lundi 26 juin 2017

LA PEUR N’EST PAS ÉVANGELIQUE - N’AYEZ PAS PEUR


(Mt. 10,26-33 - 12e dim. ord. A)

Nous, les humains, sommes des êtres dominés et conduits par la peur. La peur fait de nous des créatures fondamentalement angoissées à cause de la prise de conscience de notre fragilité, de notre vulnérabilité, de notre finitude, du caractère éphémère et transitoire d’une existence vouée inévitablement à la mort. Nous nous sentons continuellement menacés par les éléments et les événements naturels de notre monde, par les hommes et par Dieu.

Et c’est ainsi que nous devenons des personnes (et des nations), qui soupçonnent, qui se méfient , qui ont peur :
             - Peur d’être trompé, arnaqués, escroqués, volés, exploités, abusés, attaqués...
            - Peur de manquer du nécessaire, d’avoir faim, de ne pas pouvoir accumuler assez d’argent pour faire face aux imprévus de l’existence et pour vivre une vie confortable et aisée.
            - Peur de ne pas être assez intelligents, assez rusés et habiles, assez compétents pour nous faire accepter par les membres de notre clan ; pour trouver notre place dans la société ; pour réussir à décrocher un bon travail…
            - Peur de pour ne pas être assez importants, de ne pas avoir assez de moyens et de pouvoir pour s’imposer aux autres, dépasser les autres, concurrencer les autres, soumettre les autres … et ainsi être libérés de la peur des autres.
            - Peur de perdre la forme physique, la jeunesse, la vigueur, la prestance, la beauté, la santé.
- Peur de la vieillesse ; peur de la retraite ; peur de se sentir inutile ; peur de s’ennuyer; peur de perdre la proximité, l’amitié , les attentions, l’intérêt, l’amour des autres…  
            - Peur d’être un jour un poids pour nos enfants ; peur d’être écartés, déconsidérés, de ne plus être pris au sérieux ; peur de perdre la tête, d’être incapables de communiquer ; peur d’être abandonnés, de rester seuls…
           - Aujourd’hui, il a des peurs qui sont suscitées par les situations économiques et politiques de nos sociétés : peur de voir nos économies s’envoler à cause des intérêts dérisoires de nos placements ; peur de l’inflation qui augmente le prix de nos emplettes ; peur de manquer de soins adéquats en cas de maladie, à cause des coupures et de compressions budgétaires de notre Gouvernement, etc.
            - Peur aussi causé par la perspective d’une catastrophe écologique presque inévitable, reliée au réchauffement climatique, à la déprédation insensée des ressources naturelles de la planète.

Si dans le monde animal la peur est un mécanisme naturel de survie qui pousse à se défendre ou à fuir le danger immédiat, dans le monde humain, il n'est pas exagéré de dire que la peur, en devenant angoisse constante, se transforme en  la principale cause de nos souffrances, de nos malheurs et de nos deuils. C’est à cause de cette peur archaïque d’une chasse insuffisante et donc de manquer de nourriture, que les hommes aujourd’hui encore saccagent les ressources naturelles de la planète ; détruisent les écosystèmes nécessaires au maintien de la vie; réchauffent l’atmosphère; perturbent le climat;  contaminent l’air, les océans, les sols; mettent en danger la survie de l’humanité.
C’est à cause de la peur de ne pas être assez importants et de ne pas avoir assez d’influence et de pouvoir que nous devenons des individus intraitables, fermés sur nous-mêmes, égoïstes, mesquins, avides, durs, agressifs, violents, inhumains… À cause de la peur de manquer de moyens, nous en arrivons à manquer d’âme et d’humanité.
C’est à cause de la peur que les hommes font les guerres et tuent; qu’ils menacent les Pays voisins avec des bombes atomiques; que les États dépensent des sommes folles et scandaleuses pour maintenir efficace et redoutable leur force de frappe et d’intimidation, alors que la plus grande partie de la population de la planète combat contre la faim, les maladies, la déchéance et la misère.
C’est à cause de la peur que des peuples entiers cherchent refuge dans d’autres pays, que la paix est partout perturbée et que les relations entre nations et les cultures sont  exacerbées.

            À ces peurs que tout le monde expérimente par le seul fait d’habiter cette planète et d’appartenir à cette humanité, pour nous, les chrétiens s’ajoutent aussi d’autres peurs, souvent bien plus angoissantes, car plus profondes, reliées à nos croyances religieuses.
En effet, pendant des siècles l’Institution religieuse a profité de la naïveté et de l’ignorance des fidèles pour produire de la peur et s’en servir comme instrument de domination et de pouvoir, afin de consolider son emprise sur la conduite et la foi des chrétiens. Et elle a fait cela en s’inventant une fausse image de Dieu calquée sur le modèle humain d’un despote absolu ou d’un souverain-seigneur tout-puissant qui, du haut du ciel dirige les destins de l’humanité sur terre. Il est le garant de l’ordre moral, il intervient, il surveille, il commande, il exige obéissance soumission ; il ne tolère pas la transgression; il se met en colère, condamne et punit les coupables.

Il s’agit alors d’une divinité que les humains doivent amadouer et apprivoiser, en rampant à ses pieds comme des esclaves devant leur maître; en renonçant à leur jugement et en annulant leur personnalité, dans une attitude de crainte, de soumission servile et d’obéissance aveugle à sa volonté. C’est un Dieu qu’il faut faire sortir de sa distance et de son indifférence à nos égards, en achetant son attention et ses faveurs par la  flatterie, la louange, l’adoration, la prière, la supplication, les sacrifices (y compris le sacrifice expiatoire de son Fils, car de sa bienveillance ou non-bienveillance dépend le bonheur ou le malheur, le salut ou la perte éternelle des humains).

Cette peur de Dieu ou cette «crainte de Dieu», élevée à critère d’excellence chrétienne par toute une forme de spiritualité religieuse et ecclésiale, a produit des générations de chrétiens malheureux, névrosés, culpabilisés et terrorisés par le spectre de la sévérité de Dieu, de son jugement final, du péché, de la mort et de l’enfer. Pendant des siècles la peur de Dieu et des affreux châtiments que l’Église assurait qu’il était capable d’infliger aux pécheurs, a transformé autant la vie que la mort d’innombrables générations de bons et pieux chrétiens en un authentique cauchemar.

Comme les compagnies d’assurances cherchent à susciter dans l’esprit des gens la peur de toutes sortes de catastrophes possibles, afin de leur vendre des polices qui les tranquillisent et les rassurent, ainsi fait l’Église avec ses chrétiens.  Elle leur dit : «Dieu est sévère et punit. Vous avez raison de le craindre. En effet, vous êtes faibles devant la tentation, vous êtres persistants dans vos vices et dans vos mauvaises habitudes. Vous êtes enclins au mal et à la transgression. Vous êtes des pécheurs invétérés. Vous risquez donc fortement d’encourir la condamnation et le châtiment de Dieu et de brûler éternellement dans les flammes de l’enfer. Mais heureusement que moi, l’Église, je suis là pour vous sauver ! Dieu est sévère et impitoyable, mais moi je suis plus indulgente et compatissante. Moi je détiens le remède qu’il vous faut ! Moi, je peux vous vendre des bonnes assurances qui vous protégerons contre Dieu et sa justice, si vous devenez des fidèles clients de notre Institution ecclésiale. Notre Église peut vous offrir la police du baptême, de la confession, de l’onction des malades et des mourants, toutes sortes d’indulgences à courte, moyenne et longue durée ; ainsi que d’autres trucs qui vous aiderons à échapper à la colère et au châtiment de Dieu».

Ainsi se comportent les hommes, et ainsi agissent les religions ! Mais dans les Évangiles et le message de Jésus de Nazareth, rien de tel ! 
Dans les Évangiles, jamais Jésus ne cherche à nous faire peur. Au contraire ! Il nous enseigne que nous ne devons avoir peur de rien: ni des choses, ni des hommes, ni de Dieu. Et cela pour deux raisons. Premièrement parce que, selon Jésus, Dieu est une Énergie d’amour et qu’il ne peut donc qu’aimer. Il ne sait faire, pour ainsi dire, autre chose. Il est amour. Sa façon d’être c’est d’aimer. Sa nature c‘est l’amour. Comme le feu qui ne peut que chauffer et brûler. Deuxièmement, parce que nous sommes des êtres plongés en Dieu, habités par Dieu lequel soutient et enveloppe toute notre existence de sa présence et de son amour.

Si nous sommes vraiment convaincus de cela, il ne peut surgir de notre cœur qu’un sentiment de totale sécurité et qu’une attitude de totale confiance et d'abandon, attitude et sentiment qui persistent même à travers la constatation de nos déboires, de nos fautes et de nos méchancetés. Car nous savons que son amour nous est donné et nous est assuré depuis toujours, avant même que nous devenions fautifs et pécheurs et que jamais il ne nous sera retiré ; parce que Dieu ne peut pas se démentir. Le Dieu de Jésus ne peut pas être diffèrent de ce qu’il est. Il est pur amour et seulement amour ; et donc il ne peut pas être ou se transformer pour nous en rancune, en ressentiment, mécontentement, insatisfaction, irritation, colère, vengeance, hostilité.
Pour Jésus penser que Dieu puisse être capable de tels sentiments, est non seulement un blasphème, mais une absurdité.

Quitte à en choquer plusieurs parmi vous, il faut même dire que le Dieu de Jésus ne peut même pas se transformer en pardon envers nous et, qu’en réalité, le Dieu de Jésus ne pardonne, ne réhabilite et ne fait miséricorde à personne. Car ce Dieu ne peut pas être affecté par nos crimes, nos péchés et notre méchanceté. Le pardon de Dieu que nous, pécheurs, expérimentons après l’aveux de nos fautes, ne comporte pas un changement d’attitudes qui surviendrait en Dieu suite à notre regret (auparavant Dieu était fâché contre le pécheur, mais ensuite, touché par le regret de celui-ci, il est disposé à lui accorder à nouveau sa bienveillance et son amitié), mais uniquement un changement d’attitude qui s’opère en nous, les fautifs et les pécheurs qui, après la prise de conscience et le regret de nos erreurs, reconnaissons et réalisons que finalement Dieu n’avait jamais cessé de nous aimer avant, pendant et après nos fautes.

Jamais nous ne devons donc perdre notre confiance en notre valeur foncière de créatures totalement aimées par ce Dieu, car cela signifierait perdre la foi en la fidélité inébranlable de son amour pour nous. Penser que Dieu nous aime parce que nous sommes bons, pieux, vertueux et aimables, c’est la pire erreur que nous puissions commettre, parce que c’est croire que Dieu nous aime à cause de notre bonté et non pas à cause de la sienne. Cela équivaudrait à penser que notre salut vient de nous-mêmes et de nos mérites et non pas de la gratuite d’un Amour qui est là pour nous depuis toujours et avant même que nous soyons venus à l’existence.

Voilà pourquoi dans les évangiles, Jésus cherche continuellement à ouvrir le cœur des hommes à la confiance et il encourage tous ceux et celles qui l’écoutent à se débarrasser de leurs peurs. Ainsi dans le texte de l’évangile que nous venons de proclamer, par trois fois Jésus dit a ses disciples de ne pas avoir peur. Pour Jésus la peur est le boulet que doivent traîner sur la route de la vie ceux qui marchent coupés de la Source de l’Amour qui les habite et les porte. Mais pour ceux qui croient, qui marchent en Dieu, plongés dans son amour, la peur n’existe pas, car ils savent que rien ne pourra les séparer de son amour. Et même si les circonstances historiques de leur vie sont adverses ; même s’ils expérimentent revers, épreuves et souffrance; même s’ils doivent perdre leur vie physique, rien ni personne ne pourra cependant les déposséder de leur Vie véritable, celle qu’ils ont bâtie à l’intérieur de leur âme, à travers l’amour que la présence de Dieu en eux avait déposé dans les profondeurs de leur être et avec lequel ils ont ensemencé le monde au cours de leur passage.


BM