lundi 6 mars 2017

LES TENTATIONS DE JÉSUS, NOS TENTATIONS… Mt 4,1-11


 Premier dimanche de Carême 

Bienvenue au Carême, à cette palestre de conditionnement spirituel que nous fréquentons quelques jours par année, pour un temps d’entraînement plus soutenu, afin de redonner à notre âme sa bonne forme. Ce temps nous est donné donc afin de retrouver notre unité et notre harmonie intérieure, faire le point, contrôler dans quelle direction s’en va notre existence, à l'exemple de Jésus qui a voulu faire l'expérience du désert pour choisir comment vivre, pour revoir ses priorités et mettre de l’ordre dans ses choix. Dans le désert Jésus choisit le genre de Messie qu’il veut être, quel genre de vie il veut vivre. Il essaie de trouver la meilleure façon de remplir sa mission.

L'Évangile de ce dimanche, à travers le conte symbolique des tentations de Jésus au désert, nous renseigne aussi sur les tentations typiques de l’homme, de tout homme. Il veut nous révéler quelles sont les épreuves que chacun de nous doit surmonter, si nous voulons nous réaliser dans les véritables coordonnées de notre humanité et comme des personnes qui vivent dans les profondeurs de leur être et non seulement dans les apparences de leur surface.

Il s’agit ici des trois principales tentations dans la vie d’un homme. La tentation de l’argent, de la richesse et de l’opulence ; la tentation de la gloire, du prestige, de la renommée et de succès; et enfin la tentation du pouvoir, de la force, de la puissance. Vouloir dominer ; se sentir supérieur aux autres ; vouloir le monde à ses pieds. Se prendre pour Dieu et chercher à se faire adorer.

Mais voyons cela de plus près.

Première tentation. Le diable offre à Jésus de changer les pierres en pain. Il part du présupposé qu’une fois que le pain est assuré, tout est assuré. Exactement comment pense la majorité des gens. C’est la mentalité matérialiste qui croit que lorsque  l’estomac est rempli, tout l’homme est satisfait et rassasiée. C’est la conception de la vie autour de laquelle tourne notre société. Tout voir et tout considérer en fonction de notre avantage personnel et de notre voracité ; penser que tout est là pour nous et pour que nous puissions le phagocyter, le consommer, si nous en sommes capables, si nous en avons les moyens, l’appétit et l’estomac approprié. C’est l’attitude du : «cherche à tout prix les moyens de vivre dans le luxe et le confort ! Crée-toi des dépendances, des désirs, des besoins ! Transforme tout en nourriture ! Transforme tout en argent ! Transforme tour en biens de consommation, en plaisir, afin de te sentir rempli, rassasié, satisfait, heureux ! Tu auras l’impression d’être une personne accomplie, réussie, puisque, autour de toi, tout le monde t’admire, te jalouse, s’exclame, parce que tu as beaucoup de moyens, parce que tu peux te permettre de satisfaire tous tes appétits ; parce que tu possèdes beaucoup de choses ; parce que tu es plein…. Pas grave, si au-dedans de toi, à l’intérieur de ton âme et de ton cœur, tu es vide, tu n’as rien, tu n’es rien, comme un coquillage mort que la vague a rejeté sur la plage de la mer ! Rempli de choses, mais vide de valeurs ! Quel gâchis !
Jésus répond : « Il est écrit, l’homme, ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu". Avec cette réponse de Jésus, l'Évangile nous rappelle donc que le but de la vie ne peut pas être l'argent et le bien-être. Il nous rappelle que les enfants ne s'éduquent pas en leur donnant tout ce qu'ils veulent, en cédant à tous leurs caprices ; en multipliant les besoins et les exigences et les divertissements, mais en allant à la racine de l'inquiétude humaine. Il nous avertit que nous serons toujours des êtres fatigués, angoissés, agités, insatisfaits et malheureux tant et aussi longtemps que ne n’aurons pas trouvé Dieu, le seul pain qui satisfait notre faim ; la seule nourriture qui peut nous donner la paix du cœur et'assurer notre bonheur. Si notre vie manque de paix, de joie e de sérénité, cela est peut-être le signe qu’elle manque de Dieu et que nous avons perdu le goût de sa Parole.

 Deuxième tentation : « Alors le diable le conduisit au faîte du temple et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas. Car il est écrit :il donnera ordre à ses anges de te soutenir".
C’est la tentation du paraître, s’afficher, se déployer, émerger au-dessus des autres, vouloir être toujours le coq du poulailler et le roi de fête. C’est la tentation du succès et de la réussite à tout prix : être important, se sentir admiré, être applaudi, être dans les journaux, apparaître à la télévision, devenir une star, une vedette.

La société dans laquelle nous vivons se prête à créer en nous ce genre de rêves et d’illusions. Elle pousse à fabriquer des idoles à la gloire éphémère, qui brillent quelques instants, qui brûlent vite, comme un feu de paille, en laissant ensuite et bien souvent leurs victimes au sol, les ailes brulées, incapables de voler à tout jamais.

C’est la tentation de la précipitation, de l'impatience qui aime des résultats spectaculaires, grandioses et surtout immédiats. C’est la tentation du tout et tout de suite. C’est la tentation de ceux qui voudraient réaliser des projets ou résoudre les problèmes sans fatigues, sans travail, sans engagements profonds, sans souffrance et changer le monde sans effort. La hâte n’est jamais le bon chemin vers le bien durable. C’est pour cela qu'un jour, Jésus a dit: «Le royaume des cieux est semblable à une graine de moutarde, la plus petite des graines." (Mt 13,31). La hâte est une tentation pour nous: nous aimerions que le monde change en quelques jours; que notre travail ait des résultats instantanés; que nos sacrifices produisent des résultats immédiats. Mais non ! Il faut attendre ! Et l'attente exige de la patience, des sacrifices, de la détermination, la confiance et la foi. C’est le chemin de la petite graine !

Troisième tentation. C’est la proposition du pouvoir comme valeur principale de la vie : une valeur qui passe même avant Dieu et qui souvent prend la place de Dieu ! C’est la tentation de l’absurde. Mais l’orgueil, l’arrogance et la mégalomanie humaines se déplacent souvent sur les chemins de l’absurde. Je pense que la tentation du pouvoir est l'arme la plus mortelle, la plus sophistiquée et la plus subtile que le diable possède pour détruire l'homme. Cette arme réussit en effet à lui faire perdre la tête et à l’aveugler, en l‘empêchant de voir la vérité de son être et les traits typiques de sa véritable nature : une créature éphémère, précaire, finie, pauvre, faible, limitée, insignifiante …. Elle réduit les hommes de grand pouvoir (dictateurs, tyrans, despotes et potentats de tout acabit) à des figures grotesques, qui jouent à être Dieu et qui se  condamnent ainsi à être des marionnette ridicules, qui s’agitent et dansent stupidement sur la scène de la vie.

La réponse de Jésus à cette tentation d’un pouvoir illimité, est immédiate et aussi indignée : « Va-t’en, Satan, il est écrit : « Adore le Seigneur, ton Dieu, et devant lui seulement tu t’agenouilleras pour l’adorer ». Aucun humain ne peut avoir la prétention de se faire adorer comme un dieu !

Un jour Jésus se mettra à genoux, mais pour laver les pieds de ses disciples. Par ce geste, il nous rappelle que, devant Dieu, la vraie grandeur de l’homme se mesure seulement en termes d‘abaissement, de disponibilité, de don de soi, d’ouverture, d’attention, de service et d’amour envers les autres. La vie de Jésus n’a été que cela.

Le chemin du Carême c’est une invitation à orienter notre vie sur l’exemple du Seigneur et à l’éclairer de la lumière qui se dégage de sa Parole.


BM