais il est parsemé de poches de pauvreté, des quartiers où la pauvreté est concentrée. Les principale régions pauvres sont le coin des rues Walkley et Fielding, le quartier de Benny Farm, quelques immeubles sur Sherbrooke et le quartier situé entre la rue Elmhurst et le Réno Dépôt, au sud des voies ferrées.

Naître et vivre dans un quartier riche ou un quartier pauvre fait toute une différence. Il y a de grandes différences en terme de salubrité des logements, en terme de qualité de vie et en terme de santé publique.

Nous respirons le même air et nous buvons la même eau, nous sommes voisins à quelques rues près, mais quelle différence....  Vivre ici ou vivre là... Avoir un appartement décent ou plein de moisissures et de vermine... Avoir un environnement sécuritaire ou des dealers qui rôdent... Avoir plus ou moins de chances de terminer son secondaire... Avoir plus ou moins de chance d'être en santé... Je l'ai déjà dit ici, il existe un lien très étroit entre revenu et état de santé. En effet, la pauvreté engendre la mauvaise santé et la mauvaise santé nourrit la pauvreté. Ainsi, les personnes les plus pauvres risquent d’être plus exposées au stress, de voir leur espérance de vie diminuer, de développer davantage ou d’exacerber des maladies chroniques et des troubles de santé mentale. Les études montrent que les personnes vivant dans les quartiers pauvres peuvent vivre jusqu'à 11 ans de moins par rapport à ceux des quartiers plus riches.
Il y a donc d'énormes différences entre riches et pauvres, entre le fait d'habiter telle rue ou telle autre, tel quartier ou tel autre, et cela même ici à l'intérieur du territoire de cette paroisse.
Le but des organismes communautaires en général et de notre point de service de la SSVP ici dans notre paroisse en particulier, c'est de tenter d'égaliser, d'aplanir un peu ces différences, de créer des ponts entre riches et pauvres, de créer des liens entre des personnes plus ou moins choyées par la vie, d'améliorer l'entraide et la fraternité entre voisins. Je pense que fondamentalement les initiatives comme les nôtres permettent de donner un visage plus humain à notre voisinage et à notre paroisse. Car que serait un quartier où chacun vit pour soi, sans se préoccuper de ses voisins qui vivent dans la pauvreté ?

Les personnes qui vivent une situation difficile savent qu'elles peuvent obtenir un peu d'aide et d'écoute dans cette église, ce qui fait de notre église un lieu d'accueil important, un vrai lieu chrétien.
Je m'adresse à vous aujourd'hui pour que vous participiez vous aussi à cette entraide fraternelle, afin que le quartier de notre paroisse soit un endroit chaleureux et accueillant pour tous malgré les différences existantes.

Au nom de toutes les personnes à qui nous venons en aide, nous vous remercions du fond du cœur. Nous vous remercions également pour les dons que vous avez fait durant l'année et je vous encourage à continuer à nous apporter vos vêtements en bon état ou de la nourriture non-périssable (que vous pouvez déposer en tout temps dans la boîte prévue è cet effet dans l'entrée principale de l'église).

Aujourd'hui nous récolterons vos dons lors de la deuxième quête. Vous pouvez utiliser les enveloppes qui se trouvent dans les bancs et n'oubliez pas de nous laisser vos noms et adresses pour les dons supérieurs à 20 dollars, afin que nous puissions vous faire parvenir vos reçus d'impôts.

Dernière chose, nous allons faire les paniers de Noël  le vendredi 16 décembre dès 9h00 au sous-sol de l'église, SVP venez nous aider si vous avez un peu de temps, nous avons besoin de vous !

Susanne Emery

jeudi 1 décembre 2016

LA FIN DU MONDE OU LA FIN D'UN MONDE

( Luc 21,5-19) - 33e dimanche ord.C

 Les chrétiens pour lesquels l’Évangéliste Luc autour des années 80-85 écrivait son évangile, étaient aux prises avec trois grosses questions auxquelles l’auteur cherche à donner une réponse pour tranquilliser les croyants. Quelles étaient les questions qui angoissaient ces anciens chrétiens?

Premièrement : la disparition du temple de Jérusalem (détruit en l’an 70 par l’armée romaine de Tite) et de la ville elle-même, suivie de la subséquente dispersion du peuple juif hors de la Palestine. C’était la fin du judaïsme en tant que religion identifiée à un territoire et à un État. Or le temple de Jérusalem était, avec sa ville, le symbole de l’alliance de Dieu avec le peuple juif; le signe tangible et visible de l’élection, de la bienveillance et de la présence de Dieu au milieu du peuple auquel Dieu avait juré une protection et une fidélité éternelle. Comment Dieu avait-il pu oublier ses promesses et abandonner de la sorte une nation qu’il avait pourtant élue pour être guide et lumière pour toutes les autres nations de la terre ? Dieu serait-il infidèle ? Dieu ne maintiendrait-il pas ses promesses ? Dieu aurait-il châtié ainsi toute une nation parce que ses chefs n’auraient pas reconnu en Jésus de Nazareth son envoyé et son messie ? Dieu serait-t-il à ce point cruel, rancunier et partisan, alors que Jésus avait pourtant enseigné qu’il est un Père qui aime tous sans distinction de religion, de culture et de race ? Un vrai dilemme donc pour les adeptes d’un mouvement spirituel issu du judaïsme. 

Deuxième point qui tracassait les chrétiens du temps de Luc était la constatation qu’eux aussi subissaient toutes sortes d’épreuves et de vexations. En Palestine, ils étaient haïs, pourchassés, emprisonnés et tués par les autorités religieuses juives. En dehors de la Palestine, ils étaient persécutés par les autorités civiles romaines qui les soupçonnaient et les accusaient de trahison et de différents autres crimes. Sans parler des drames et des contestations qui pouvaient surgir au sein d’une famille lorsque quelqu’un de ses membres adhérait à cette nouvelle secte et se convertissait à cette nouvelle foi. Si ces anciens chrétiens pouvaient comprendre que Dieu avait pu délaisser, d’une certaine façon, son ancien peuple, ils éprouvaient de la difficulté à accepter que Dieu n’accorde pas plus d’attention et de protection à son nouveau peuple, à cette nouvelle communauté qui avait adhéré à Jésus et qui avait cru à sa mission d’envoyé et de messie de Dieu.

Le troisième point qui préoccupait les chrétiens du temps de Luc était la question de la fin du monde. Cet argument enflammait les esprits, causait toute sorte d’états d’âme, allant de la panique à l’exaltation. Il était une source de continuelles discussions, de suppositions, de création de scenarios rocambolesques et fantastiques, les uns plus bizarres que les autres. Autant les juifs (y compris Jésus) que les chrétiens étaient convaincus que Dieu s’apprêtait à intervenir d’une façon drastique pour mettre fin à ce monde tel que nous le connaissons, pour en commencer un autre meilleur ici ou ailleurs. 

Dans son évangile Luc intervient pour mettre les choses dans leur juste perspective, pour éclairer et rassurer ces chrétiens traumatisés et inquiets, afin qu’ils puissent vivre leur foi dans la paix et la sérénité. Et il fait cela en attribuant ici à Jésus un discours, des paroles, des affirmations, dont la fonction est d’établir ses disciples dans la confiance en la bonté et l’amour d’un Dieu qui ne peut pas se démentir, même si toutes les apparences apparaissent parfois contraires.

Les questions et les peurs des chrétiens du premier siècle ont changé maintenant de contenu, mais elles continuent à angoisser avec la même acuité les gens du XXIe siècle. 
Combien de fois, devant des conjonctures difficiles ou à des événements dramatiques, nous sommes tentés de dire : « C’est la fin du monde !». Cela peut être dû à des situations d’injustices sociales flagrantes, à des cas de corruption, de désordre moral ; aux mauvaises nouvelles que nous lisons dans les journaux ou que nous entendons à la télévision. Cela peu été causé par la prise de conscience que nous vivons sur une poudrière qui peut sauter en l’air à n’importe quel moment ; car les hommes dans leur stupidité et leur folie, ont pensé que la meilleure façon de se sentir en sécurité c’était de miner la planète avec des milliers de bombes atomiques enfouies et parsemées un peu partout autour du globe. C’est le fanatisme religieux qui sévit dans le monde et qui est à l’origine des conflits armés, du terrorisme international, de l’exode massif de populations entières à la recherche d’endroits plus sécuritaires et plus pacifiques. C’est la détérioration de l'environnement, l’exploitation insensées des ressources naturelles, la destruction des écosystèmes nécessaires au maintien et au développement de la vie... et tout cela causé uniquement par la cupidité et la bêtise humaines. Ce sont les bouleversements climatiques causés par le réchauffement, par la pollution et la déforestation, C’est la pauvreté endémique de la majorité des habitants de la terre, la malnutrition, l’esclavage, les injustices sociales, l’inégale distributions des ressources et des richesses…Tout cela génère la conviction que l’humanité est en danger. Cela produit l’impression que nous allons à la dérive : sinon vers la fin du monde, certainement vers la fin de l'humanité. Et le tragique, ou le ridicule, de la situation que nous sommes en train de vivre consiste proprement en cela : que c’est nous, les humains les seuls coupables des maux dont nous souffrons ; les seuls responsables de la peur que nous ressentons et des malheurs que nous nous infligeons. Tout cela est causé en effet, et presque exclusivement, par notre cupidité et par notre consumérisme démesuré et irresponsable.

Il n’est pas possible alors d’entrevoir ou de programmer un avenir de justice, de bien-être et de paix tant que l’égoïsme et le profit individuel sont érigés en système opératif et en norme de vie. On ne peut pas rêver d'une Planète saine, propre, luxuriante et d’une humanité prospère et en bonne santé si, pour faire plus d’argent, nous empestons avec nos pesticides les terres cultivables; si nous contaminons l’air que nous respirons; si nous empoisonnons les nappes phréatiques qui nous fournissent l’eau que nous buvons; si nous détruisons les forets qui absorbent le dioxyde de carbone (CO2), principal responsable du réchauffement planétaire, avec toute les fâcheuses conséquences que cela entraîne pour la survie de l’humanité (changements climatiques causés par les bouleversement des courants d’air et des courants marins, l’augmentation du niveau des océans, inondations, disparitions de terre habitables, etc.). 

On dirait que la hantise du profit a rendu les hommes tellement aveugles et stupides qu’ils sont incapables de voir et de comprendre qu’une Planète malade ne pourra jamais produire une humanité saine et que le rêve tant proclamé d’un bien-être et d’un progrès infinis, obtenus par une exploitation et une consommation indiscriminée et sans mesure des ressources naturelles, peut transformer ce rêve en cauchemar et faire régresser l’humanité à l’Âge de pierre. 

On a l'impression que dans cette époque de libéralisme industriel et de capitalisme économique, pour la grande majorité des hommes d’affaires de notre temps le bien de leur portefeuille est plus important que le bien de notre race. Face à tout cela, il est juste de se soucier. Mais notre préoccupation ne sert à rien si elle n’est pas accompagnée d’un changement radical dans notre façon de penser, d’agir, de valoriser les priorités et de voir notre relation avec cet Univers qui nous a mis dans l’existence et duquel nous dépendons entièrement.

C’est un fait qu’aujourd'hui beaucoup de gens ont peur de l'avenir. Les parents s’interrogent avec anxiété sur ce que sera le futur de leurs enfants. Nous nous rendons compte que le futur est loin d'être assuré et rassurant: dans cent ans, aurons-nous encore des bons sols à cultiver ? Assez d’eau potable pour satisfaire nos besoins et une bonne qualité d’air respirer ? Assez de forêts et de milieux naturels où la vie et la diversité des espèces peuvent se maintenir et prospérer ? Aurons-nous assez de nourriture pour tous, assez de travail, de soins, de sécurité économique, de justice, de respect mutuel, de tolérance, de fraternité, de paix ? Nous sommes inquiets, parce que nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve, étant donné que nous avons devant les yeux les signes évidents et inquiétants d’une humanité qui semble avoir perdu la raison.

Ces textes « apocalyptiques » de l’évangile de Luc que nous lisons en ce XXIe siècle ne sont pas étrangers à nos préoccupations et à nos états d’âme, qu’ils viennent plutôt raviver. Certes, le langage que Luc met ici sur la bouche de Jésus sont loin d’être clair et bien articulé, de sorte qu’il est difficile pour nous aujourd’hui de saisir de quoi Jésus veut parler précisément. Mais une chose est certaine : ces textes veulent aider les chrétiens à vivre dans la confiance.

En définitive, le message que ces textes veulent transmettre est le suivant: quoi qu'il arrive... Ne vous effrayez pas... Ne vous appuyez pas sur des valeurs qui ne sont pas définitives.... Rien n’est stable dans l’Univers, mais tout évolue vers une complexité et un perfectionnement plus grand. Et cela à travers des catastrophes et des cataclysmes d’une ampleur et d’une puissance inimaginables. Il est nécessaire que des mondes, des époques, des pans d’histoire se terminent et meurent pour que du nouveau et du neuf puissent apparaître. C’est la logique inscrite dans la nature de tout ce qui existe et qui est une expression et une révélation du bouillonnement de vie qui existe en Dieu lui-même.

Dans ce passage de l’évangile de Luc, Jésus semble donc nous inviter à garder espoir et à ne pas céder à la tentation du pessimisme. Pourquoi cela? Parce que Jésus a confiance en l'intégrité fondamentale de l’homme et en la bonté du cœur humain. Jésus veut nous convaincre que les humains sont doués de raison ; qu’ils possèdent une certaine dose de sagesse et qu’ils seront donc en mesure de ne pas perdre complètement la tête. Jésus refuse de croire que l'homme puisse être irrémédiablement égoïste et corrompu par l’attrait de ce qui est mal pour l’ensemble de ses semblables. Il refuse de croire que l'être humain, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, ne soit pas capable de trouver dans les profondeurs de son cœur ce trésor caché de sagesse, de lucidité, de bonté et de grâce qui lui permettra de voir clairement les chemins à emprunter pour se sauver lui-même et pour sauver le monde de la catastrophe.

Jésus est toujours prêt à parier sur le bon sens et la bonté foncière de l’être humain parce qu'il croit dans l’amour total de Dieu à son égard et dans les effets de la présence mystérieuse de Dieu au cœur de l’homme. Et cela conduit Jésus à avoir confiance en l'homme et dans l'humanité. Jésus est convaincu qu’il y a toujours quelque chose de beau, de bon et de merveilleux dans chaque personne, puisque chacun de nous est l’objet de l'amour et de la tendresse d'un Dieu qui veut être notre père. Jésus refuse de penser qu'une personne puisse être complètement mauvaise si elle est voulue et aimée de Dieu.

Voilà pourquoi Jésus veut croire qu'il y a toujours de l'espoir pour l'homme aussi longtemps qu'il réussit à garder dans sa vie un espace pour Dieu. Voilà pourquoi le message de Jésus est un « évangile », c’est-à-dire une « bonne nouvelle » d’espérance et de salut possible pour tout le monde. C’est seulement s’il est séparé de la Source de son être, que l'homme risque de se vider de son humanité et de se précipiter dans un gouffre de ténèbres qui peuvent l’anéantir. Mais aussi longtemps qu’il réussira à s’abreuver à cette Source, «pas un seul cheveu de sa tête ne se perdra » sans la permission de Dieu. (Luc 21,18).

Voilà pourquoi nous les chrétiens, disciples du Nazaréen, nous devons être optimistes à propos de l'avenir du monde et de l'humanité. Comme Jésus, nous devons croire que, malgré toutes les apparences contraires, le cœur de l'homme n’est jamais totalement corrompu. Nous devons croire que dans le monde le bien est toujours plus abondant que le mal ; qu’il il y a plus de bonté que de méchanceté ; plus d'altruisme que d’égoïsme ; plus d'amour que de haine. Certes, le mal est plus visible que le bien ; mais le bien, même s’il est caché, est la levure, la pulsion, la force secrète qui garde en vie l’humanité et qui soutient le monde entier.

Pour terminer sur cette note d'espoir, je veux citer ici un beau texte extrait du testament de Martin Luther King: «Aujourd'hui, dans la nuit du monde et dans l’attente de la Bonne Nouvelle, j'affirmer avec force ma foi dans l'avenir de l'humanité. Je refuse de croire que dans la situation actuelle, les hommes ne soient pas en mesure d'améliorer la terre.
Je refuse de croire que l'être humain soit un brin de paille transporté par le vent, sans possibilité d’influencer moindrement le cours des événements. Je crois que la vérité et l'amour inconditionnel auront le dernier mot. Je crois fermement que, même parmi les bombes qui éclatent et les canons qui tirent, reste toujours vivant l'espoir d'un avenir meilleur. J'ose croire qu'un jour tous les habitants de la terre recevront trois repas par jour pour nourrir le corps, éducation et culture pour nourrir leur esprit, ainsi qu’égalité et liberté pour qu’ils puissent enfin vivre dans une société plus humaine… » ".


BM



dimanche 6 novembre 2016

ZACHÉE OU L’HISTOIRE D’UNE CONVERSION

30 octobre 2016 - 31e dimanche du temps ordinaire

(Luc, 19,1-10)

Luc, médecin d’origine syrienne (Antioche), converti au christianisme par la prédication de l’apôtre Paul, a écrit son évangile pour les chrétiens de culture gréco-romaine qui venaient du paganisme.
Luc rédige son texte aux débuts des année 80, en s’inspirant de l’évangile de Marc et d’autres documents. Dans son évangile, Luc présente l’homme de Nazareth comme un cadeau du ciel; comme un être qui vient de Dieu et qui parle au nom de Dieu; comme quelqu’un qui connaît qui est Dieu et comment s’approcher de lui; qui sait quelle «voie» les humains doivent parcourir pour donner du sens à leur vie et atteindre une authentique humanité.
Luc enseigne donc qu’en suivant la « Voie » de Jésus on peut apprendre beaucoup de choses sur les hommes et sur Dieu. Sur Dieu, on apprend qu’il est la Source inépuisable de l’amour ; un Être riche en miséricorde, qui ne juge personne, qui accueille tout le monde, qui respecte les rythmes de croissance et d’évolution intérieure de chacun ; qui a un faible pour les pauvres, les démunis, les maganés et les meurtris de la vie ; qui s’angoisse pour les égarés ; qui embrasse les délinquants ; qui veut le bonheur de tous.
Sur les hommes, on apprend que les riches, les puissants, les égoïstes, les arrogants, les superbes, les présomptueux, les satisfaits, les suffisants sont incapables d’emprunter la «voie» du Seigneur parce qu’ils n’en ressentent pas le besoin et qu’ils finissent donc inévitablement par suffoquer dans la pièce étanche de leur égoïsme et de leurs suffisance. On apprend aussi que Dieu ressent une profonde tristesse, une immense pitié pour ce genre de personnes; qu’il ne cesse cependant de les attendre à la croisée des chemins de leur existence, dans l’espoir de les récupérer et de les sauver.
 Luc développe les thèmes de l’amour gratuit, de la bonté, de la tendresse, du pardon et  de la miséricorde de Dieu, thèmes qui l’avaient fortement impressionné et qui avaient probablement déclenché chez lui le mouvement de conversion qui l’amena à devenir un fervent adepte du nouveau « Chemin » ou de la nouvelle « Voie » (Act.9, 1-3 ; 18,25 ; 24,22) ouverte aux croyants par Jésus de Nazareth.
Luc semble fortement intéressé par la dynamique de la conversion, de la sienne et de celle des autres chrétiens. Il veut donc réfléchir et analyser les mécanismes de ce phénomène qui bouleverse si souvent la vie des personnes.
Or, l’épisode de Zachée, dans lequel, avec un humour et une finesse hors pair, est esquissé en quelques lignes le portrait de ce publicain malfamé, sert à Luc de trame de fond pour décrire les étapes typiques que l’individu traverse avant d’arriver à sa conversion chrétienne. Luc, utilise le récit de Zachée pour expliquer la trajectoire humaine et spirituelle par laquelle une personne décide d’abandonner son mode de vie, son propre chemin, afin de s’engager définitivement sur la voie du Nazaréen.
Tout cet enseignement est admirablement condensé dans le récit de Zachée qui devient une figure emblématique, à travers laquelle Luc, avec une habilité et une efficacité pédagogique extraordinaire, émiette et livre aux croyants simples de son temps le cœur du message chrétien .
En réfléchissant sur ce texte de Luc, j’essaierai d’abord de faire ressortir l’importance de certains mots-clefs qui guident la composition et déterminent le sens et le contenu de ce magnifique récit. Je chercherai ensuite à montrer combien ce texte nous concerne et combien il éclaire la structure et les raisons ultimes de notre adhésion au projet chrétien mis en marche par le Prophète de Nazareth.
Il est utile de savoir que Zachée est un collecteur d’impôts à la solde de l’occupant romain. Il exerce une profession très lucrative, mais qui, en même temps, le rend détestable et méprisable pour tout bon juif qui le considère comme un renégat, un escroc et un voleur. Zachée, en plus, est le chef d’une compagnie de fonctionnaires de l’impôt, ce qui augmente la grogne et l’agressivité de ses compatriotes à son égard.
Toutefois la vie huppée mais tourmentée de ce riche insatisfait prend un pli inattendu et bascule définitivement lorsque le chemin de sa vie croise celui de Jésus, en route vers Jérusalem.
Luc nous signifie ainsi par là que la conversion est fondamentalement déclenchée par la rencontre de deux personnes, de deux chemins, de deux conceptions de la réalité, de deux parcours différents de vie. Pour Luc cependant, on ne trouve pas « sa » voie sans la chercher et sans avoir envie de la trouver. C’est pour cela qu’il caractérise d’amblée Zachée comme quelqu’un qui « cherche » à voir.
En effet, à la racine de toute conversion et de tout changement te de vie, il y a toujours l’apparition d’une profonde et angoissante insatisfaction, suivie d’un long travail de questionnement et de recherche. On se cherche parce qu’on ne sait pas exactement qui l’on est, ou ce que l’on veut. On cherche parce que l’on n’a pas ce que l’on désire ; parce que l’on expérimente un manque, un vide ; parce qu’on n'est pas content de la qualité de sa vie, des fruits qu’elle produit, de l’orientation qu’elle a prise. Nous nous sentons déçus, mécontents et malheureux de notre chemin et nous voudrions pouvoir en entreprendre un autre.
Comme Zachée, qui avait tout et qui pourtant n’avait rien qui pût vraiment le contenter, le faire grandir, le soulever, le faire voler plus haut que sa misérable vie de fonctionnaire crapuleux, occupé et préoccupé seulement à accumuler de l’argent sur le dos des pauvres. Malgré son statut social enviable et influent Zachée ne réussissait pas à avoir la taille spirituelle et humaine qu’il aurait souhaité. Rien n’y faisait ! Il serait toujours resté un homme insignifiant et de « petite taille »… à moins de tout balancer, de tout changer dans sa vie, de tout recommencer à nouveau et différemment. Finalement, on sent qu’il a en a marre de n’avoir et de ne voir que de l’argent. Il en a marre de la vie qu’il conduit. Il veut avoir et voir autre chose. L’argent qu’il possède ne lui apporte ni plus de gratification, ni plus de bonheurs, ni plus d’amis. Au contraire, il ne fait qu’augmenter autour de lui le nombre des personnes qui le détestent et qui souhaiterait ne plus le voir.  
Luc, en nous suggérant ce portait psychologique de Zachée, veut nous conduire à comprendre qu’a la base de toute conversion, il y a toujours le désir, l’aspiration, l’attente et donc la « recherche » d’une forme d’existence différente, car celle que l’on expérimente est perçue comme invivable.
Luc, qui à part d’être un chrétien converti, est aussi médecin, sait très bien combien l’attitude de la « recherche » est fondamentale dans la vie d’une personne pour que celle-ci puisse continuer à progresser jusqu’à la mesure de la taille que Dieu a prévu pour elle. Luc sait aussi que Jésus a fait de la « recherche » un des leitmotivs de sa prédication : «Cherchez, vous trouverez; frappez, on vous ouvrira… car celui qui cherche trouve, et a qui frappe on ouvrira - Cherchez les royaume de Dieu et tout  le resta vous sera donné par surcroit …» (Luc, 11, 9-10; 12,31; 19,10). L’attitude de la recherche, suite à un sentiment intense d’insatisfaction et de vide existentiel, ainsi que le désir de devenir, de changer, de se transformer, de se renouveler, de parcourir d’autres routes, de voir d’autres horizons, constituent le mètre par lequel l’évangile de Luc mesure la disponibilité au salut, la profondeur spirituelle et la grandeur humaine d’une personne.
C’est pour cela que Zachée, qui était de « petite taille », dès qu’il commence à «chercher» pour voir qui était Jésus, grandit immédiatement dans l’esprit de Luc et est tout de suite placé par lui en haut, sur un arbre, comme un oiseau qui s’y pose, après avoir longtemps voltigé dans le ciel bleu.
Cependant, pour Luc la conversion n’est pas seulement le résultat d’une recherche. Elle est aussi la sortie des ténèbres, la guérison d’un aveuglement, la capacité de voir clairement. Elle est le résultat d’une découverte, d’une rencontre, d’une illumination, souvent d’une fulguration, par lesquelles est soudainement révélé aux yeux du cœur et de l’esprit de la personne qui cherche, le lieu de son authentique bonheur, les valeurs qui donneront du sens à sa vie et la forme ultime de son plein accomplissement.
C’est intentionnellement que Luc place le récit de Zachée immédiatement après celui de la guérison de l’aveugle de Jéricho, un homme écrasé sur le bord de la route et incapable de marcher sur le «chemin». C‘est intentionnellement aussi que dans le récit de Zachée, l’évangéliste utilise le verbe «voir» immédiatement après le verbe «chercher», pour indiquer la quête existentielle de ce publicain.
Il est important de remarquer que Luc ne dit pas que Zachée cherchait «à voir Jésus», ce qui n’aurait décrit que la posture d’un badaud curieux et superficiel. Luc prend le soin de préciser que Zachée cherchait à voir «qui était Jésus». L’emploi du pronom relatif personnel est d’une importance capitale pour Luc. Le «qui», indique en effet la personne de Jésus qui intriguait et qui, en même temps, fascinait Zachée et de laquelle il aurait voulu percer le mystère ; avec laquelle il aurait souhaité amorcer une relation d’amitié et de familiarité. Dans sa recherche, Zachée avait «vu» et compris que ce Prophète vagabond, plus pauvre que Job sur son tas de fumier, possédait cependant tout ce que lui, Zachée, aurait tellement voulu avoir, mais qu’il n’avait pas. Zachée avait «vu» et compris qu’ici le vrai riche et l’homme authentiquement réussi était ce Jésus qui avait su se libérer de la hantise de l’avoir ; et que le vrai misérable et l’incontestable raté, c’était par conte lui, Zachée, l’homme cupide et stupide, qui avait passé le meilleur temps de sa vie à s’approprier de l’argent d’autrui.
Luc veut ainsi faire comprendre que, finalement, dans le parcours d’un homme converti, c’est seulement la rencontre d’une personne et l’admiration, la fascination, l’attachement quelle suscite en lui, les facteurs décisifs qui déterminent le virage existentiel qui fait basculer sa vie du côté et sur la «voie» de l’être aimé.
C’est cette rencontre de deux amours que Luc campe au centre de l’histoire de Zachée. Dans ce conte il arrive un moment où le lecteur est confus ne comprenant plus qui cherche qui. Il ne sait plus si c’est Zachée qui cherche à savoir qui est Jésus ; ou si c’est Jésus qui cherche à savoir qui est Zachée. En effet toute la scène est en mouvement, traversée d’une agitation et d’une excitation fébriles. On dirait qu’il s’agit de deux amoureux qui se rencontrent enfin après une longue et interminable séparation.
C’est est impressionnant de voir avec quelle habilité littéraire, avec quelle concision et délicatesse Luc réussit à exprimer l’empressement des amants, l’urgence de proximité et le désir d’intimité qui se dégage de leurs retrouvailles. Je me permets de paraphraser à peine les paroles de Jésus : « Zachée, mon ami, me voici enfin ! Tu m’as tellement manqué ! Je t’ai si longtemps cherché ! Descends vite ! J’en peux plus de t’attendre ! Il faut que je sois avec toi! J’ai besoin, je veux tout de suite, maintenant, aujourd’hui même, me trouver avec toi, dans l’intimité de ta maison. Je veux entrer dans ta vie, afin que je l’emporte avec la mienne ».
Quelle surprise et quelle joie pour Zachée d’entendre enfin quelqu’un l’appeler amicalement par son nom ; de se sentir enfin une personne cherchée, voulue, désirée et aimée, lui, qui jusque-là n’avait connu que le refus, l’hostilité et la haine de la part de tous!  «Vite Zachée descendit de son arbre, - remarque Luc, - et tout joyeux il accueillit Jésus chez lui».
Parce que Jésus s’est donné à lui, en entrant dans sa maison, Zachée aussi entrera dans la sienne. Il fera partie de sa famille. Il adoptera son style de vie. Il épousera sa cause, ses principes et ses valeurs. Comme son Maître, il deviendra un homme libre. Il brisera les chaînes de la cupidité. Il se débarrassera de tout ce qui l’empêchera de vivre en communion d’esprit et de cœur avec son nouvel Ami. Il sait que pour cela il faut qu’il devienne pauvre. Il ne peut pas oublier une phrase de Jésus qui circulait sur la bouche de tous ses disciples et qui n’avait jamais cessé de le tourmenter : « Qu’il est difficile à ceux qui ont de richesses de se sauver ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille, qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu » (Mt 19,23-25 ; Mc. 10, 23-26 ; Lc. 18, 24-26). Transformé par sa rencontre avec le Seigneur et enrichi du don d’un amour qui le transporte, Zachée, qui possède maintenant un trésor autrement plus précieux, ne sait plus qu’en faire de son argent. Alors, finies les tergiversations ! Zachée donnera la moitié de ses biens aux pauvres et il remboursera au quadruple ceux qu’il a fraudé.
C’est ainsi que Zachée, en s’engageant définitivement sur la « voie » tracée par Jésus, connaîtra enfin félicité et plénitude de vie: « Aujourd’hui, - lui annonce Jésus, - le salut est venu pour cette maison ».
Concluons en disant que, par cette narration, Luc a parfaitement réussi à atteindre le but qu’il se proposait. Il voulait d’abord faire comprendre aux chrétiens convertis de son époque que c’est uniquement la rencontre d’une  personne et l’expérience de l’amour que l’on ressent pour elle, la seule raison et la seule force capables de déclencher le processus de conversion (ou de transformation intérieure) par lequel la vie d’un individu est amenée à se fondre dans celle d’un autre, dans un mouvement de confiance et d’abandon total. Cette fusion comporte inévitablement l’abandon d’un monde, d’une mentalité, d’un mode de vie, pour rebâtir sur d’autres rêves et d’autres assises la nouvelle forme de son existence.
Luc voulait ensuite conduire ces chrétiens à réaliser que leur transformation intérieure n’avait été possible que parce que l’amour de Dieu, manifesté en Jésus, était venu à la rencontre de leur aveuglement, de leurs malaises, de leurs insatisfactions, de leurs égarements, en ouvrant leurs yeux, en comblant le vide de leurs cœurs, en les établissant dans la confiance de l’amour, et les conduisant ainsi, à la suite du Maître, sur la nouvelle «voie» qu’il avait tracé .
C’est sans doute à cause la densité de ses contenus, de la complexité de ses thèmes, de la profondeur de ses aperçus et de ses références, accouplés à une extraordinaire simplicité de composition littéraire, que ce conte de Zachée est considéré une des plus belles perles du Nouveau Testament.

BM  


 27 octobre 2016