mercredi 17 février 2016

Quête pour la Saint-Vincent de Paul 2015

Je vais commencer comme chaque année par vous parler de nos activités effectuées durant l'année, puis j'aimerais que nous passions un peu de temps ensemble pour réfléchir sur la pauvreté, notamment sur les conditions de vie des personnes vivant en situation de pauvreté.

Cette année, nous avons aidé 125 personnes ou familles en moyenne par mois, ce qui est encore une nette augmentation par rapport aux années précédentes. Les personnes qui viennent frapper à notre porte sont majoritairement toujours des personnes seules, ce sont les personnes qui sont vraiment les plus démunies, suivies des familles monoparentales et des familles. La majorité des personnes reçoivent l'aide sociale et j'aimerais rappeler ici que ce n'est pas beaucoup: une personne seule touche 616 dollars par mois sans contrainte à l'emploi ou 937 avec une contrainte sévère à l'emploi. Quelques uns travaillent avec un faible revenu. Ce qui est nouveau c'est que nous recevons plus d'étudiants, des immigrants qui doivent refaire des études pour trouver un emploi et qui vivent avec un prêt bourse.

Ces dernières années ont été marquées par la crise économique et les restrictions budgétaires. Nous avons tous constaté que le prix de l'épicerie a augmenté, en particulier la viande, mais aussi le pain, les fruits et légumes. Nous avons tous entendu parler des coupures dans les écoles et les organismes communautaires.

Eh bien, si ces augmentation et ces coupures nous affectent plus ou moins dans notre vie de tous les jours, elles affectent encore bien plus durement les personnes qui vivent déjà dans une situation difficile. Quand le budget mensuel est si serré que chaque dollars compte, chaque augmentation devient un obstacle supplémentaire et un casse-tête insoluble. Dans les écoles, les coupures ont touché les services d'aide alimentaire pour les élèves défavorisés, l'aide aux devoirs, le personnel de soutien (comme les psychologues et les orthopédagogues), c'est évident que cela touche les plus pauvres en premier. L'Austérité affecte donc les personnes vulnérables plus fortement, au quotidien tout devient plus difficile et, en fin de compte, les personnes les plus vulnérables deviennent encore plus vulnérables et cette situation amène de nombreuses personnes à perdre l’équilibre.

Pour vous donner un exemple concret je vais vous lire un extrait du témoignage d'une mère monoparentale qui a été publié sur l'internet l'année passée, cela s'intitulait "lettre de la maman mystère'' et cela illustre parfaitement ce que je viens de dire:
''Disons que depuis mon retour aux études (donc pauvreté volontaire pour pouvoir – éventuellement – s’en sortir!!), on a des hauts et des bas et honnêtement, depuis un peu plus d’un an, il n’y a pas vraiment eu de hauts. La vie est de plus en plus dure, entre autres, à cause des nombreuses augmentations de tarifs (transport, vêtement, nourriture, Hydro, etc.) et des coupes excessives partout et dans tout, de l’appauvrissement des ressources communautaires et de l’intensification de l’affluence des personnes dans le besoin pour des services avec des places limitées. Dans le cas de ma famille, composée de moi et de deux enfants (11 et 12 ans), la question alimentaire est devenue un épuisant et incessant problème qui préoccupe l’esprit en tout temps. En fait, tout tourne autour de ça : « Qu’est-ce que je vais leur donner à manger? » et « Quel sera l’impact sur leur santé et leur développement? ». Je me lève à tous les matins avec comme but ultime que mes enfants aient avalé trois repas soutenant et qu’au coucher, leur faim ait été comblée''.

C'est ça la réalité, le quotidien de ces personnes ! Et le fait de vivre dans la pauvreté, de mal s'alimenter, les soucis liés à la précarité, tout cela a en effet des conséquences sur l'état de santé. Je le vois dans les personnes qui viennent me trouver, nombreux sont ceux qui ont des problèmes de santé (diabète, cancer, asthme, douleurs, toutes sortes de maladies, sans parler des problèmes dentaires).

Je suis tombée sur une étude des services de santé du QC en 2014 sur les écarts sociaux entre les plus riches et les plus pauvres à Montréal. On a sélectionné 5000 personnes qui naissent dans les classes sociales les plus riches et 5000 qui naissent chez les plus pauvres et on les a comparées à différents âges (étude longitudinale). De manière générale ce qui ressort, c'est que dans le groupe le plus pauvre le nombre d'hospitalisations est plus élevé, il y a plus de problèmes de santé physique et mentale et plus de décès. De plus, les écarts de santé entre les deux groupes sont de plus en plus grands durant la vie.

Vivre dans un état de pauvreté a donc des conséquences sur l'état de santé physique et mental des personnes. Mais vivre dans la pauvreté ne devrait pas être une fatalité dans un pays riche et civilisé comme le nôtre. Nous ne devons pas l'accepter sans bouger.
Malheureusement, force est de constater que dans notre société laïque le souci des pauvres n'est pas un souci très répandu.

Avez-vous remarqué que, dans la société, on parle très peu des pauvres. C'est sûr qu'avant les fêtes on en parle un peu plus, car beaucoup d'organismes ont gardé la tradition des paniers de Noël... mais le reste de l'année, est-ce que vous entendez souvent parler des pauvres ? Est ce que les politiciens et les médias abordent ce thème fréquemment ? Non, et au contraire, on a plutôt le sentiment que les politiciens n'hésitent pas à faire des économies sur le dos des plus pauvres, sans les moindres scrupules...

Alors, est-ce que cela ne fait pas partie de notre responsabilité, à nous chrétiens, de nous démarquer, de montrer l'exemple? De montrer au reste du monde comment nous avons le souci des pauvres et des démunis ? Comment notre amour pour Jésus se réverbère dans notre amour des pauvres ? Comment, avec les yeux de la foi, nous apercevons le visage du Christ dans le visage du pauvre et du souffrant ? Nous devrions montrer, par notre exemple, que notre foi est notre force et qu'elle nous pousse à agir. Et qu'enracinés en Dieu, l'amour et la bienveillance coulent dans nos veines et se concrétisent dans nos bonnes actions envers notre prochain.

Je vous laisse réfléchir à tout cela et je vous remercie du fond du cœur pour votre générosité. Chaque année cela me touche beaucoup lorsque je vois votre générosité à l'égard des pauvres.


Nous allons récolter vos dons lors de la deuxième quête et je vous encourage également à nous soutenir durant l'année, même si ce n'est que de mettre de temps en temps un sac de nourriture ou des vêtements dans nôtre boîte qui se trouve à l'entrée de l'église. Et je remercie ceux qui le font habituellement.

Susanne Emery, responsable conférence Ste-Catherine-de-Sienne de la SSVP